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Articles taggés avec: Compère-Demarcy Murielle

Ligne de fond, Werner Lambersy / Philippe Bouret (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 22 Janvier 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Ligne de fond, Werner Lambersy / Philippe Bouret, La rumeur libre Éditions, 2019

 

Dans le domaine de la pêche, la locution « ligne de fond » désigne une ligne non équipée d’un flotteur, reposant au fond de l’eau et munie de différents fils de petite taille équipés d’hameçons. La ligne de fond renvoie à une ligne dite « dormante », à la différence d’une ligne dite « flottante ». La poésie expérimentée par Werner Lambersy ne serait-elle pas analogue à cette méthode de pêche pratiquée à l’aide d’un appât reposant sur le fond de l’eau ? Un proverbe du XIVe siècle nous prévenait qu’« il n’est pire eau que celle qui dort », (parangon de notre proverbe actuel : « il faut se méfier de l’eau qui dort »). Continuons et allons plus loin : faire bouger les lignes de notre réalité, au mieux du réel, ne serait-ce pas l’objet de l’entreprise poétique appréhendant ce dernier par le biais d’un appât semblable à celui de la ligne de fond ? La poésie ne serait-elle pas cette méthode de pêche analogue à la ligne de fond sans flotteur, qui repose au fond de l’eau, exercée de distance en distance à l’aide d’un fil court supportant des hameçons (dans le cas du langage poétique : dotée, de distance en distance dans le champ complexe du réel, d’un art du condensé suggestif riche d’une multitude de prises amorcées sur le vivant, sur la réalité) ?

Le feu d'Orphée, Patryck Froissart (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 17 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Ipagination

Le feu d’Orphée . Ecrivain(s): Patryck Froissart Edition: Ipagination

 

Le genre de ce livre dense de l’écrivain Patryck Froissart (romancier, nouvelliste, poète et chroniqueur littéraire) n’est pas commun, puisqu’il nous transporte avec Le feu d’Orphée dans l’univers du conte poétique. Le thème est décliné sous diverses formes (textes poétiques, récits prosaïques, contes fantastiques) jalonnant le combat d’Orphée contre le dieu solaire ravisseur de son Eurydice. La quête orphique résonne en chacune de nos existences, qu’elles soient vouées à l’adoration, à la passion amoureuse, ou à la recherche permanente d’un idéal marquant de son sceau nos mythologies personnelles et que l’on retrouve avec force et échos symboliques dans le voyage hallucinant de ce « personnage que dynamisent, paradoxalement, le rapt et l’intermittence de l’aimée… ». Reflet emblématique du désir essentiel vrillé à l’existence des hommes, ardentes/vaillantes sentinelles brûlant de se sentir vivre, Orphée capte et captive notre attention, notre regard, notre quête existentielle engagée dans cette attirance/répulsion vis-à-vis du dieu solaire, figure paradoxale du feu dont l’immanence et la transcendance nous élèvent et nous font trébucher autour de son foyer ardent dans l’espoir fou d’en approcher toujours davantage la flamme.

Saule abattu, Philippe Fumery (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 12 Décembre 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Editions Henry

Saule abattu, Philippe Fumery, 2011, 63 pages, 6 € Edition: Editions Henry

 

Il est des poésies qui invitent le lecteur à prendre le temps de regarder le quotidien qui l’entoure. Apprendre à regarder, avoir envie de regarder, par la médiation du poète, la vie de tous les jours dans son environnement, ses menus faits et gestes simples d’hommes. Le poète Philippe Fumery dans ce Saule abattu offre les blasons d’une telle poésie version 21e siècle (dans tous les cas, créatrice de textes a-temporels), une poésie ciselée de poèmes courts telles des pierres blanches (titre d’un recueil de Pierre Reverdy) jalonnant les chemins de notre existence.

Philippe Fumery nous ouvre par la main d’œuvre de ses mots des fenêtres sur l’instantanéité humble des êtres et des choses, de passage, et qui cependant demeurent dans le grenier de notre temps à vivre et revivre, revisité/réinventé, dans le vent, parmi les décombres, imaginé ou réfléchi « sur l’horizon / à perte de vue » aussi.

Le manuscrit de Tchernobyl, Nunzio d’Annibale (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 28 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie, Les Vanneaux

Le manuscrit de Tchernobyl, Nunzio d’Annibale, Éditions des Vanneaux, 2019, 133 pages, 18 €

 

Le manuscrit de Tchernobyl est un appel d’air lancé dans le contexte d’une catastrophe nucléaire, dans le vide de la tchatche technologique et de la vacuité du siècle, et s’annonce comme tel au cœur du langage contaminé par une telle situation :

« Je voulè parlé – non pa dan l’izabell langue de mon siècle – mai

dan la seul langue vivante ; je voulè parlé mon tchernobylien –

otremen di, ma propre langue de toul’ monde, à base de koncentré

de ju de françè, assaisoné d’équivoke, contaminé de toute lè langue ».

Son auteur nous invite à faire « enkor un enfor si vou voulé zêtre tchernobymien ! ». Cette invocation n’est ni un caprice ni un canular, il s’agit bien de rendre compte de notre langue « moeurte, la lang kontaminé par tou lè nuage de Tchernobyl é d’ayeur ».

Des ailes suivi de Nocturne des statues, Patrice Maltaverne (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 19 Novembre 2019. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Des ailes suivi de Nocturne des statues, Patrice Maltaverne, Z4 Editions, août 2019, 128 pages, 14 €

 

Le poète-éditeur (des éditions Le Citron Gare et du poézine Traction-Brabant) nous donne Des ailes dans le premier volet de cet opus publié chez Z4 dans la collection Les 4 saisons, dirigée par Pierre Lepère. Des ailes pour nous offrir un voyage au bout de la vie dans la dimension de l’actrice Dominique Laffin, décédée à l’âge de 33 ans, trop occultée aujourd’hui. Voyage au bout de la nuit : de la vie, tant cette actrice portait la vitalité à l’acmé de la perplexité véhémente. Les vers arythmonymes du poète Maltaverne, contrainte formelle en clin d’œil à la poésie d’Ivar Ch’Vavar (Pierre Ivart), forment le cadre de ces poèmes d’où l’Infini s’ébat à la fenêtre des mots, d’où le lecteur joue l’aventure mémorielle sur l’écran personnel des souvenirs (on demeure toujours nostalgique des films qui ont marqué le cinéma de notre vie) ou de l’imaginaire tiré par la manche pour prendre l’envol. Celui-ci est pris sans hésitation. Il suffit d’ailleurs de revoir l’un des entretiens avec l’actrice que nous offre encore de visionner Internet pour être aussitôt en phase avec le voyage que nous déroulent ici les mots de Patrice Maltaverne, embarqués sur les ailes d’un destin singulier, fatal.