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La Une Livres

Le Grand Partout, William T. Volmann

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 30 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Récits, Actes Sud, La rentrée littéraire

Le Grand Partout (Riding Toward everywhere), (2011), trad. de l’américain par Clément Baude, 240 p. 22 €, . Ecrivain(s): William T. Volmann Edition: Actes Sud

Le Grand Partout est le récit d’un périple mené à travers les Etats-Unis par William T. Vollmann, selon la méthode hobo. Suivant les traces d’illustres prédécesseurs comme Henry David Thoreau, Ernest Hemingway, Thomas Wolfe ou Jack Kerouac, Vollmann a pendant de longs mois sillonné le pays en grimpant dans des trains de marchandises, en toute illégalité.

Pendant des heures, il se retrouve à guetter un train dans lequel il pourra sauter, un train dont il ne connaît pas toujours la destination.

« Comme je n’avais aucune raison d’y aller, je me suis embarqué pour Cheyenne ».

Il doit aussi veiller à éviter les « bourrins » les forces de sécurité ferroviaire dont certains membres ont la violence plus que facile envers les hobos qui resquillent.

Le but de Vollmann, comme celui de nombreux hobos qu’il croisera, et avec lequel il fera un bout de route, est d’atteindre « le Grand Partout », où se trouve la légendaire Montagne Froide, lieu mythique décrit par des sages chinois … mais qui ne pourrait s’avérer qu’un leurre.

Beat Hotel, Barry Miles

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 30 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Biographie, La rentrée littéraire, Le Mot et le Reste

Beat Hotel, trad. de l’anglais Alice Olatron, septembre 2011, 300 p. 23 €. . Ecrivain(s): Barry Miles Edition: Le Mot et le Reste

Generation B. Aujourd’hui, chacun se prend pour une grande star de la création artistique. Dit Jérôme Bourgeois. Sans doute se rappelle-t-il le mot de Warhol en 1968 : Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale. Nous sommes, à présent, dans le futur. Et ce futur-ci est notre présent. Et Jérôme Bourgeois n’aura pas forcément droit ici à son quart d’heure.

Bien avant la X Generation, il y eut la Beat Generation. C’est Kérouac qui lança la formule en 1948.  Holmes en publia le manifeste dans le New York Times Magazine, le 16 Novembre 1952 : The origins of the word « beat » are obscure, but the meaning is only too clear to most Americans. More than mere weariness, it implies the feeling of having been used, of being raw. It involves a sort of nakedness of mind, and, ultimately, of soul ; a feeling of being reduced to the bedrock of consciousness. In short, it means being undramatically pushed up against the wall of oneself.

Le mouvement Beat est né contre les préjugés et le puritanisme américain d’après-guerre. Alcools, drogues et délires doivent être repensés en termes d’effets et non de causes. Produit par et surtout dans le Système (ici réhabilité…), le mouvement Beat est dépréciation revendiquée par ironie sur son sort, synchronisation et coïncidence, instantanés et connexions, arc électrique tendu en vécu expérimental et Universel historique.

Les invités, Charlotte Moundlic

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 28 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Thierry Magnier

Les invités, Ed. Thierry Magnier, Petite Poche, 2011, 48 p. 5 € . Ecrivain(s): Charlotte Moundlic Edition: Thierry Magnier

Une écriture sobre, proche du conte, le merveilleux en moins, pour un roman fulgurant, acerbe. Une petite histoire pour aborder la grande, l’air de ne pas y toucher et pourtant, visant juste. Juste là où ça fait mal. Là, c’est le colonialisme, c’est une nébuleuse, en marge de l’histoire que l’on ne souhaite pas faire émerger.


« Avec des gestes, on arrivait

à peu près à se comprendre.

Puis le petit a pris la parole pour

demander s’ils pouvaient rester ici.

Comme ils étaient vraiment gentils, on a accepté.

Chez nous, l’hospitalité est une valeur très importante,

on ne refuse jamais

de recevoir quelqu’un ».

Revenants, Patrice Lelorain

, le Jeudi, 27 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie, La Table Ronde

Revenants, 354 pages, 20 euros, août 2011, . Ecrivain(s): Patrice Lelorain Edition: La Table Ronde

Pour écrire ainsi sa vie, de l’enfance à Bois-Colombes dans les années soixante jusqu’en ces temps où les amants précisent, en se déshabillant, « je n’ai pas le sida », il faut disposer d’une langue qui ne trahit pas. D’un style précis mais propice aux éblouissements. Une légèreté à la française. Tel est le cas de Patrice Lelorain qui sait pouvoir compter sur ses mots et ses maux.

Le narrateur vit dans un appartement situé au-dessus des cabinets de dentisterie de ses parents. Les jeudis après-midi, il est bercé par les hurlements des gosses aux prises avec la roulette de sa mère. Mais il sait que ces douleurs-là ne sont pas les plus terribles que cette femme peut infliger.

« Enfant, j’imaginais que je n’étais pas le fils de mes parents, mais un petit débile adopté autour duquel on avait dressé un décor sophistiqué (…) » De décors, justement, il en est ici question, le temps qui passe se chargeant de les repeindre. D’abord enfumés, psychédéliques, avec des femmes libres, des compagnons irresponsables ou trop sérieux, des plans foireux, des rêves et de la nausée. Jusqu’aux trompe-l’œil d’aujourd’hui aux couleurs crépusculaires propres à la saison des deuils.

Les Barbares, Jacques Abeille

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 27 Octobre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Attila

Les Barbares, mai 2011, 550 p., 25 euros. . Ecrivain(s): Jacques Abeille Edition: Attila


« Ils n’arrivaient pas seuls mais eurent tôt fait d’être les maîtres. » Dès l’orée du livre, les barbares sont là, réduisant à néant la haute civilisation de Terrèbre. Un universitaire raconte… Mais raconte quoi ? Non la conquête, mais le reflux, celui de la horde dont la poussée brutale se commue presque aussitôt en une quête erratique d’un homme et d’un livre. Cet homme, c’est le « voyageur », narrateur et auteur des Jardins statuaires, celui qui cherchait le prince des barbares aux confins du monde des jardins. C’est à présent le prince qui se lance à la poursuite, accompagné du professeur, ethnographe d’un peuple en déclin.

Suite des Jardins statuaires, Les Barbares en sont également l’envers. Traducteur du livre des jardins dans la langue de Terrèbre, le professeur scrute passionnément son reflet dans le monde qu’il découvre. Auteur à son tour, accumulant des notes savantes, il signe un livre symétrique, monument nostalgique du peuple barbare, de même que Les Jardins statuaires témoignent d’un temps révolu, d’une civilisation balayée par ces barbares en train de s’éteindre.