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Aller en paix, Ludovic Robin

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 01 Mars 2017. , dans La Brune (Le Rouergue), La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Aller en paix, janvier 2017, 345 pages, 21,80 € . Ecrivain(s): Ludovic Robin Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

« Je me repliais aussi souvent que possible dans mes appartements, où l’amour d’une vie crevait à petit feu… »

Comme souvent dans La Brune du Rouergue, un drôle de livre, unique, marquant, tranche de vie les pieds dedans, avec tous ses ustensiles. Encore une fois, une remarquable réussite de livre. D’un livre, de celui-là. Cette histoire, cette mémoire, cette écriture et les respirations – on les entend, on les ressent – de l’auteur. On pourrait bien y aller de notre larme, quoiqu’en fait rien d’absolument dramatique ne s’y passe, si ce n’est une complète et minutieuse autopsie à l’ancienne d’un couple et d’une famille qui se défait, se rompt, s’évapore peut-être. Il prend, L. Robin – philosophe, au passage – tout le temps qu’il faut pour « dire » à la façon des chansons de geste auprès des cheminées d’antan cet itinéraire heurté, de saison en saison – beaucoup d’hivers, les pages sont cousues de neige – de jour en jour, et en deçà ; minutes, jusqu’aux battements du cœur. Observer à la loupe ce qui se passe dehors – le village familial Savoyard, voisins, beaux-parents, maire, le verglas de chaque tournant, les fonds de ciel de chaque bout de belle saison. Le champ professionnel – vous saurez tout ou presque de l’entreprise de travaux forestiers où travaille l’élagueur, seul nom de celui qui dit « je », le mari, le père.

Au-delà de la nuit, Alix Lerman-Enriquez

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 27 Janvier 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Au-delà de la nuit, éd. Les Poètes Français, 4ème trimestre 2016, 56 pages, 15 € . Ecrivain(s): Alix Lerman-Enriquez

 

 

Qui ne le sait ou le pressent : la poésie est consolation, vaut – dit-on – toutes les thérapies. Elle est une sauvegarde, pour celui qui lit, et, pas moins, celle qui écrit. Où, mieux qu’au creux des vers – même les plus modestes – niche-t-on sa peine, ses angoisses et quand même, quelque espoir en lueur… La poésie est mélancolie comme cette ancienne gravure, au coin d’un livre sur le Romantisme, dont c’était le titre. Noire et grise, je crois, sous une lune froide ; assise, une femme qui pleure… Gravure qu’on pourrait associer au petit opus d’Alix Lerman-Enriquez, si elle n’avait choisi des arbres d’hiver, face branches noires, criant, sous un ciel plombé.

Tristesse avec Chopin – on l’écoute en lisant, juste ce qu’il faut d’assourdi – ces poèmes, dont les itinéraires font sens, et cognent à notre cœur, en quelques chemins simples.

Les Nouveaux Mondes, Sylvie Ferrando

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 14 Janvier 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Edilivre

Les Nouveaux Mondes, février 2016, 227 pages (les 2 volumes) 12 € et 13 € chacun . Ecrivain(s): Sylvie Ferrando Edition: Edilivre

 

Deux petits livres, chacun portant son titre-sens ; le Livre 1 (il y a comme du Montaigne dans ce découpage) : « Chronique de la vie antérieure – les années du bonheur » avec une photo de la Côte normande, « ce petit pan de côte entre Cabourg et Trouville ». Le 2 : « jour après jour – les années denses », photo d’un quartier-buildings d’une métropole américaine.

Déroulé tranquille du récit avec l’absence du souci de l’exhaustif, de l’obligation du mot « fin », de telle sorte que quand arrive la dernière page de ces lectures-écritures Ferrando, on suppute qu’il pourrait y avoir une suite, mais qu’il pourrait seulement…

C’est l’histoire (plutôt, on nous raconte l’histoire) d’une famille française, bourgeoise, à l’aise dans cette façon si particulière à ce pays de jumeler les avoirs matériels avec la distance – la décence – qu’on se doit de garder justement avec l’argent, et le devoir, naturel, de préserver les acquis intellectuels et culturels ; les belles études, les bibliothèques, le goût pour les arts, les voyages. La bourgeoisie ici descend d’un XIXème siècle français issu des Lumières ; argent, positions de notables, études des enfants : « être dans la norme, passer les concours prestigieux ; ne pas flancher, surtout ne pas flancher ».

Placement libre, Ella Balaert

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 07 Décembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Roman

Placement libre, Editions des Femmes Antoinette Foulque, août 2016, 123 pages, 13 € . Ecrivain(s): Ella Balaert

 

La couverture est sobre dans ce petit livre blanc : une lithographie de Geneviève Asse, carré bleu-électrique, zébré en son centre d’une ligne blanche en partance pour le rouge. Quand on a fermé la dernière page du livre, on y revient automatiquement, quelque chose nous disant que le propos est – aussi – tout entier, là…

Ella Balaert n’en est pas à son coup d’essai ; elle cisèle de temps à autre, et c’est toujours bienvenu, des écrits/essais/romans – genre habilement mélangé – qui nous parlent de femmes – elle les connaît bien, elle les aime – en prise avec leur époque. Pas cependant à la façon guerrière et militante de récits féministes, ni sous la plume documentariste du quotidien et de ses difficultés socio-économiques, ni tout à fait avec le regard de l’éthologiste silencieux tenant au bout de son téléobjectif la gazelle – de Grant, tant qu’à faire, du safari du soir… Non… quoique… tout ça quand même, mais manière Balaert. Une élégance, une précision du mot, des phrases vraies, drues, pour cerner, piquer au risque de la douleur – dans cette femme-là – ce qui fera sens dans les autres, toutes, et bien sûr, au premier chef, nous.

Le Garçon qui n’existait pas, Sjon

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 01 Décembre 2016. , dans La Une Livres, Rivages, Les Livres, Critiques, Pays nordiques, Roman

Le Garçon qui n’existait pas, octobre 2016, trad. Islandais Eric Boury, 150 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Sjon Edition: Rivages

 

Beau livre, étrange, que celui-ci. Unique surtout – sujet, cadre, façons, écriture – écrit par ce poète et romancier d’Islande, également parolier de la non moins unique Björk, qu’on croit entendre de temps à autre, de page en page, et sentir, du moins, son univers. Mais l’Islande n’est-elle pas seule au monde à être ce qu’elle est, ce que marque ce livre en son entier : verte, constamment humide, violente comme ses substrats géologiques, les volcans : « l’éruption du volcan Katla se calme peu à peu… et ce matin, quand les habitants de Reykjavik se sont éveillés, la cendre tapissait les vitres des maisons ». La chair du récit vibre aux marqueurs de cette géographie particulière, menaçante, sans apocalypse déclarée pour autant, seulement la genèse d’un chaos à l’œuvre. Ile battue de tous les vents de l’Histoire européenne – fin de la Première Guerre mondiale, terrible épidémie de Grippe espagnole de 1918. Accouchement, aux mesures de l’ile, dont on sent à chaque page les saccades, ligne brisée des sismographes : « Les rues sont des béances désertes, on aperçoit furtivement quelques silhouettes fantomatiques… vieilles femmes emmitouflées dans des vêtements noirs qui se sont enveloppées de châles… elles ont contracté tant d’épidémies au fil de leur vie que le mal monstrueux qui se fait un festin du corps de leur descendance ne trouve rien à se mettre sous la dent dans leur vieille carcasse usée ».