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Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway (trad. François Bon)

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 16 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, publie.net, Aventures

Indisponible. Trad USA François Bon. 2012 . Ecrivain(s): Ernest Hemingway Edition: publie.net

 

Évoquer un ouvrage indisponible (sauf pour quelques petits futés, geeks espiègles, militants du libre, partageurs insouciants ou farouches partisans, gentils, disposés à défendre et à illustrer, justement, la cause littéraire) ne relève pas de la gageure mais d’un engagement bien concret à transmettre quelques informations à celles et ceux qui voudront bien se prêter à un jeu dont la légalité rivalise avec la moralité.

La morale rejoint ici le droit en cet appel à la lecture quasi-impossible de la nouvelle traduction de François Bon. Traduire est moins trahir que lire et relire, de près, égrainer pour rassembler, planter pour faire pousser.

« Traduire c’est reprendre un texte comme du gravier, lentement. Par rapport aux autres textes d’Hemingway, presque un travail de statuaire : si peu de mots, et le tournoiement de leurs répétitions, des didascalies qui détourent les phrases comme un vitrail. Le jeu précis de miroitements entre les paroles que le vieil homme dit à haute voix pour le ciel, le poisson ou lui-même, et son monologue intérieur. Le travail comme sur du marbre entre homme et animal, et l’égalité terrible devant mort et destin ».

La nébuleuse de l'insomnie, Antonio Lobo Antunes

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 15 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Langue portugaise, Roman, Christian Bourgois

La nébuleuse de l’insomnie, trad. portugais par Dominique Nédellec, mai 2012, 347 p. 20 € . Ecrivain(s): Antonio Lobo Antunes Edition: Christian Bourgois

 

Tout entier dans son titre, cet Antonio Lobo Antunes là : la nébuleuse, son côté diffus, contours imprécis, ailleurs, dans un autre univers ; l’insomnie, puisque personne ne saurait survivre longtemps dans le carrousel des décalages nuit/jour, l’ordonnancement du temps cul par dessus tête. Plus d’hier, de demain ; plus de frontière vivants-morts : « par moments, je me demande si nous ne sommes pas tous morts ». Mélanges infinis immobiles ; machine infernale lancée à toute allure : on est bien dans le monde dichotomique de Lobo Antunes ; lui qui disait que le roman se devait d’être « un délire contrôlé », s’y connaissant un peu, en ancien psychiatre entré en littérature.

Tout entier aussi dans la couverture choisie par Bourgois : maison chaulée d’Obidos ; chaleur pesante et silencieuse ; midi, probablement ; silhouette un peu lointaine d’un homme en noir, vu de dos.

Grande propriété campagnarde, entre montagnes et Tage « avec ses vapeurs, ses grenouilles… Lisbonne à l’autre extrémité du fleuve ».

L'aiguillon de la mort, Toshio Shimao

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 15 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie, Roman, Japon, Philippe Picquier

L’aiguillon de la mort, trad. japonais par Elisabeth Suetsugu, 2012, 641 p. . Ecrivain(s): Shimao Toshio Edition: Philippe Picquier

 

Toshio, écrivain, mène une double vie tranquille, organisée, avec d’une part Miho, son épouse depuis dix ans, et ses deux enfants Shinichi et Maya, avec d’autre part sa maîtresse, désignée tout au long du récit par le syntagme « la femme », depuis à peu près autant de temps.

Tout se passe bien jusqu’au jour où Miho lui annonce, brutalement, qu’elle sait tout.

Ce roman autobiographique commence à ce moment précis : Toshio, auteur-narrateur, est mis par Miho en face de soi au cours d’un interminable et virulent interrogatoire sur les détails les plus intimes de son adultère et sur les raisons pour lesquelles il a éprouvé pendant tant d’années le besoin de fréquenter « la femme ».

Pendant trois jours, sans répit, Miho questionne, veut savoir, tout savoir, le contraint à raconter, compter, expliquer, s’expliquer, s’accuser, s’excuser.

Toshio s’étant engagé à rompre et à ne plus jamais rien cacher, la tempête s’apaise et la vie de la famille semble reprendre son cours.

Des chaussures pleines de vodka chaude, Zakhar Prilepine

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Lundi, 14 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Russie, Nouvelles, Actes Sud

Des chaussures pleines de vodka chaude, trad. du russe par Joëlle Dublanchet, 19,80 € . Ecrivain(s): Zakhar Prilepine Edition: Actes Sud

Avant de devenir un écrivain à la mode, Zakhar Prilepine a été vigile dans une boîte de nuit, manutentionnaire, engagé volontaire dans les deux guerres tchétchènes… Il a également été responsable régional du Parti national-bolchévique jusqu’à son interdiction par l’actuel pouvoir : on imagine aisément qu’une telle vie ne manque pas de matière romanesque. Au point d’ailleurs qu’il apparaît dans la galerie de personnages du Limonov d’Emmanuel Carrère, fasciné par la Russie. Mais, justement, qu’est-ce que ces chaussures pleines de vodka chaude nous donnent à voir de cet immense pays ?

Loin de cette vie faite d’expériences troubles et extrêmes, Zakhar Prilépine décrit au long d’une dizaine de nouvelles la vie de garçons, souvent dans la force de l’âge, qui se laissent aller au gré de la misère qu’elle soit économique (Viande de chien), morale (Le meurtrier et son jeune ami) ou sentimentale. Ainsi, dans Gilka qui ouvre le recueil, un homme se croit traqué par la police et emprunte un trolley au hasard : il observe la rue, réfléchit à l’amitié et rêvasse amèrement à son bonheur passé : « C’est bien de rester sans espoir, lorsque le cœur vide n’est rempli que d’un léger courant d’air. Quand on prend conscience que tous les êtres qui vous ont tenu par la main ne vous retiendront plus, et que vos poignets glissent de leurs paumes ». Souvent, dans ces nouvelles, la désolation d’un homme est le moteur nécessaire de son action : « Le jeunesse doit dévorer elle-même ses propres rêves, parce que celui qui continuerait à y croire n’accomplirait jamais son destin ».

Au boulot ! Les Chats Pelés

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 14 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, Seuil Jeunesse

Au boulot, Les Chats pelés, 2012, 48 p. 25 € . Ecrivain(s): Les chats pelés Edition: Seuil Jeunesse

 

Un collector conçu spécialement pour les 20 ans de Seuil Jeunesse, avec une superbe couverture toilée sérigraphiée et accompagné d’un tiré à part. Un format géant qui met en valeur de très belles illustrations, chacune est une véritable œuvre d’art, réalisées par Les Chats pelés. Ce collectif d’artiste fondé par Lionel le Néouanic, Youri Molotov, Benoit Morel (chanteur de La Tordue) et Christian Olivier (chanteur des Têtes Raides), ne comprend aujourd’hui plus que ces deux derniers et Lionel le Néouanic.

Dans ce recueil aussi coloré que résolument subversif, on ne prend pas les enfants pour des idiots. A contre-courant du travailler plus pour patati patata, les animaux anthropomorphes qui évoluent au fil des pages de Au boulot ne s’en laissent pas conter. Ils nous livrent une poésie bourrée d’humour et pas piquée des vers. Cela démarre avec Aldo le croco, le camelot qui trafique du boulot, puis on croise le chasseur de courant d’air et quelques langues de vipères. Prosper le marchand de misère peut se tenir à carreau, Léon le lion a mangé son patron « il était si bon… ».

Hommage aussi aux travailleurs car non, il n’y a pas de « petit » métier et