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Essais

Le tombeau d'Oedipe, William Marx

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 24 Juin 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Les éditions de Minuit, Théâtre

Le tombeau d’Œdipe, Minuit, 2012, 200 pages, 16 € . Ecrivain(s): William Marx Edition: Les éditions de Minuit

Deux livres de plus. Une notice de moins. Un monument, un document. Robert Davreu annonce clairement la couleur, de sa voix timide et ténue : « Dans mes traductions de Sophocle, je n’ai pas souhaité céder à la vulgarité ambiante… Je n’ai pas voulu, sous prétexte de communication, tomber en-dessous du niveau de la véritable transmission… ». Si la phrase de Sophocle est longue et nourrie de subordonnées, la traduction doit suivre. Œdipe Roi n’abonde pas en longueurs. Quand le phrasé s’allonge, c’est qu’il faut du temps, prendre le temps, le laisser être, s’abandonner à ses rythmes, rythmes, essences de la forme, nécessaires à l’encaissement des informations, les très mauvaises nouvelles, les sinistres présages des protagonistes, les augures funestes de Tirésias.

L’essai de William Marx soutient une thèse qui n’est paradoxale qu’en apparence : ce qu’on désigne comme tragique n’a plus rien à voir avec la tragédie grecque. La prouesse de William Marx est de démontrer cette évidence en la démontant grâce à des arguments imparables, des rapprochements surprenants et si justes, en un grand ensemble dont le fil est la dernière pièce de Sophocle, la dernière tragédie grecque connue : Œdipe à Colone. Colone, lieu du tombeau précisément d’Œdipe, tombeau introuvable, aussi perdu et oublié que l’existence de toute tragédie stricto sensu.

La quatrième partie du monde, Toby Lester

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 20 Juin 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Récits, Jean-Claude Lattès

La quatrième partie du monde, traduction Bernard Sigaud, 2012, 550 p. 25 € . Ecrivain(s): Toby Lester Edition: Jean-Claude Lattès

 

Qui a découvert l’Amérique ? Colomb ou Vespucci ? Qui a découvert le Nouveau Monde ? Cabral ou Erick le Rouge ? Ou encore les navigateurs Maori du Pacifique Sud ? Qui a fait le premier Tour du Monde ? Magellan ou Del Cano, ou tout autant, Enrique, l’esclave de Magellan ?

Ces questions demeureront longtemps ouvertes, et les réponses si incertaines rationnellement que les légendes et les mythes poursuivront leurs courses folles, ferments imaginaires aux frontières floues.

A l’heure de Gogol Earth, de Big B, du règne de la silice et des nanosciences, à l’heure, tôt dépassée, des contrôles ultra précis et des nouvelles transcendances technophiles, l’esprit de l’honnête homme doit faire un choix, stopper son point de vue : c’est le pari, parti pris, de Toby Lester.

Sans carte, le voyage est vagabondage. Alors que nous apprennent les cartes, les portulans, les dessins et les graphes, les schémas et les esquisses, les plans approximatifs et les peintures alambiquées, GPS d’hier et tant de signes palimpsestes ambigus, mystérieux, prophétiques, trompeurs et déterminants ?

Ainsi la fameuse carte de Waldseemüller, ce moine Lorrain, achevée en 1507, achetée, en 2003, 10 millions de $ par la bibliothèque américaine du Congrès… La voici :

Lawrence d'Arabie, A contre-corps, Franck-Olivier Laferrère

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 11 Juin 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Lawrence d’Arabie, A contre corps, Edicool, E-fractions littéraires 3,99 € . Ecrivain(s): Franck-Olivier Laferrère

Os, sang, chair, tout en nous est broyé́…

Ainsi la formule reprise par FO Lafferère. Ainsi l’ampleur de l’auto saccage. Ainsi les derniers instants de vie de Lawrence vus, entendus, mis en mots et en scène par FOL en un texte monologue schizo-analytique impensable ou impsychanalysable. Oui, l’analyse rationnelle comme analytico-lacanienne reste impuissante face à l’impuissance du corps et de la raison de Lawrence-Artaud-Genet. C’est que Descartes est mort sans remords selon cette sainteté d’un point de vue. Serait-ce un Spinoza tronqué qui serait appelé à la rescousse ?

