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La Une Livres

Pertes humaines, Marc Molk

, le Lundi, 16 Avril 2012. , dans La Une Livres, Recensions, Roman

Pertes humaines, Editions Arléa, septembre 2006, 124 p, 13 € . Ecrivain(s): Marc Molk

 

Ceci est un inventaire. Page après page, fiche après fiche ainsi que l’auteur désigne ces courts chapitres, sont brossés les portraits d’êtres plus ou moins chers, plus ou moins proches, qui pour une raison ou une autre sont sortis de la vie de Marc Molk. Davantage que l’individu, c’est la relation de l’auteur avec lui qui est présentée, analysée de façon volontairement non objective. Chaque fiche est assortie de données quantitatives – le coefficient de perte, la part de responsabilité de l’auteur et ses chances de renouer – comme pour mieux hiérarchiser des conditions de rupture ou de désagrégation qui échappent à toute logique (ou pas).


« Elle décida de me démissionner, dernière touche apportée à son œuvre de promotion sociale. J’accueillis la décision de la direction avec le soulagement d’un employé dont la tâche représentait déjà, depuis bien longtemps, une corvée déprimante » (page 79).

Je, tu, il, Valère Novarina

Ecrit par Didier Ayres , le Dimanche, 15 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Théâtre, Arfuyen

Je, tu, il, editions Arfuyen 2012. 10 € . Ecrivain(s): Valère Novarina Edition: Arfuyen

La lecture de Je, tu, il a été tout de suite envahie par deux choses extérieures - tel que Michaux l'écrit si bien : Je cherche un être à envahir. Deux choses donc, le Relief à l'assiette de Jean Pougny (Ivan Puni, 1884/1956), et  le chapitre 1 de Matthieu. Pour la première occurrence, c'est sans doute à cause de la proximité de ce tableau et de la Danseuse de Jean Arp (1886/1966), dans un catalogue d'art moderne. Car il va d'évidence que l'univers plastique du livre avec des répliques comme : "Nous mangeons le carré, le triangle, le cercle et sa courbe, et nous mangeons le point" a un rapport avec Arp. Mais cet univers semble entretenir aussi une relation significative avec le tableau de Pougny, qui représente une assiette, sorte d'auréole blanche cerclée de vert amande en relief, accrochée sur un bois de tilleul sienne rouge, sorte de repas dernier ou encore de croix, de Cène ou de Golgotha.

En second lieu, la deuxième chose forte qui vient à l'esprit, et à diverses reprises au cours de la lecture, c'est la ressemblance assez vive avec l'énumération du chapitre 1 de Matthieu, où l'évangéliste décline l'identité du Christ depuis la genèse. C'est en fait un nom qui engendre un autre nom. Cela permet de voir aussi dans ce texte de Valère Novarina le corps, l'animal, la forme géométrique, des angles, l'intérieur de l'humain, des bouches, Isaac et Abraham, et diverses épithètes, dont il faudrait sans doute dresser la liste - on sait d'ailleurs que l'écriture a été inventée pour énumérer (et qu'elle a accompagné le développement d'une nouvelle zone du cortex cérébral).

Espiritu Pampa - Sur les chemins des Andes, Sébastien Jallade

Ecrit par Lionel Bedin , le Samedi, 14 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits

Espíritu pampa - Sur les chemins des Andes, Éditions Transboréal, mars 2012, 180 p. 20,90 € . Ecrivain(s): Sébastien Jallade


