Identification

Extension de la lumière, Jean-Louis Rambour, Pierre Tréfois (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 04.11.20 dans La Une Livres, Critiques, Arts, Les Livres, Poésie

Extension de la lumière, Jean-Louis Rambour, Pierre Tréfois, La Salamandre, 2019, 107 pages

Ecrivain(s): Jean-Louis Rambour

Extension de la lumière, Jean-Louis Rambour, Pierre Tréfois (par Murielle Compère-Demarcy)

 

Le titre et quelques lignes en épilogue tournent d’emblée le lecteur vers cette lumière entrevue au sortir du tunnel lorsque l’existence qui nous enfonce dans l’obscur de ses douleurs – pertes proches, deuil, « cendres » – nous offre tel « le phénix renaît de ses cendres » une issue « to the happy few ». Dédié au fils disparu pour le poète Jean-Louis Rambour (« Tout est écrit en pensant à François »), cet opus poétique trace par ses mots et ses créations picturales une « extension de la lumière » via les textes de J.-L. Rambour et les dessins de P. Tréfois qui signent ensemble une troisième publication après La Vie crue (éd. Corps Puce) et L’Éphémère capture (éd. Eranthis). Les arabesques dessinées, les courbes, l’élan vertical figurent comme une flamme, au cœur du texte poétique qui en diffusent les mouvements écrits par le poète en scènes narratives précises et imagées. Jean-Louis Rambour possède cette puissance de faire sourdre la poésie au cœur même du récit de la vie concrète et symbolique. Avec des sauts d’images étonnants, surprenants, qui secouent la passivité de l’esprit du lecteur ou dont les raccourcis fulgurants pulvérisent le cadre de nos regards formatés :

Les ondulations de la houle,

selon la côte empruntée, surtout s’il s’agit

d’un littoral de l’Océan indien

– choisissons la grande Comore par exemple –

prennent de telles eaux

de si fortes couleurs, si mouvantes couleurs,

qu’on croit assister au vêlage d’une vache

sur une paille fraîche, chaude.

 

Nous imaginons volontiers que le poète a posé ses mots comme l’oiseau-chardonneret ses ailes sur l’arbre des couleurs dessinées par l’artiste. Cela dès le premier poème, où J.-L. Rambour VOIT une femme-cadeau dans la flamme-fleur qui se dresse dans le soliflore de la page :

 

Le plus souvent la femme bleue

est ce cadeau en papier-fête,

la poitrine ficelée en pétales

et feuilles de bolduc,

un bolduc à tentacules

agités vers le haut, le bas,

bolduc couleur chardon,

fête de la folle époque.

 

Le mouvement impulsé par les mots de J.-L. Rambour circule en ascendances dans la lumière du texte et de l’image qui, formant poème, augmente la profondeur des dessins de Pierre Tréfois, accroît la latitude de l’imaginaire amorcé par le poète et résonne dans ses poèmes comme une ondulation supplémentaire insufflée à la danse des couleurs et courbes créées. Il arrive que J.-L. Rambour s’appuie sur l’anecdotique et le fil narratif asserti de détails, de faits précis, des traversées existentielles, pour accentuer le réalisme d’un univers onirique :

 

Voici un étang que Corot a peint en 1873.

Il avait séjourné à Saint-Christ-Brioul tout l’été

et une petite moitié de l’automne.

(…)

On attend peut-être que sortent des profondeurs

l’épée d’un roi, pourquoi pas une Loreleï ou

quelque chose d’approchant. Ou que s’écartent

les roseaux devant un bateau d’aventures.

 

« Peut-être » « l’épée d’un roi » ou « pourquoi pas une Loreleï ou/quelque chose d’approchant »… l’espace-temps de notre imagination est préservé pour laisser entrer l’Extension de la lumière, sur le « bateau d’aventures » du langage à bord duquel le réel est embarqué, « frégate » filant sa cargaison de souvenirs, de rêves, d’espoirs, cap sur l’Imaginaire…

 

Murielle Compère-Demarcy

 

Jean-Louis Rambour

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Rambour

 

Pierre Tréfois, piéton provincial, intermittent de la plume (aphorismes, dessins, poèmes). Objecteur de barbarie, d’obédience écosocialiste. Partage sa joyeuse mélancolie entre Ottignies (Wallonie) et Lablachère (Ardèche). Parfois poète, un peu peintre, souvent ironiste. L’offertatoire rouge, éd. l’Arbre à paroles (2009), Tropique du Suricate, éd. Gros Textes (2012), Rouge résiduel, éd. Eranthis (2015), L’empreinte ironique, éd. Gros Textes (2015), L’éphémère capture, avec Jean-Louis Rambour, éd. Eranthis (2016).

