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Nouvelle extraite de "Les hirondelles sont menteuses", Anita Berchenko

, le Vendredi, 08 Juillet 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Bonnes feuilles, Nouvelles, Numeriklivres

C'est une vieille anglaise, comme il y en a beaucoup dans le Sud-Ouest. Enfin, vieille, peut-être pas... difficile à dire. Grande et assez plate, de longs cheveux blonds fades qui pendent plus ou moins tristement sur ses épaules. Des yeux pâles, et le visage déjà ridé. Pas très féminine non plus, elle aime porter ce qu'on appelle des vêtements confortables, pulls, pantalons, chaussures sans talon. Ce qui ne l'empêche pas d'être très sympathique de l'avis de ses voisins et amis.

Elle s'appelle Kate Brighton. Elle a profité de l'époque où la livre était si forte qu'elle lui a permis, grâce à des économies bien placées, d'acheter cash une maison en France, comme un certain nombre de ses congénères. Elle a liquidé toutes ses affaires en Angleterre, a démissionné de son poste de cadre, et s'est consacrée à la rénovation de sa maison tristement abandonnée aux outrages du temps, qui étalait sa déchéance sur la place de la mairie de cette petite ville du Lauragais.

Le Lauragais, qui s'étend du sud-est de Toulouse jusque dans l'Aude, est une région magnifique. Avec un petit air de Toscane, à ce qu'il paraît. Une succession de vallons, de collines quadrillées de verts et d'ocres rutilants. Des platanes à perte de vue. Des marées de tournesols ou de blés ondulant sous le souffle du vent.

Les hirondelles sont menteuses, Anita Berchenko

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 08 Juillet 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles, Numeriklivres

Les hirondelles sont menteuses. Numerik livres. . Ecrivain(s): Anita Berchenko Edition: Numeriklivres

Anita Berchenko nous offre encore des nouvelles, après son «  petites morts en plein jour ».  Dix nouvelles encadrées par un joli prologue et un épilogue, que, pour ma part, je trouve superflu.

Unité de lieu : un village du Lauragais «  le vent d'Autan s'était levé et secouait les branches des arbres alignés le long de la place. Il portait avec lui une odeur de moisson, une poussière de blés coupés et battus ... »; Dix femmes différentes, des habitantes des plus banales ; tous âges, toutes histoires, tous physiques, fantasmes, états d'âme, spleen … On est bien dans du Berchenko ! C'est toujours, chez elle, cette admirable aptitude à décliner le quotidien ; ses petits traits en pointillé - limite G. Perec dans «  les choses » - «  décor à l'anglaise … des porcelaines, des vases, des théières en fonte … so british ... ».On y croise des femmes, celles de tous les jours, nous ! «  Magali rajoute du vert sur ses paupières au risque d'en mettre trop, et d'un geste un peu tremblant ... » et puis, et on a là tout le talent d'une Berchenko, ça bascule juste à temps pour nous étonner, nous faire battre le cœur un peu vite, nous donner envie de plonger tout de go, dans la nouvelle suivante, guignant la chute …

Comme chiens et chats. Histoires de frères et soeurs

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 08 Juillet 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles, Thierry Magnier

Comme chiens et chats. Histoires de frères et sœurs, collectif, 2011, 159 p. 9 € Edition: Thierry Magnier

Neuf nouvelles autour des relations fraternelles, neuf approches différentes et sensibles qui toucheront, questionneront et amuseront les adolescents et, comme tout bon ouvrage de littérature jeunesse, leurs parents.

« La randonnée du quinze août » de Véronique M. Le Normand réunit une fratrie devenue adulte pour un rituel estival imposé par les parents. Le cadet des quatre enfants y rejoue le scénario sans cesse répété du vilain petit canard, mais trouve cette fois sa place, sans « la douloureuse sensation de nager à contre-courant ». Un fils cesse d’être unique, adoptant son grand frère sans retenue, à la différence des adultes rétifs et méfiants face à une paternité mise en doute. Une adolescente parvient à faire disparaître par magie son horrible petite sœur et n’aura de cesse de la retrouver. Florence Thinard souligne que le lien qui se tisse entre sœurs n’est pas seulement le fait d’une relation de famille mais le fruit de rencontres et de coups de cœur. « Mes parents m’ont donné un frère et la vie m’a offert des sœurs ». Avec un frère ou une sœur, on se perd de vue car l’un des deux a déjà mis un pied dans le monde adulte, parce qu’il souffre ou a sombré dans une addiction. Mais ce lien ineffable et complexe n’a de cesse de se recréer, de se refondre à chaque étape de la vie.

Rosa, Jonathan Rabb

, le Jeudi, 07 Juillet 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, USA, 10/18

Rosa, Trad. De l’anglais (USA) par Eric Moreau. Grands détectives, 567 p., 9,40 € . Ecrivain(s): Jonathan Rabb Edition: 10/18


La collection « Grands détectives » investit, comme on sait, lieux et époques les plus divers, parfois les plus originaux. Cette fois, c’est l’Allemagne d’après la Grande Guerre, le Berlin de 1919, quelques semaines après la Révolution spartakiste, quelques jours après le meurtre de Rosa Luxemburg, qui avec Karl Liebknecht la fomenta et en fut la théoricienne (on profitera de l’occasion pour aller (re)lire ses écrits).

Rosa Luxemburg donc, dont la disparition du cadavre puis sa réapparition plusieurs mois après, qui souleva bien des mystères, constitue la trame de l’intrigue, où se mêlent aussi tueur en série (inévitable) et complot d’extrême-droite (inévitable aussi).

L’époque est rendue avec un souci de réalisme, voire de pédagogie, l’action très détaillée, les personnages crédibles ; tandis que l’atmosphère est assez captivante, avec quelque chose d’un film expressionniste, entre ombres et lumières, nuits, réverbères et blancheurs hivernales, quelque chose qui, plus avant, pourrait rappeler M. le Maudit.

Métamorphose du sentiment érotique, Jean-Jacques Pauvert

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Dimanche, 03 Juillet 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Jean-Claude Lattès

Métamorphose du sentiment érotique, 2011, 348 p. 20€ . Ecrivain(s): Jean-Jacques Pauvert Edition: Jean-Claude Lattès


Le sentiment érotique… Georges Bataille, cité par Jean-Jacques Pauvert, écrivait dans ses notes : « Science sexuelle égale rien ». Ici tout l’enjeu de ce très précis et précieux voyage du dit du sexe à travers le temps, les pays et les gens. Un véritable manuel d’histoire mondiale de l’érotisme en littérature, mais où la France apparaît le centre, par sa langue et son esprit d’emblée faits, dirait-on, pour l’imaginer et le dire. La liberté, mais le secret. Pendant très longtemps. Le meilleur aiguillon sans doute, cette tension.

Sentiment… chaque mot compte. Et dans le domaine érotique, plus encore qu’en tout autre. Sentiment ? Le mot interpelle. Oui, sentiment. Mot flou, mais puissant parce que troublant. Vague, on dirait un parfum. Mais bien réel. Parfait en somme pour qualifier érotique. Tout est dans le sentiment quand il s’agit de parler d’érotisme. Une manière peut-être de clore un instant le sempiternel débat entre érotisme et pornographie, lassant et très usé. Abscons, définitivement.

Truffé de citations, grandement documenté (sans être indigeste, ni élitiste), ce livre engage le lecteur sur un mode gourmand (la curiosité) et subtil (la séduction).