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Essais

Précis de recomposition, Anne Teyssiéras

Ecrit par Grégoire Meschia , le Jeudi, 28 Février 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

Précis de recomposition, Editions de Corlevour, 2013, 96 pages, 18 € . Ecrivain(s): Anne Teyssiéras

 

Ça commence par la fin du monde et la découverte d’un Nouveau Monde, celui d’Anne Teyssiéras. Nouveau car éternellement renouvelé. Mais son univers, ses lecteurs le connaissent. Se consacrant à l’écriture dès 1958, elle a publié de nombreux recueils de proses poétiques dans un style particulier qu’on lui reconnaît. Comme point de repère pour ne pas se perdre dans son œuvre abondante, remarquons Golem, qui en 2000 a été considéré comme la synthèse et le faîte de ses créations poétiques. Elle continue d’écrire. Ecrire pour ne pas oublier, pour ne pas être oubliée. Ecrire pour vivre, pour montrer qu’elle est vivante. Ecrire pour créer mais aussi pour recréer.

Dans son Précis de recomposition, publié aux éditions Corlevour, elle recompose encore une fois son passé, le passé de tous par les mots : elle navigue entre ses expériences personnelles et de grands événements planétaires, comme el Descubrimiento par exemple. En réponse au Précis de décomposition de Cioran (mais aussi en relisant d’autres auteurs auxquels elle fait référence en notes), elle redonne vie à un territoire laissé en friche par le philosophe. Le présent chez elle est nécessairement lié à la mémoire et se constitue toujours par rapport à un passé qui n’est jamais très loin. Sa prose si poétique n’en est pas moins philosophique et difficile à décoder.

Encore et jamais, variations, Camille Laurens

Ecrit par Arnaud Genon , le Lundi, 25 Février 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Encore et jamais, variations, 2013, 192 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Camille Laurens Edition: Gallimard

 

C’est fini ? Recommence alors…

Il pourrait y avoir comme un paradoxe à écrire des « variations » sur la répétition. La variation, c’est le changement, la diversité, l’écart. On lui attribue des vertus : le changement est bénéfique, dit-on. La répétition, elle, est monotone, on l’associe à l’ennui. Or, dans Encore et jamais, Camille Laurens nous explique que la répétition se décline, elle est plurielle, toujours la même mais jamais identique. Encore, donc, mais jamais, aussi. Un recommencement renouvelé à chacun de ses débuts. Chaque répétition, quoi qu’on en dise, reste unique… Le paradoxe n’est alors qu’apparent.

38 variations se « proposent d’explorer les pouvoirs de la répétition dans nos vies ». « Répétons-nous pour notre malheur ou notre plaisir ? Répéter est-ce vivre à grandes guides ou bien mourir à petit feu ? » nous demande Camille Laurens, dans son « avant-dire ». Pour y répondre, elle chemine. Nous emporte d’abord à travers un souvenir, peut-être le premier lié à la répétition, où s’origine ce livre. C’est celui de sa grand-mère refaisant chaque jour les gestes immuables du ménage qui amène l’auteur, encore enfant, à s’interroger :

Pensées étranglées, Emil Michel Cioran

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 23 Février 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Pensées étranglées, coll. Folio « sagesses », janvier 2013, 88 pages, 2 € . Ecrivain(s): Emil Michel Cioran Edition: Folio (Gallimard)

 

Ces textes sont extraits du Mauvais démiurge (Gallimard, collection NRF Essais, 1969). Plongeons-y sans rien savoir de Cioran ou tout du moins en oubliant ce que l’on sait, afin d’entrer directement dans l’essence de ce qui est écrit.

Toutes les voies peuvent mener à la sagesse, y compris celles du désespoir et du pessimisme les plus noirs, bien qu’on ne puisse imaginer qu’elles aient été délibérément choisies. Cioran, en tout cas, y est naturellement enclin, et on lui doit, outre une intelligente réflexion poussée parfois jusqu’à son extrême, des éclairs de génie qu’il traduit en phrases lapidaires, d’une force percutante et d’un humour ironique sans doute salvateur.

« Dieu est le deuil de l’ironie. Il suffit pourtant qu’elle se ressaisisse, qu’elle reprenne le dessus, pour que nos relations avec lui se brouillent et s’interrompent ».

La frontière entre les deux étant mince, son ironie flirte souvent avec le cynisme, mais Cioran est doté d’un sens aigu de la critique dont il ne s’exclut pas et d’un besoin sans doute intense de sincérité avec lui-même.

L'énergie spirituelle, Henri Bergson

Ecrit par Sophie Galabru , le Samedi, 23 Février 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

L'énergie spirituelle, Editions PUF, 540 p. 18,30 € . Ecrivain(s): Henri Bergson

 

Premier recueil d'essais et de conférences paru en 1919 bien avant ce qui sera sa quatrième et dernière œuvre majeure, les Deux sources de la morale et de la religion (1932)LEnergie spirituelle est l’occasion pour Bergson d’intégrer plusieurs démarches : philosophique, psychologique, métaphysique, scientifique, biologique. Le recueil qui tend nettement à condenser les recherches des ouvrages précédents, notamment Matière mémoire et L'Evolution créatrice, nous place d'emblée dans le refus de la thèse du parallélisme psycho-physique. Cette thèse considère en effet qu'à tout état mental ou psychique correspond un état cérébral. Bergson s'oppose à toute recherche neuro-biologique qui ne peut que décrire des mouvements moléculaires et cérébraux sans pouvoir expliquer des opérations de la conscience, comme la pensée, le rêve, ou l'interprétation. Ainsi, ces sept conférences sont dominées par le grand problème métaphysique de l'union de l'âme et du corps, et par sa récupération scientifique. Les conférences La conscience et la vie, L'âme et le corps, Le cerveau et la pensée : une illusion philosophique explicitent la critique bergsonienne de cette théorie, notamment grâce aux analyses du rêve, de la fausse reconnaissance, du déjà vu, et de l'effort intellectuel.

Oeuvres complètes. L'unique et sa propriété et autres textes, Max Stirner

Ecrit par Frédéric Saenen , le Mercredi, 20 Février 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, L'Âge d'Homme

Œuvres complètes. L’Unique et sa propriété et autres textes, 440 p., 29 € . Ecrivain(s): Max Stirner Edition: L'Âge d'Homme

 

Stirner le Souverain

 

Autre reprint chez L’Âge d’homme, concomitant avec celui de Sexe et Caractère d’Otto Weininger, celui des œuvres complètes de Max Stirner dont, là non plus, pas un iota n’a été modifié depuis sa première version en 1988.

De son vrai nom Johann Kaspar Schmidt (1806-1856), Max Stirner fut le dynamiteur de l’humanisme bourgeois, avec un texte dont la radicalité n’a pas pris une ride : L’Unique et sa propriété, paru en 1844. Surgeon de l’hégélianisme de gauche et du courant dit de la « critique pure », Stirner rejeta en matière de philosophie tout ce qui lui apparaissait de l’ordre du simulacre. La religion tout comme le libéralisme, sous leurs prétendues vocations à émanciper l’âme ou à favoriser la circulation des biens, sont des formes supérieures d’oppression, qu’il s’agit de mettre à bas.