Grâce à Benoit, les parallèles de l’esprit et du corps peuvent se croiser. L’ancêtre de Riemann et de Lobatchevski a bon dos, lui qui a pris tous les coups dans le dos. Serait-ce un mode de manteau troué par un couteau qui induirait une nouvelle mystique ?

Le critique, peu sévère, cherche l’hypostase, voie labyrinthique d’où son bon sens sortirait indemne. Car il veut survivre. Survivre sans le corps à corps de la postérité salvatrice et impudique. Sans ce que le philosophe a désigné comme la Gloire et la Honte, transcendances sans transcendance. Or, si la transcendance choit, l’immanence ne pousse pas forcément par voie de conséquence ou de nécessité.

Et toi t'es qui ? Petite typologie des profils FaceBook, Mat Hild

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 30 Mai 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Flammarion

Et toi t'es qui ? 30 mai 2012. 144 p. 9,95 € . Ecrivain(s): Mat Hild Edition: Flammarion

 

« Facebook », ça sert à quoi ? Est-il encore nécessaire de se poser cette question ? Peu importe. Tout le monde s’y trouve. On suit le mouvement. De toute évidence, que l’on apprécie ou non cette vaste plate-forme communicative, planétaire et révolutionnaire, il n’en demeure pas moins qu’elle est devenue l’un des moyens les plus rapides d’échanges entre les êtres humains, et ce, autant de façon professionnelle que privée.

Les « Geek’s » en sont fanas ! On tapote, à tout-va, sur son « BlackBerry » ou sur son « i-phone », à toute heure de la journée – dans le métro, à sa place de travail, en plein déjeuner ou même sur « le trône » – et on statufie à tirelarigot. Et « Larry Bird » n’a rien à lui envier : je te « tweete » », tu me « tweetes », et l’on se tient par la « barbichette » électronique ! Un vrai phénomène de société ! On peut y rester suspendu du matin au soir, et parfois, du soir au matin…

Les écrivains, de nos jours, intègrent souvent cette nouvelle technologie au fil de leur écriture. Modernité oblige.

L'approche de Delft. De la peinture hollandaise & de Marcel Proust, Daniel Kay

Ecrit par Olivier Verdun , le Vendredi, 25 Mai 2012. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

L’approche de Delft. De la peinture hollandaise & de Marcel Proust, Editions Isolato, 2011, 71 p. 14 € . Ecrivain(s): Daniel Kay

 

Le livre tout en finesse de Daniel Kay, L’approche de Delft, publié en 2011 par Isolato, se propose, en quatre chapitres particulièrement denses, de tisser des liens entre la peinture hollandaise, dont Vermeer de Delft constitue le parangon, et l’œuvre de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu. Il s’agit de mettre au jour la façon dont une œuvre d’art, qu’elle soit picturale ou littéraire, opère une transfiguration allégorique du réel le plus ordinaire. L’idée, très hégélienne au fond, qui sous-tend cette réflexion, est qu’il n’y a pas, en art, de réalisme stricto sensu, à quoi on tend souvent à réduire, à tort, la peinture hollandaise, accusée de prosaïsme bourgeois, comme le croit, par exemple, Eugène Fromentin dans Les maîtres d’autrefois : selon lui, le but des peintres hollandais du XVIIe siècle, qui excellent dans la peinture de genre, c’est-à-dire dans la représentation de la vie quotidienne, est « d’imiter ce qui est, de faire aimer ce qu’on imite, d’exprimer nettement des sensations simples, vives et justes ».