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Essais

Séraphin, c'est la fin !, Gabriel Matzneff

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 22 Mars 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, La Table Ronde

Séraphin, c’est la fin !, février 2013, 268 pages (écrites de 1964 à 2012), 18 € . Ecrivain(s): Gabriel Matzneff Edition: La Table Ronde

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? », Michel Host

 

Je viens de bercer le dernier enfant de Gabriel Matzneff, baptisé Séraphin, c’est la fin ! une citation tirée de L’Aiglon, d’Edmond Rostand ! – Voilà l’homme ! À quelles ignominieuses profondeurs de la vieille France, que d’aucuns disent « moisie », le provocateur ne va-t-il pas chercher tout ça ? Je notai cela, hier, dans mes carnets Faits & Gestes, réservés à mes lecteurs futurs. Et encore ceci, peu ou prou : dans ses pages, Gabriel Matzneff dit et répète a voce alta ce que la plupart pensent mais taisent avec soin. C’est un plaisir que de le lire. Il croit et ne tient pas à ce que tout le monde croie à ce à quoi il croit. Nous pourrions donc nous entendre si nous étions moins sauvage. Il se plaint de n’avoir obtenu aucun prix littéraire sauf, une fois, une insultante aumône de l’Académie française, et d’être soumis à un ostracisme féroce de la part de ces chroniqueurs de la presse littéraire qu’à juste titre il englobe dans la secte des salauds médiatiques. Sa candeur stupéfaite me rafraîchit.

L'anarchisme, Daniel Guérin

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 21 Mars 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Folio (Gallimard)

L’anarchisme, 270 pages, 5,95 € . Ecrivain(s): Daniel Guérin Edition: Folio (Gallimard)

 

Si Daniel Guérin dans son texte L’anarchisme s’attache particulièrement à décrypter l’organisation économique de cette doctrine, cela tient à ce que les autres aspects – athéisme, antimilitarisme, liberté sexuelle… – ne sont lui pas spécifiques.

Qui dit anarchisme déclare à l’esprit lambda désordre, chaos, désorganisation. Et pourtant le mot anarchie, dérivé du grec, ne signifie rien de plus qu’une absence d’autorité ou de gouvernement. Balancée sans explication, une telle idée à notre esprit lambda, cela s’apparente à parler d’art à une poule. Pour comprendre, comme souvent, il vaut mieux demander à une personne un peu éclairée et franchement pédagogue (Daniel Guérin, par exemple), quelques explications.

L’anarchisme est une doctrine sociale dont les maîtres à penser sont Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Stirner. Des hommes du XIXème siècle qui entre deux âges furent anarchistes de diverses influences (fédéraliste, collectiviste, syndicaliste ou même individualiste) et tentèrent de stimuler la révolution sociale.

Cinq femmes chinoises, Chantal Pelletier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 16 Mars 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Joelle Losfeld

Cinq femmes chinoises, janvier 2013, 130 p. 14,90 € . Ecrivain(s): Chantal Pelletier Edition: Joelle Losfeld

 

 

Projet du plus grand intérêt : écrire sur la Chine actuelle, ce géant en devenir, ce dragon flamboyant, qu'on regarde tous. Le faire, par la face - moitié du ciel ; les femmes, sur plusieurs générations.  Entrer dans cet univers, non de l'intérieur de l'empire du milieu, mais, d'ici – regard occidental,  qui décline, mine de rien, une connaissance intime de cette planète étrange, interdite, encore...

La Chine et ses femmes habitent des rayons entiers de littérature occidentale. On a tous été nourris des superbes personnages de Pearl Buck, bien sûr ! D'Han Suyin, et, de la magnifique petite tailleuse échappant, par Balzac, à la Révolution Culturelle, via l'écriture serrée  de Dai Sijie, auteur franco chinois.

On était loin, dans l'ancienne Chine, loin, encore, au temps de Mao.

Freud avec les écrivains, Edmundo Mango & J.B. Pontalis

, le Mardi, 12 Mars 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Gallimard

Freud avec les écrivains, Gallimard, coll. Connaissance de l’inconscient, 2012, 400 p. 21 € . Ecrivain(s): Jean-Bertrand Pontalis, Edmundo Gomez Mango Edition: Gallimard

Œuvre-testament de feu Jean-Bertrand Pontalis (1), Freud avec les écrivains conjugue le goût pour l’écriture littéraire et la psychanalyse, deux passions que partage également Edmundo Gómez Mango, co-auteur de l’ouvrage. Afin de ne pas donner du grain à moudre aux détracteurs les plus radicaux qui accusent volontiers la psychanalyse de n’être que littérature, on comprend aisément qu’un livre rédigé de la main de deux psychanalystes et qui fait l’état des lieux et des indéfectibles liens entre la fiction et le freudisme ait tardé à paraître. Mais le voilà enfin, pour le plus grand bonheur des littéraires, entre autres.

Bibliophile averti et écrivain au style remarquable, au point de recevoir le Prix Goethe en 1930, Freud est connu pour ses analyses pénétrantes de textes canoniques tels Hamlet et Le marchand de Venise. Outre Shakespeare, il fut aussi intellectuellement stimulé par la plume de grands auteurs comme Fiodor Dostoïevski, Friedrich von Schiller, Johann Wolfgang von Goethe, E.T.A. Hoffmann, Heinrich Heine, Thomas Mann et Stefan Zweig, sans parler des écrivains qu’il cite dans Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient (1905). Les auteurs de Freud avec les écrivains ont certes choisi d’invoquer les plus connus cités supra, mais ils abordent aussi des noms moins évocateurs à l’oreille du lecteur francophone contemporain tels Arthur Schnitzler, Romain Rolland (pourtant consacré prix Nobel de Littérature en 1915), Arnold Zweig, pour ne citer qu’eux.

Verlaine emprisonné, Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier

Ecrit par Eddie Breuil , le Mercredi, 06 Mars 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Gallimard, Arts

Verlaine emprisonné, Musée des Lettres et Manuscrits et Gallimard, janvier 2013, 237 p. 29 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier Edition: Gallimard

L’exposition présentée au Musée des Lettres et Manuscrits recouvre une période phare pour comprendre la poésie et la personne de Paul Verlaine. Son emprisonnement (après avoir tiré au pistolet sur Rimbaud) engendre une réflexion autant sur sa poésie que sur son rapport avec Rimbaud. Il va entre autre mûrir le projet du recueil Cellulairement, écrivant en prison quelques-uns des poèmes du recueil, les envoyant à Rimbaud, qui les recopie. L’exposition propose un ensemble important de documents, et le catalogue qui l’accompagne se présente ainsi comme un outil de première main pour toute personne s’intéressant à cette période, grâce à la reproduction (et donc la mise à disposition) de documents rares ou inédits, manuscrits, documents administratifs, etc.

Néanmoins, pour la confection du volume, quelques idées ont été mises en pratique : un texte courant où Verlaine est tutoyé (pour échapper apparemment au côté supposé « rébarbatif » du discours documentaire ou historicisant…) et des tentations d’élargir le sujet, notamment par des comparaisons (le poète en prison, etc.). Parmi les ouvertures proposées, on trouve une évocation de Jean Genet (p.26), on regrettera simplement qu’il n’ait pas été fait référence à la raison d’une des arrestations de Jean Genet : arrêté en mai 1943 pour avoir dérobé une édition de luxe des Fêtes galantes de… Verlaine.