Identification

La Une Livres

Les feuilles mortes, Thomas H. Cook

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 28 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Les feuilles mortes (Red Leaves, 2005), traduit (USA) par Laetitia Devaux, 2010, 305 p. 6,95 € . Ecrivain(s): Thomas H. Cook Edition: Folio (Gallimard)

 

Eric Moore est un père de famille sans histoires. Petit commerçant dans une petite ville, il a une femme aimante, Meredith, et un fils de quinze ans, Keith, renfermé, flemmard et mal dans sa peau. Un soir, comme cela lui arrive régulièrement, Keith va faire du baby-sitting et garder Amy, une enfant de huit ans. Le lendemain, Amy a disparu. Les soupçons se tournent bien vite vers Keith qui ne semble pas mettre beaucoup d’énergie à se défendre. Et Eric de voir le doute s’insinuer en lui : et si Keith était coupable ? Et si son bonheur familial n’était qu’une illusion soigneusement entretenue depuis trop longtemps ?

« Les photos de famille mentent » nous dit Eric en ouverture de son récit. Et c’est bien ce que Thomas Cook va s’employer à nous montrer tout au long de ce roman par la voix de son personnage principal. Car derrière le vernis des sourires et des regards attendris se cachent aussi les non-dits, les vilains petits secrets, les frustrations quotidiennes et une amertume parfois tenace.

Ma vie précaire, Elise Fontenaille

, le Vendredi, 27 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Calmann-Lévy

Ma vie précaire, 4 avril 2012, 220 p. 15,50 € . Ecrivain(s): Elise Fontenaille Edition: Calmann-Lévy

 

La narratrice quitte son appartement parisien. Ses enfants, grands, ont volé loin du nid depuis un moment. Elle est livrée à elle-même.

Le roman s’ouvre sur la dispersion des bibliothèques de la narratrice, que celle-ci observe à distance avec intérêt. Contre toute attente, voir ces livres, autant d’anciens fétiches, faire le bonheur de tierces personnes la remplit de joie. La fin des besoins matériels et le détachement sont en marche.

« J’avais enfin quitté la marchande de sommeil, et trouvé pour quelques jours refuge à Vincennes, non loin de la tour où le marquis de Sade passa quelques années chez un ami d’ami parti en voyage, mais décidément Paris m’était impossible : jamais je ne trouverais un bail, personne ne voudrait louer ne serait-ce qu’un studio à un écrivain sans le sou, et surtout sans fiche de paye – le sésame des temps modernes –, il me fallait repartir, au hasard Balthazar, encore une fois » (page 75).

Ma vie précaire est le récit de l’errance d’une femme qui a choisi sa vie, qui a opté pour la liberté, et qui assume le prix que la vie lui fait payer pour cela. Errance professionnelle, errance financière, errance immobilière, errance parmi les hommes, les livres, les mots.

Muss, suivi de Le Grand Imbécile, Curzio Malaparte

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 27 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie, Récits, La Table Ronde, Italie

Muss, suivi de Le Grand imbécile. 02/2012. 224 p. 18 € . Ecrivain(s): Curzio Malaparte Edition: La Table Ronde

 

Le savoir donne d’emblée le genre et la tonalité du contenu : une biographie satirique du dictateur, que l’auteur a commencé à rédiger en 1931, à laquelle il a travaillé de manière intermittente jusque dans les années cinquante, et qui n’a jamais été achevée.

 

Muss mêle tout à la fois l’essai politique, la satire violente, le pamphlet, et des fragments de récits autobiographiques concernant les relations personnelles, conflictuelles, entre le dictateur et l’écrivain engagé, qui fut membre et grand théoricien du Parti Fasciste Italien avant de s’affirmer comme l’un des plus farouches opposants au mussolinisme.

Dans un style flamboyant, Malaparte accumule les attaques virulentes contre le Duce et son régime, et, en parallèle, contre Hitler et le nazisme, en utilisant la dérision et la caricature.

Noir grand, Sébastien Joanniez

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 26 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, Le Rouergue

Noir grand, Sébastien Joanniez, mars 2012, 64 p. 11,50 € . Ecrivain(s): Sébastien Joanniez et Daniela Tieni Edition: Le Rouergue

 

Difficile de passer inaperçu dans un petit village lorsqu’on a la peau d’une autre couleur que celle de ses parents, que celle des autres habitants. Le jeune narrateur a la peau tellement noire que « ça fait la nuit partout » quand il arrive. On le dévisage, on chuchote ou on suspend ses mots.

« Ici c’est la peau.

Et j’ai pas la peau, pas la patte blanches ».

Dans ce court récit, un enfant se trouve confronté à l’absurdité du regard des autres, au rejet, à la douleur qui fait se retourner la haine contre soi. Au-delà de cette couleur de peau qui ne cesse de le désigner aux autres, il ne désespère pas de son jeu et il joue carte après carte : l’humour, l’indifférence, l’immobilité. Mais aucune d’elle ne l’aidera vraiment. La cruauté des remarques laisse peu d’espoir à l’enfant blessé.

« Mais en grandissant, ils ont appris à dire d’autres mots, plus gros, plus gras, plus forts. Ils ont appris à se battre, et à tailler des flèches. Tout à coup, le jeu faisait mal ».

Tangente vers l'est, Maylis de Kerangal

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Jeudi, 26 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Verticales

Tangente vers l’est, janvier 2012, 128 p. 11,50 € . Ecrivain(s): Maylis de Kerangal Edition: Verticales

Avec une quinzaine d’autres écrivains français, Maylis de Kerangal a pris le Transsibérien à l’occasion de l’année France-Russie 2010. Pour ce voyage officiel organisé par l’Institut français, le train avait été rebaptisé Blaise Cendrars. De cette drôle d’entreprise littéraire, la plupart tireront un récit de leur voyage (Dominique Fernandez), des considérations historico-politiques (Danièle Sallenave) ou de simples romans où l’expérience sibérienne ne semble pas transparaître (Nicolas Fargues). Ils sont finalement peu comme Maylis de Kerangal à avoir fait le choix d’un roman ayant pour décor le Transsibérien.

Dans ce court récit, l’auteur du très remarqué Naissance d’un pont (Prix Médicis 2010) dessine avec délicatesse une improbable rencontre entre un très jeune Russe et une femme française. Aliocha prend le train avec ses futurs compagnons de service militaire et sous la surveillance du Sergent Letchov. Comme il a connu une fois la douceur de dormir avec une « jeune fille au manteau rouge », il ne pense qu’à fuir : « Aliocha a peur. Putain, la Sibérie ! ». Il croise alors Hélène, une Française de 35 ans qui vient tout juste de quitter son amant Anton, peut-être pour toujours, elle-même ne semble pas bien le savoir. Aliocha et Hélène, sans pouvoir communiquer faute de langue commune, passeront toute une nuit à fumer ensemble.