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La Une Livres

L'affinité des traces, Gérald Tenenbaum

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 12 Juin 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Héloïse D'Ormesson

L’affinité des traces, Mars 2012, 231 pages, 18 € . Ecrivain(s): Gérald Tenenbaum Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Quelles sont-elles donc, ces traces, données dès le titre de ce beau livre fier ? Traces géographiques et tout autant ethniques, ramifiant le sable du Sahara, mais aussi – autre dimension – celles qui plongent jusqu’à l’autre bout de l’Histoire, dans le noir d’encre des grands camps de Pologne. Elles sont, ces traces, comme ces colliers berbères, formées d’un peu de tout, de perles de couleur et d’éclats martelés, un rien inquiétants, de pièces de métal. Elles disent – murmurent, plutôt, comme le vent du désert – le sable et le Hoggar, la langue des Targui, le bruit, et le silence assourdissant d’un champignon nucléaire, la chèche indigo, la fierté touareg…

Le livre – étrange et magnifique sujet – se laisse lire, bercé par le chaloupé de la Méhari, nous aimantant par une écriture à la fois précise et poétique, infiniment respectueuse de son objet, glissant ça et là un peu de cette langue Tamasheq, dont, hélas, il nous manquera le son rauque et lent qui la porte, et la musique du tambour en peau de chèvre – l’ettabel – symbole de son peuple. « Adafor », le coussin, « Issem n mem », comment t’appelle-t-on ?

Les éphémérides, Stéphanie Hochet

Ecrit par Valérie Debieux , le Lundi, 11 Juin 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Payot Rivages

Les Éphémérides, mars 2012, 210 p. 17 € . Ecrivain(s): Stéphanie Hochet Edition: Payot Rivages

 

Fin de l’hiver, approche du printemps, A.D. incerto. Glasgow, Londres, Paris. « Et puis, il y eut l’Annonce. La plus grande menace des dernières décennies proférée contre l’Occident, celle avec laquelle tout le monde était censé vivre, le premier enjeu métaphysique qui ne serait pas un choix mais un enfer déposé sur terre que chacun devait aménager à sa façon ». Trois villes, reliées par un point d’intersection, Tara. Une femme, qui vit en Ecosse, loin des hommes, par choix, mais proche d’eux par nécessité. Eleveuse de molosses le jour, dresseuse d’hommes la nuit, Tara partage sa vie avec Patty. Une passion les unit, l’amour pour leurs « Dogs », une nouvelle race de chiens, appelés à survivre à l’humanité après le cataclysme.

À Londres réside son cousin, Simon Black. Artiste-peintre connu auprès de certains milieux, il a pour obsession la projection de l’émotion sur la toile et, plus précisément la peinture du cri. Au détour d’examens médicaux, il apprend qu’il a le cancer de la gorge. Six à mois à vivre, tout au plus.

Lawrence d'Arabie, A contre-corps, Franck-Olivier Laferrère

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 11 Juin 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais

Lawrence d’Arabie, A contre corps, Edicool, E-fractions littéraires 3,99 € . Ecrivain(s): Franck-Olivier Laferrère

Os, sang, chair, tout en nous est broyé́…

Ainsi la formule reprise par FO Lafferère. Ainsi l’ampleur de l’auto saccage. Ainsi les derniers instants de vie de Lawrence vus, entendus, mis en mots et en scène par FOL en un texte monologue schizo-analytique impensable ou impsychanalysable. Oui, l’analyse rationnelle comme analytico-lacanienne reste impuissante face à l’impuissance du corps et de la raison de Lawrence-Artaud-Genet. C’est que Descartes est mort sans remords selon cette sainteté d’un point de vue. Serait-ce un Spinoza tronqué qui serait appelé à la rescousse ?

Grâce à Benoit, les parallèles de l’esprit et du corps peuvent se croiser. L’ancêtre de Riemann et de Lobatchevski a bon dos, lui qui a pris tous les coups dans le dos. Serait-ce un mode de manteau troué par un couteau qui induirait une nouvelle mystique ?

Le critique, peu sévère, cherche l’hypostase, voie labyrinthique d’où son bon sens sortirait indemne. Car il veut survivre. Survivre sans le corps à corps de la postérité salvatrice et impudique. Sans ce que le philosophe a désigné comme la Gloire et la Honte, transcendances sans transcendance. Or, si la transcendance choit, l’immanence ne pousse pas forcément par voie de conséquence ou de nécessité.

Sept façons de tuer un chat, Matías Néspolo

Ecrit par Cathy Garcia , le Dimanche, 10 Juin 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Amérique Latine, Roman, Thierry Magnier

Sept façons de tuer un chat, trad. de l’espagnol (Argentine) par Denise Laroutis, 2012, 254 p. 22,30 € . Ecrivain(s): Matias Nespolo Edition: Thierry Magnier

 

Cette histoire est un premier roman plutôt réussi. Un récit nerveux, sec, dense et noir, qui laisse peu de place à la respiration, très vivant aussi grâce aux très nombreux dialogues dans lequel le traducteur retranscrit le style et le ton du lunfardo, l’argot de Buenos Aires. Le Gringo celui qui raconte et Chueco, le Tordu, son copain d’infortune, sont deux adolescents, mais l’âge ici a peu d’importance, on vit vite et on meurt tôt dans ce bidonville en périphérie de la capitale argentine. L’existence est un rouleau compresseur, misère, violence, corruption en guise de sainte trinité, et toute tentative pour sauter hors du bocal est vouée à l’échec. Pas d’espoir pour ceux et celles qui sont nés du mauvais côté, parents perdus très vite, la petite rapine de survie quand elle ne conduit pas au trou, mène en chute libre dans la guerre des dealers. Chueco le Tordu n’y échappera pas. L’amitié ici est fragile, à la merci de n’importe quelle trahison et l’amour n’y a pas sa place. Même sur le point de passer son bac, la jeune Délia dont Le Gringo est amoureux, n’échappera pas au droit de cuissage de Jetita, un chef de gang. Le trottoir et les coups sont la destination souvent finale des filles et femmes de ces quartiers. Drogues, alcool sont les seules et illusoires portes de sortie de cet enfer et Mamina, une vieille, pauvre mais courageuse femme, tente de redonner un peu de dignité à ces gamins de la rue en les recueillant et les élevant comme elle peut.

L'attente, Catherine Charrier

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 09 Juin 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits

L’attente, Editions Kero, 248 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Catherine Charrier

 

Une rencontre, qui dure, un amour, qui se prolonge, un désir, qui se perpétue. Une histoire. Rythmée, scandée par ce qu’elle écoule en elle de temps à côté. Une histoire d’amour fou ? Non, plutôt un amour re-commencé, poussé, roulé, arc-bouté au temps, à l’attente. La narratrice se met, en pensée, en imagination, dans ce moment-là du prochain rendez-vous. Là où on attendrait un décompte, là où toute impatience compterait les jours, Marie, la narratrice, les accumule. Chaque chapitre en porte le signe : « J+… ». L’attente ne mange pas le quotidien, c’est le « fil des jours » qui l’absorbe.

L’attente, quel drôle de mot pour recouvrir d’abord, recouvrer ensuite, quand elle ne sera plus, une réalité (?). Celle d’un amour, d’un désir, d’un sentiment, d’une trame de vie.

 

Lui : Si cela continue, dans un an je la quitte (sa femme) et je t’épouse (p.14)

Elle : Je pense : un an, attendre (p.14)