 

  • Vu : 553

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Jean-Louis Rambour

 

Jean-Louis Rambour né en 1952, à Amiens, vit toujours en en Picardie.

Bibliographie :

Mur, La Grisière, 1971

Récits, Saint-Germain-des-Prés, 1976

Petite biographie d’Édouard G., CAP 80, 1982

Le poème dû à Van Eyck, L’Arbre, 1984

Sébastien, Cahiers du Confluent, 1985

Le poème en temps réel, CAP 80, 1986

Composition avec fond bleu, Encres Vives, 1987

Françoise, blottie, Interventions à Haute Voix, 1990

Lapidaire, CAP 80, 1992

Le bois de l’assassin, Polder, 1994

Le guetteur de silence, Rétro-Viseur, 1995

Théo, Corps Puce, 1996 / La Vague verte, 2005

L’ensemblier de mes prisons, L’Arbre à paroles, 1996

Le jeune homme salamandre, L’Arbre, 1999

Scènes de la grande parade, Le Dé bleu, 2001

Pour la fête de la dédicace, Le Coudrier, 2002

La nuit revenante, la nuit, Les Vanneaux, 2005

L’hécatombe des ormes, Jacques Brémond, 2006

Ce monde qui était deux, Les Vanneaux, 2007

Le seizième Arcane, Corps Puce, 2008 (préface de Pierre Garnier)

Partage des eaux, Ateliers des éditions R. & L. Dutrou, 2009 (dessins de René Botti)

Cinq matins sous les arbres, Vivement dimanche, 2009

Clore le monde, L’Arbre à paroles, 2009 (frontispice de Benjamin Rondia)

Anges nus, Le Cadran ligné, 2010

mOi in the Sky, Presses de Semur, 2011

La Dérive des continents, Musée Boucher-de-Perthes d’Abbeville, 2011 (huiles de Silère et préface de Pierre Garnier)

Démentis, Les Révélés, 2011 (livre d’artiste réalisé avec le peintre Maria Desmée)

La Vie crue, Corps Puce, 2012 (encres de Pierre Tréfois et préface de Ivar Ch’Vavar)

Au Commencement était la bicyclette, Université de Picardie Jules-Verne, 2014 (25 textes pour le catalogue d’une exposition du peintre Silère)

Jean-Louis Rambour a également publié des recueils de nouvelles et des romans : Les douze Parfums de Julia (sous le nom de Frédéric Manon), La Vague verte, 2000 (Prix du livre de Picardie Club de lecteurs 2001) ; Dans la Chemise d’Aragon, La Vague verte, 2002 (Prix du livre de Picardie 2003) ; Carrefour de l’Europe, La Vague verte, 2004 ; Et avec ceci, Abel Bécanes, 2007

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire

 

Murielle Compère-Demarcy est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi deLa Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017 ; réédition augmentée en 2018

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

Nantes-Napoli, français-italiano traductions de Nunzia Amoroso, éd. du Petit Véhicule, Cahier d’art et de littératures n°121, vol.2, Chiendents, 2017

dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent…, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches n°718, 2018

L’Oiseau invisible du Temps, éd. Henry, coll. La Main aux poètes ; 2018

 

Publications en revues : Phoenix, La Passe, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret, Concerto pour marées et silence, … ; sur espaces numériques Terre à ciel, Le Capital des Mots, Recours au Poème, … Publications en 2018 dans Nunc, la Revue Europe et Galerie Première Ligne, …

 

Anthologies : "Sans abri", éd. Janus, 2016 ; "Au Festival de Concèze", éd. Comme en Poésie, 2017 ; Poésie en liberté (anthologie numérique progressive) en 2017 et 2018 ; citée dans Poésie et chanson, stop aux a priori ! de Matthias Vincenot, aux éditions Fortuna (2017), …

 

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Revues en ligne Texture, Zone Critique, Levure Littéraire, Recours au Poème en tant que contributrice régulière.