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Interview de Claro, à propos de Tous les diamants du ciel

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 27 Août 2012. , dans La Une CED, Entretiens, La rentrée littéraire, Les Dossiers

 

Il y a un côté très poétique dans la langue que vous employez. On a l’impression qu’il s’agit de vers mis en prose. Ça chante, ça danse. C’est très lyrique et en même temps très drôle, très imagé. Il y a aussi une certaine scansion dans la phrase. Est-ce une volonté délibérée ? Si oui, pourquoi ?

 

J’ai du mal à concevoir l’écriture comme quelque chose de désincarné. La langue est à la fois un allié et un ennemi. Un allié parce qu’elle est malléable ; un ennemi, parce qu’elle agit aussi contre nous, véhicule des lieux communs, se fige sans cesse. Je m’efforce donc d’écrire une langue qui soit consciente d’elle-même, qui puisse s’entendre dans son déploiement. La scansion est l’expression d’une nécessité physique de la langue. J’écris aussi en imaginant l’effet que peut et doit produire la langue sur le lecteur, je veux qu’il vive une expérience, pas seulement une lecture.

Tous les diamants du ciel, Claro

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 27 Août 2012. , dans Actes Sud, La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Roman

Tous les diamants du ciel, 22 août 2012, 256 p. 20 € . Ecrivain(s): Claro Edition: Actes Sud

 

D’abord le style. La langue de Claro emporte tout sur son passage. C’est une déferlante d’images, de formules. Il y a quelque chose d’éminemment musical, mais aussi une scansion, une incantation, comme si Claro plaidait une cause. Quelle cause ? Celle de la littérature qui invente et réinvente le langage, qui sculpte les mots, joue avec, et qui nous étourdit.

Comme Claro le dit lui-même (voir interview), il ne veut pas seulement proposer une lecture, il veut aussi faire vivre une expérience au lecteur. Il le transporte dans un monde, son monde. L’un de ses sujets est le LSD et il donne l’impression d’avoir écrit un livre « sous » LSD. Il y a quelque chose de très expérimental dans le livre, mais l’expérimentation ne prend pas le pas sur la compréhension, le sens du récit, le rythme. Rien n’est gratuit. Les belles phrases ne sont pas seulement là pour être belles mais sont toujours au service de l’histoire. Et quelle histoire !

Tous les diamants du ciel commence là où le précédent ouvrage de l’auteur, CosmoZ, s’achevait. Le début des années 50. Claro retrace l’histoire d’un monde, en l’occurrence celui des Trente Glorieuses : il sera question de la Guerre d’Algérie, de la bombe atomique, de la CIA, de la guerre froide, du péril rouge, de la libération sexuelle, de la conquête de la lune…

Cosmoz, Claro

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 03 Août 2012. , dans Actes Sud, La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman

Cosmoz, 2011, 490 p. . Ecrivain(s): Claro Edition: Actes Sud

Cosmoz débute comme une biographie de Franck L. Baum, l’auteur du Magicien d’Oz. Publié en 1900, le livre connaîtra à nouveau le succès 39 ans plus tard grâce à son adaptation ciné par Victor Fleming, avec Judy Garland et la fameuse chanson Over the rainbow. Selon la bibliothèque du Congrès américain, le film serait celui qui a été le plus vu au monde.

A huit ans, Baum est atteint d’une tumeur à la langue qui lui fait faire des cauchemars au cours desquels lui apparaissent certains des personnages qui nourriront plus tard son œuvre : il y a la jeune Dorothy et son chien Toto, mais aussi l’épouvantail, le bonhomme en fer-blanc, un lion poltron, ainsi que la sorcière de l’Ouest et quelques Munchkins.

Cette biographie prend rapidement ses aises avec la réalité si bien qu’on en vient à soupçonner qu’elle n’est pas vraiment ce qu’elle prétend être. Ainsi, quand le médecin perce la tumeur du futur auteur, une brume envahit la pièce et voilà sa secrétaire tout excitée et qui se rue sur lui pour lui faire l’amour.

Plus tard, la tumeur apparaît à Baum ornée de facettes, elle prend l’allure d’une lanterne magique, puis de lèvres qui se mettent tout à coup à pousser la chansonnette. Et c’est Somewhere over the rainbow qui jaillit.

La guerre des salamandres, Karel Capek

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 09 Juillet 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays de l'Est, Roman, Science-fiction, La Baconnière

La Guerre des salamandres, 1936, mai 2012, trad. du tchèque Claudia Ancelot, 316 p. 18 € . Ecrivain(s): Karel Čapek Edition: La Baconnière

 

La lecture de ce livre terminé, on se met aussitôt à douter. A-t-il vraiment été édité en 1936 ? N’est-ce pas un « coup » marketing quelconque ? On pense au livre d’Antoine Bello, Les falsificateurs, en se demandant si cette réédition est une vraie réédition, si le livre n’a pas pu être écrit ces derniers temps et pas il y a 80 ans tant il semble si moderne dans son propos et dans sa forme, en plus de faire preuve de certains talents visionnaires…

En tout cas, les Editions La Baconnière ont l’excellente idée de rééditer, en collaboration avec Ibolya Virag, La guerre des Salamandres de l’auteur tchèque Karel Capek. Précurseur de la science-fiction, il est notamment l’inventeur du mot « robot ». Il avait même été l’un des favoris pour le Prix Nobel dans les années 34-35, mais il avait été mis hors course pour ne pas froisser Hitler…

Entretien avec Chris Womersley, à propos du livre "Les affligés"

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 21 Juin 2012. , dans La Une CED, Entretiens, Les Dossiers

Propos recueillis par Yann Suty

 

Votre livre va dans plusieurs directions. Il est difficile à rattacher à un genre en particulier. Drame de l’après-guerre ? Histoire de vengeance ? Fantastique ? Roman gothique ? Western ? En tout cas, c’est un livre riche en interprétations. Est-ce que c’était une volonté de votre part de faire un livre insaisissable, qui nous embarque sur de multiples pistes ? Qui s’amuse même à nous tromper ?

 

Je suis ravi que vous le décriviez comme un livre riche et je pense que c’est entre autres ce qui fait son intérêt : il peut plaire à des personnes aux goûts littéraires variés. J’ai été inspiré par de très nombreuses sources, du roman d’Emily Bronte, Les Hauts de Hurlevent à L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Même si ce n’était pas mon intention première d’explorer autant de genres, je voulais tout de même écrire un livre qui puisse être perçu de multiples façons, tant en ce qui concerne les thèmes que les personnages. J’aime l’ambiguïté fictionnelle, donner aux lecteurs plus de questions que de réponses.