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Essais

Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur, David Le Breton

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 05 Juillet 2012. , dans Essais, Les Livres, La Une Livres, Récits, Métailié

Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur, avril 2012, 176 p. 9 € . Ecrivain(s): David Le Breton Edition: Métailié

 

Que vous aimiez partir du côté de Guermantes ou randonner sur les crêtes montagneuses, contempler un lac ou arpenter les ruelles d’un centre-ville, amis marcheurs, ce livre est pour vous. Avec la finesse et la rigueur qu’on lui connaît, David Le Breton reprend la réflexion sur la marche qu’il avait entamée il y a dix ans. Si cet ouvrage ne renouvelle pas fondamentalement la question, il apporte une vision synthétique et une profusion de références qui témoignent de la vivacité et de l’évolution du phénomène. Etrangement, cet Eloge des chemins et de la lenteur donne l’impression d’une profondeur, marquée pas après pas. L’écriture fluide et précise figure ce chemin sur lequel l’auteur nous entraîne, à la suite de ces nombreux marcheurs, témoins, écrivains ou philosophes qui apportent leurs éclairages divers à l’ouvrage : « un chemin est une proposition, bien entendu une orientation ou une direction », une « tension vers un au-delà que chaque pas repousse plus loin ». Explication d’aspects surprenants et micro-récits se succèdent en parallèle à l’analyse d’ensemble menée par David Le Breton.

Oxymore mon amour !, Jean-Loup Chifflet

Ecrit par Christian Massé , le Jeudi, 28 Juin 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Oxymore mon amour ; dictionnaire inattendu de la langue française, Jean-Loup Chifflet, Editions Chifflet et Cie, 2011, 316 pages, 24,95 € . Ecrivain(s): Jean-Loup Chifflet

 

A trop jongler avec les mots… bateler, escamoter, histrionner, voire cabotiner avec eux, Jean-Loup Chifflet se décide à les dompter. Vanité des vanités ! Ne sachant plus dans quel état j’erre, ce que serait fur sans mesure, il constate que cette vieille dame qu’on appelle grammaire… a toujours ses règles et qu’un dictionnaire est un livre dont le mot est le héros.

Mais ce n’est pas tout. OXYMORE vient du grec oxumôron, de oxux, aigu et môros, sot, fou. Ce mot féminin établit une relation de contradiction entre deux mots qui dépendent l’un de l’autre ou qui sont coordonnés entre eux. Fort de cette définition, Jean-Loup Chifflet nous entraîne, de A à Z, dans un dictionnaire unique où la drôlerie agit en trompe-l’œil.

Le tombeau d'Oedipe, William Marx

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 24 Juin 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Les éditions de Minuit, Théâtre

Le tombeau d’Œdipe, Minuit, 2012, 200 pages, 16 € . Ecrivain(s): William Marx Edition: Les éditions de Minuit

Deux livres de plus. Une notice de moins. Un monument, un document. Robert Davreu annonce clairement la couleur, de sa voix timide et ténue : « Dans mes traductions de Sophocle, je n’ai pas souhaité céder à la vulgarité ambiante… Je n’ai pas voulu, sous prétexte de communication, tomber en-dessous du niveau de la véritable transmission… ». Si la phrase de Sophocle est longue et nourrie de subordonnées, la traduction doit suivre. Œdipe Roi n’abonde pas en longueurs. Quand le phrasé s’allonge, c’est qu’il faut du temps, prendre le temps, le laisser être, s’abandonner à ses rythmes, rythmes, essences de la forme, nécessaires à l’encaissement des informations, les très mauvaises nouvelles, les sinistres présages des protagonistes, les augures funestes de Tirésias.

L’essai de William Marx soutient une thèse qui n’est paradoxale qu’en apparence : ce qu’on désigne comme tragique n’a plus rien à voir avec la tragédie grecque. La prouesse de William Marx est de démontrer cette évidence en la démontant grâce à des arguments imparables, des rapprochements surprenants et si justes, en un grand ensemble dont le fil est la dernière pièce de Sophocle, la dernière tragédie grecque connue : Œdipe à Colone. Colone, lieu du tombeau précisément d’Œdipe, tombeau introuvable, aussi perdu et oublié que l’existence de toute tragédie stricto sensu.

La quatrième partie du monde, Toby Lester

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 20 Juin 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Récits, Jean-Claude Lattès

La quatrième partie du monde, traduction Bernard Sigaud, 2012, 550 p. 25 € . Ecrivain(s): Toby Lester Edition: Jean-Claude Lattès

 

Qui a découvert l’Amérique ? Colomb ou Vespucci ? Qui a découvert le Nouveau Monde ? Cabral ou Erick le Rouge ? Ou encore les navigateurs Maori du Pacifique Sud ? Qui a fait le premier Tour du Monde ? Magellan ou Del Cano, ou tout autant, Enrique, l’esclave de Magellan ?

Ces questions demeureront longtemps ouvertes, et les réponses si incertaines rationnellement que les légendes et les mythes poursuivront leurs courses folles, ferments imaginaires aux frontières floues.

A l’heure de Gogol Earth, de Big B, du règne de la silice et des nanosciences, à l’heure, tôt dépassée, des contrôles ultra précis et des nouvelles transcendances technophiles, l’esprit de l’honnête homme doit faire un choix, stopper son point de vue : c’est le pari, parti pris, de Toby Lester.

Sans carte, le voyage est vagabondage. Alors que nous apprennent les cartes, les portulans, les dessins et les graphes, les schémas et les esquisses, les plans approximatifs et les peintures alambiquées, GPS d’hier et tant de signes palimpsestes ambigus, mystérieux, prophétiques, trompeurs et déterminants ?

Ainsi la fameuse carte de Waldseemüller, ce moine Lorrain, achevée en 1507, achetée, en 2003, 10 millions de $ par la bibliothèque américaine du Congrès… La voici :

Lawrence d'Arabie, A contre-corps, Franck-Olivier Laferrère

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 11 Juin 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Lawrence d’Arabie, A contre corps, Edicool, E-fractions littéraires 3,99 € . Ecrivain(s): Franck-Olivier Laferrère

Os, sang, chair, tout en nous est broyé́…

Ainsi la formule reprise par FO Lafferère. Ainsi l’ampleur de l’auto saccage. Ainsi les derniers instants de vie de Lawrence vus, entendus, mis en mots et en scène par FOL en un texte monologue schizo-analytique impensable ou impsychanalysable. Oui, l’analyse rationnelle comme analytico-lacanienne reste impuissante face à l’impuissance du corps et de la raison de Lawrence-Artaud-Genet. C’est que Descartes est mort sans remords selon cette sainteté d’un point de vue. Serait-ce un Spinoza tronqué qui serait appelé à la rescousse ?

Grâce à Benoit, les parallèles de l’esprit et du corps peuvent se croiser. L’ancêtre de Riemann et de Lobatchevski a bon dos, lui qui a pris tous les coups dans le dos. Serait-ce un mode de manteau troué par un couteau qui induirait une nouvelle mystique ?

Le critique, peu sévère, cherche l’hypostase, voie labyrinthique d’où son bon sens sortirait indemne. Car il veut survivre. Survivre sans le corps à corps de la postérité salvatrice et impudique. Sans ce que le philosophe a désigné comme la Gloire et la Honte, transcendances sans transcendance. Or, si la transcendance choit, l’immanence ne pousse pas forcément par voie de conséquence ou de nécessité.