Identification

Articles taggés avec: Ayres Didier

Tapapakitaques, La poésie île, Habib Tengour (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 20 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Tapapakitaques, La poésie île, Habib Tengour, éd. APIC, Alger, 200 p., 2025, 17€

 

La poésie est affaire de temps. Et ce livre qui paraît chez l’éditeur algérien, APIC, en est la démonstration physique. Car la souche des poèmes se situe en 1965, or cette réédition de 2025 menée par Habib Tengour ne change pas l’ensemble des textes. Nous sommes témoins d’une espèce d’anamorphose de la durée qui nous donne à voir un poète jeune, dont le dynamisme n’a jamais faibli. La seule chose qui change, c’est l’époque de la lecture. L’on reçoit donc le poème en 2025 différemment qu’en 1965. Cela dit, je vais essayer quand même de donner mon sentiment actuel à propos de ce « nouveau » livre que laisse paraître Habib Tengour.

Tout d’abord, un aspect très net : c’est remuant. Cette littérature pleine de saillies, de petits accidents divers, ramène presque jusqu’à se clore la force du poète sur sa propre vitalité ; devenant un peu énigmatique, car nous donnant à découvrir une expression d’adolescent dans le bon sens du terme (ardeur, élan, vigueur, impulsivité, impétuosité). Oui, une espèce de connaissance de la violence, celle qui est amoureuse des périls. Ce qui frappe, c’est l’énergie, la vivacité, les chocs, l’altérité qui se nichent au milieu même du corps poétique.

Retour au nous végétal, Dominique Sampiero (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 12 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Retour au nous végétal, Dominique Sampiero, gravures, Dominique Kermène, éd. de Corlevour, 110p., 2025, 18€

Monde agreste

 

Tout d’abord le recueil, dès son premier acte, nous parle de Dasein ; d’un « être-là » au monde, une habitation de poète dans le monde. Ici, le monde est agreste, campagnard, végétal et villageois. C’est le livre de la coexistence de la poésie et du paysage, lequel n’est pas conçu comme un tableau, mais comme une entité vivante, meuble, qui naît au sein du langage, dans l’intériorité du poète. Cette campagne n’a rien d’extérieur, elle s’arc-boute dans une langue légèrement lyrique, ce qui veut dire qu’elle agrandit le domaine de l’être, lui donne une ouverture plus grande vers l’abîme intérieur.

Les jours de grand froid, le corps rode en pensée dans le labyrinthe pur-argent des longues marches, le dos cassé sous le poids du silence dans l’ici, chair fendue par les courbatures d’une solitude casanière, vertèbres soudées à la pierre de touche de notre amour.

Mémoire des mots, François Teyssandier (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 05 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Mémoire des mots, François Teyssandier, illust. Jamil Boucheqif, éd. Polyglotte, coll. Voix Boréales, 102 p., 2019, 12€


 

Les poèmes de François Teyssandier nous conduisent, nous indiquent un chemin parmi des éléments primaires (l’eau, le feu, l’éther et la terre envisagés par Empédocle), où le poète cherche la profondeur, cherche une langue pour ne pas périr, une langue insondable, une langue où la pensée est claire et pénétrante, où elle est matin, lumière, gaz énivrant.

On se prépare dès le début du recueil à accomplir un périple, une déambulation, une pérégrination pour être plus juste depuis la présence physique de la vie (y a-t-il ici une leçon tirée de Hume ?), l’expression de la nature portée par une langue simple, épurée, sobre et cependant lyrique.

Philip Guston, L’ironie de l’histoire (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 01 Décembre 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Philip Guston. L’ironie de l’histoire, dir. Didier Ottinger, corédaction Agnès Desarthe, Joanne Snrech, présentation Cécile Debray, éd. Gallimard/Musée Picasso-Paris, 224 p., 196 illus., 2025, 39€

Au sujet de l’exposition Philip Guston le Musée Picasso-Paris et Gallimard publient un catalogue retraçant une grande partie de l’œuvre dessinée et peinte, allant de reproductions des grandes peintures murales jusqu’aux dernières années du peintre et de sa production figurative.

Philip Guston, né Goldstein (1913-1980) voit le jour au Canada. En 1923 son père se suicide, et l’on suppose l’impact sur l’artiste enfant. Il est lecteur de bandes-dessinées et sa mère l’inscrit à une école de dessin par correspondance. Puis, sa formation se poursuit à la Manual Arts Hight School de Los Angeles où il a pour coreligionnaire Jackson Pollock. Il développe un intérêt pour le cinéma et le muralisme, est impressionné par la peinture de Max Beckmann. Se marie avec Musa McKim, muraliste. Guston est successivement professeur d’art dans les universités d’Iowa, de l’université de Washington à Saint Louis, à Boston… souvent pour de courtes périodes. Il est parfois inspiré par l’horreur de l’holocauste (et l’on pourrait transférer cette peur à son obsédant questionnement sur le Ku Klux Klan). Il voyage en Europe (où il rencontre peut-être la peinture de de Chirico), dessine beaucoup ; fréquente les poètes et les écrivains. L’artiste passe une bonne partie de sa vie à Woodstock où il rencontre Philip Roth (rencontre importante pour les deux hommes).

Tribut pour un homme libre, Jean-Paul Michel (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 14 Octobre 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Tribut pour un homme libre, Jean-Paul Michel, frontispice, Jacques Le Scanff, éd. fario, 80 p., 2025, 15 €

L’écriture, l’écrivain

Qu’est-ce que la littérature ? Quel est le rapport de l’écrivain à l’image ? Quelle est sa relation à l’archive, à la durée ? Quel regard l’auteur jette sur lui-même à travers son travail ? Que produit-il ? À mon sens, par exemple, Proust est écrit par la Recherche, plus qu’il ne l’écrit. En tout cas, le livre de Jean-Paul Michel convient à cette définition : il est le corps historique de son écriture. Il réfléchit a posteriori sur ce qu’il a noté il y a 20 ans, notamment à Rome ou à Florence. Au début du XXIème siècle.

Et l’ouvrage ouvre sur la trace écrite d’un voyage, où J.-P. Michel cherche l’éclat (comme le préconise Jean-Marie Pontévia au sujet de la peinture). Cette littérature est donc « traversante », elle passe au milieu d’elle-même comme une marque, une empreinte entêtante, capiteuse. Elle cerne le mystère de la peinture grâce à un vocabulaire de géomètre, presque scientifiquement. Et de là s’engage le rythme, la prosodie.