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Articles taggés avec: L_ Petauton Martine

D’ombres et de flammes, Pierric Guittaut

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 09 Juillet 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Série Noire (Gallimard), Polars, Roman

D’ombres et de flammes, mai 2016, 299 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pierric Guittaut Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Il y avait eu cette Fille de la pluie, que la CL avait beaucoup aimée, déjà grandement marquée du sceau de l’originalité, et voilà ce D’ombres et de flammes. Pierric Guittaut n’écrit visiblement pas les polars de tout le monde ; fussent les impeccables productions de la Série noire Gallimard. Cet homme écrit de forts beaux et prenants romans, à part entière et constamment à part ; il se trouve qu’en plus, ce sont des polars.

L’homme vit en Berry, versant solognot ; pays des « jeteux de sorts ». Solitudes forestières, landes, bruyères, eau d’étangs improbables, et brume jusqu’à pas d’heures. Légendes et nature hautement inquiétantes, imbriquées forcément ; bêtes – peut-être, esprits – sans doute ; sorciers – toujours…

Le titre – sonorités d’un bon vieux western, ce qu’est aussi ce livre – aurait pu être un simple « part d’ombre », résumant le héros, major de gendarmerie, Remangeon, qu’une mutation quasi disciplinaire (et déjà maléfique) rabat pile dans son village natal de Sologne : « Treize années depuis sa dernière visite ; treize, comme pour confirmer le sort mauvais qui s’acharne sur moi… »

13, Zineb El Rhazaoui

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 10 Juin 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Ring Editions

13, mars 2016, 296 pages, 18 € . Ecrivain(s): Zineb El Rhazoui Edition: Ring Editions

 

 

Ecrire juste derrière l’événement


Écrire sur le 13 Novembre. Des articles, évidemment ; ceux de l’heure d’après, ou même les copiés-collés de brèves à peine vérifiées – mais l’appétit est, dans un tel cas, insatiable dans l’opinion – ceux, plus organisés, ciblés, réfléchis, qui noircissent pages et sites dans le jour d’après, attendant les chroniques, par définition analytiques et architecturées autour de leur axe, et (ou) de leur point de vue, des hebdo. Mais écrire tout un livre qui paraîtra dans les petits mois suivant l’évènement – autrement dit, dans son espace temps, quand même – est bien autre chose.

Treize hommes, Sonia Faleiro

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 04 Juin 2016. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Asie, Roman

Treize hommes, avril 2016, trad. anglais (Inde) Eric Auzoux, 101 pages, 13,80 € . Ecrivain(s): Sonia Faleiro Edition: Actes Sud

 

Drôle de livre, à part, mais, si important.

Très peu de pages serrées, précises, qu’on nous pose comme devant un jury d’assises ; rapport de police ? contenu de dossier judiciaire ? Il y a de tout ça, avec la distance, le regard porté à la fois tout en bas – au ras des faits bruts, et de plus haut, comme l’exige une enquête dont on espère, qu’au bout, elle frôlera la vérité… Histoire vraie, celle – il y en a tant en Inde de nos jours – d’un viol collectif, de cette femme-là, « Baby », dans une lointaine province du Bengale occidental, au creux d’un tout petit village replié sur les usages ancestraux de l’ethnie Santal. Là, entre misère et encore misère, « certains des villageois n’avaient jamais vu un train ».

Sur la couverture du livre, Actes Sud a posé une photographie qui dit tout de l’histoire : une femme, jeune, de dos (elle pleure peut-être), qui porte un sari mais le haut du buste dénude ce qu’il faut, pour qu’on ait ce cas de figure : « d’un côté, Baby, de l’autre, tout le monde sauf elle ».

La Huitième Reine, Bina Shah

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 13 Avril 2016. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Asie, Roman

La Huitième Reine, février 2016, trad. anglais (Pakistan) Christine Le Bœuf, 347 pages, 23 € . Ecrivain(s): Bina Shah Edition: Actes Sud

 

Triptyque parfaitement équilibré entre l’Histoire – celle du Sindh, cette grande province au sud du Pakistan Oriental – l’Actualité contemporaine ; la fin de l’année 2007, qui, là-bas éclatera avec l’attentat meurtrier contre Benazir Bhutto, la huitième reine des légendes – et le roman, bien ancré dans le réel de la société et des mentalités Pakistanaises, autour du récit d’Ali, le héros, et les siens. Voilà un roman-récit-Histoire, qui aboutit à un voyage dépaysant, informatif, et magnifique de justesse d’écriture. Le lire, aujourd’hui, dans notre Europe menacée, massacrée, prenant encore une autre acuité, en liant davantage le lecteur à sa lecture.

Ali est entre plusieurs mondes, comme beaucoup en des pays semblables ; constant dédoublement, menaçant basculement : Karachi, où il est journaliste-TV officielle ; l’Occident américain, où il voudrait partir étudier (utiles pages vous donnant la procédure et les obstacles de la chose), et son Sindh, ses particularismes y compris sa langue, ses légendes auréolées de Saints Soufis combattant les tyrans, un tissu sociétal venu du plus loin de l’Histoire, arc-bouté sur des féodaux pour lesquels les liens d’homme à homme perdurent ici et maintenant.

Majda en août, Samira Sedira

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 25 Mars 2016. , dans La Brune (Le Rouergue), La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Majda en août, mars 2016, 138 pages, 16 € . Ecrivain(s): Samira Sedira Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

« La pluie tombait tiède et fine. Elle tirait sa petite valise à roulettes dans les flaques, sur le bord de la route ; ses pieds étaient nus ; ses joues noires de crasse. Le délire l’avait menée sur les rivages salés de son enfance, l’aveuglante lumière du Sud. A toutes les personnes qu’elle avait croisées ce jour-là, elle avait demandé : Babylone, c’est encore loin ? ».

Un des plus forts ; un des plus beaux livres du Printemps – assurément bien davantage – est là, replié dans ses 138 pages, comme chrysalide palpitant à peine. Promesse de vie ou de mort ? Les deux sans doute, les deux peut-être. En tous cas, livre-choc ; livre-voyage ; livre-rencontre avec une femme, devenue malade psychique, portée là, sur ces rivages de la folie si peu ordinaire, par son enfance, les accidents de sa vie, sans compter nous, notre société, notre Histoire. Nous en sortons, ballottés, émus-aux-larmes ; Majda, qu’on emporte, nôtre.