C’est quoi les Andes ? « Un territoire inaccessible ? » « Un enchevêtrement de couleurs sans orgueil » ? « Tout se ressemble : une vallée, puis une autre, un écheveau de montagnes si monotone qu’il m’empêche de trouver mon chemin ». C’est pour essayer de répondre à ces questions, de comprendre, que Sébastien Jallade nous propose un incroyable périple dans Espíritu pampa - Sur les chemins des Andes. « Marcher sur la grande route inca en ignorant le temps présent n’aurait aucun sens ». Marcher sur le Qhapaq Ňan – nom quechua signifiant « chemin royal » souvent traduit par le Chemin de l’Inca – en ignorant qu’il fut un « axe majeur d’autres enjeux, ceux de la conquête espagnole et des premières tentatives d’évangélisation » n’aurait évidemment pas plus de sens. Le Chemin de l’Inca fut un axe essentiel de l’économie et de la politique de l’Empire Inca. Qu’est-ce qui existait avant cette conquête – dans le quotidien, mais aussi dans l’imaginaire ; quelles sont les croyances qui ont façonné ce Nouveau Monde ? Qu’est-ce qu’il en reste aujourd’hui ? Est-il possible de parvenir à un « syncrétisme » en parcourant ces chemins ? Est-ce souhaitable ?

Une femme seule, Marie Vindy

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 14 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Roman, Fayard

Une femme seule. 400 p. 19 €. Fayard Noir, mars 2012 . Ecrivain(s): Marie Vindy Edition: Fayard

Marianne Gil, écrivain, vit seule dans une grande propriété en Haute-Marne. C’est là qu’un matin de janvier, Joël, le vétérinaire qui s’occupe de ses chevaux lorsqu’elle est absente, découvre le cadavre d’une jeune fille.

Chargé de l’enquête, le capitaine de gendarmerie Francis Humbert, va devoir se pencher sur les zones d’ombre du passé de Marianne, cette femme seule, à la beauté troublante, qui semble expier dans l’isolement, l’écriture et l’alcool, un secret bien difficile à porter.


Pas de suspense haletant ni de scènes d’actions fracassantes dans ce roman. Juste une enquête sur un fait divers glauque menée avec minutie, une rencontre entre deux êtres esseulés et le fardeau des convenances qui voudrait écraser ceux qui ne veulent pas s’y plier. Car, plus que la recherche d’un coupable – que l’on suit par ailleurs avec intérêt même si nos soupçons ne peuvent que se tourner assez vite vers l’un des protagonistes – ce qui compte dans ce livre de Marie Vindy, c’est la mise en place d’une atmosphère pesante, dans un lieu qui nous apparaît gris et froid et singulièrement dénué de chaleur humaine.

Waterloo Necropolis, Mary Hooper

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Vendredi, 13 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, Jeunesse, Les grandes personnes

Waterloo Necropolis, trad. Fanny Ladd et Patricia Duez, Les grandes personnes, août 2011, 230 p. 17.50 € . Ecrivain(s): Mary Hooper Edition: Les grandes personnes


1861. Grace Parkes a 16 ans, un visage d’ange, une peau d’albâtre et des cheveux auburn. Sa démarche est naturellement gracieuse et raffinée, ses manières sont douces et modestes, comme il sied à une vraie jeune fille. Et pourtant Grace vit à Seven Dials, le quartier le plus misérable du West End londonien dans cette terrible fin de siècle victorienne. Avec courage, elle tente de survivre décemment, tout en s’occupant de sa sœur Lily, 17 ans. Une innocente. Un matin d’hiver, rien ne va plus : les deux sœurs sont jetées à la rue, sans le sou, sans rien à se mettre sur le dos, au désespoir. Suite à une succession de rencontres, elles entrent au service des Unwin, les plus gros entrepreneurs de Pompes Funèbres de la capitale : Grace en tant que pleureuse d’enterrement et Lily en tant que camériste de Charlotte Unwin, héritière futile et égocentrique. Rapidement les événements s’enchainent et les deux orphelines se retrouvent malgré elles au centre d’un complot qui vise à les déposséder d’un héritage fabuleux dont elles ignorent l’existence.

Mary Hooper dresse un portrait glaçant d’une ville noyée dans la misère, l’épidémie de choléra et le brouillard. D’une plume élégante, l’auteur nous donne à lire un texte extrêmement documenté évoquant avec réalisme l’atmosphère oppressante d’une nation écrasée par le deuil suite au décès du prince Albert.