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Essais

Les Saintes du scandale, Erri de Luca

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 12 Juin 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Mercure de France, Italie, Histoire

Les saintes du scandale, traduction de l’italien par Danièle Valin, avril 2013, 112 p., 15 € . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Mercure de France

 

Erri De Luca connaît parfaitement l’hébreu ancien et fréquente quotidiennement la Bible depuis de très nombreuses années, et ce non-croyant à l’esprit libre est devenu un remarquable exégète des textes sacrés, dont il nous livre une lecture humaniste s’appuyant sur une argumentation à la fois simple et érudite.

Dans ce dernier essai traduit en français, Les saintes du scandale, publié dans une belle édition judicieusement enrichie d’une quinzaine de reproductions en noir et blanc, il propose à nouveau une réflexion passionnante fondée sur une approche neuve des textes bibliques, qu’il développe dans un style léger et limpide empli d’humour et de poésie.

Partant d’une analyse de la langue hébraïque qui consacre dans sa grammaire la division sexuelle des tâches entre celle qui donne la vie et celui qui, marqué dans sa chair par le sceau de l’alliance avec Dieu, transmet le « bagage sacré », il montre comment la femme, malgré son moindre pouvoir apparent, est le principe moteur de l’humanité, celle qui, rebelle et courageuse, « gouverne le temps ».

Le jaune et le noir, Tidiane N'Diaye

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 06 Juin 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Gallimard, Histoire

Le jaune et le noir, Gallimard Continents noirs avril 2013, 153 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Tidiane N'Diaye Edition: Gallimard

 

 

Quand, il y a peu, depuis la longue pinasse remontant le Niger, les guides maliens apercevaient sur la berge, une bicyclette «  à moteur », pétaradant comme nos antiques  Solex, leurs  rires n'en finissaient pas : «  une chinoise ! Dès qu'elle sera en panne, elle ne sera pas réparable ! Pas chère, mais pas solide ! »... Là - bas, aussi, la Chine était partout ; objets, , marques et réclames... et, déjà pas mal d' hommes.

Après la France Afrique, la Chine Afrique ? Ce qu'on entend par là, vaut pour les deux concepts : prendre, et encore se resservir, sous couvert de protections et de liens « amicaux », si ce n'est « familiaux, sauce maffieuse ». Tractation évidemment, hautement inégalitaire. Voilà l'unique sujet autopsié par le livre de «  Continents noirs » ; comment le jaune mange et mangera le noir, et jamais l'inverse.

Anatomie d'un instant, Javier Cercas

Ecrit par Marie Elora Bernard , le Mardi, 04 Juin 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Espagne, Récits, Actes Sud, Histoire

Anatomie d’un instant, Trad. Esp. par Aleksandar Grujicic et Elisabeth Beyer mars 2013, 480 pages, 10,50 € . Ecrivain(s): Javier Cercas Edition: Actes Sud

 

 

Le 23 Février 1981, Javier Cercas a 19 ans et n’est pas encore un auteur reconnu. Ce jour-là, son pays connaît une tentative de coup d’Etat… Une habitude pour ce pays qui en a vécu une cinquantaine en deux siècles.

Cela l’aura marqué puisqu’en 2006, l’auteur reconnu – notamment pour Les soldats de Salamine – qu’il est devenu, décidera de faire de cet événement historique un roman. Il échouera et l’avouera :

« Incapable d’inventer ce que je savais de l’événement pour tenter d’en illuminer la réalité par la fiction, je me suis résigné à le raconter ». C’est ainsi qu’il va une nouvelle fois disséquer une fracture de L’Histoire, cette frontière entre le bien et le mal, les gentils et les méchants, pour nous offrir Anatomie d’un instant, œuvre qui court sur plus de 400 pages d’une rare densité.

L'avenir des humanités, Yves Citton

, le Lundi, 03 Juin 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

L’avenir des humanités. Economie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ?, Editions La Découverte, 2010, 204 pages, 17 € . Ecrivain(s): Yves Citton

 

Après Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ? (Editions Amsterdam, 2007), L’avenir des humanités (2010) est le deuxième plaidoyer d’approche interdisciplinaire d’Yves Citton consacré à la cause littéraire. Pourquoi s’attaquer à l’économie de la connaissance ? Tout simplement parce que « nos “sociétés de la connaissance” méritent d’être analysées comme étant avant tout des cultures de l’interprétation – et que la remise au premier plan des questions d’interprétation doit nous conduire à revoir profondément à la fois notre vision des interactions sociales, notre cartographie des savoirs, la structuration de nos institutions d’éducation supérieure et la formulation de nos revendications politiques » (8-9). Révolution technologique oblige, l’auteur constate que « la “société de l’information” est pensée avant tout comme la société des machines qui traitent l’information » (10) et que le traitement entre les connaissances est inégal puisque le pouvoir industriel et politique est de nature à privilégier les connaissances produites à des fins pratiques et rentables (à savoir scientifiques, entre autres) parce que « directement traduisibles en appareillage technologique » (13) plutôt que les connaissances produites gratia sui comme le savoir artistique, esthétique, relationnel, etc.

L'infini et nous, Margherita Hack

Ecrit par Guy Donikian , le Vendredi, 31 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Robert Laffont

L’infini et nous, Dieu, la vie et l’Univers vus par une scientifique athée, mars 2013, 220 pages, 20 € . Ecrivain(s): Margherita Hack Edition: Robert Laffont

 

 

Margherita Hack est astrophysicienne, une scientifique qui signe là un bel ouvrage de vulgarisation. D’aucuns diront qu’il s’agit encore d’une énième histoire de l’univers, qui voudrait se présenter comme divulguant des connaissances jusque-là inconnues du grand public, révélant au vulgum pecus des paramètres susceptibles de provoquer un électrochoc de nos consciences. Il n’en est rien, Margherita Hack veut « seulement » nous raconter la façon dont l’homme a accumulé du savoir en satisfaisant son insatiable curiosité. Parce que l’homme est ce drôle d’animal qui n’a de cesse depuis toujours de vouloir comprendre et maîtriser le milieu dans lequel il évolue, le ciel lui a posé question et ses observations cumulées ont constitué des éléments de réponse.