Le titre Démissionnaire annonce le retrait. Il dit l’abandon plus que la rupture, la fatigue plus que la flamboyance. On pourrait s’attendre à un livre de renoncement. Or ce recueil accomplit un geste plus subtil : il transforme la démission en poste d’observation. Il ne quitte pas le monde ; il le regarde sans illusion — et le dit.
Dès les premiers textes, le réel apparaît exténué. Travail tertiaire, obligations diffuses, injonctions à « recharger ses batteries », à continuer coûte que coûte : la révolte elle-même s’use au contact d’une société qui l’absorbe. Le monde est devenu une « marqueterie monotone », alternant îlots de découragement et résistances faibles. La démission ne relève pas d’un héroïsme, mais d’un glissement presque organique.
Les poèmes dressent le constat d’un univers où les corps circulent comme des survivances. « Morts vivants sur la chaussée », corps « trimballé comme la valise d’un croque-mort », êtres dissous dans la lumière artificielle des écrans : une esthétique de la zombification traverse le recueil. Le soleil lui-même, dans "La Fin des illusions", n’est plus promesse mais « signe d’enterrement ». Le réel continue, mais sans horizon. Il fonctionne.