Identification

La Une Livres

La deuxième personne, Sayed Kashua

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 18 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, L'Olivier (Seuil), Moyen Orient

La deuxième personne. Sayed Kashua. Trad. Hébreu Jean-Luc Allouche. L’Olivier février 2012. 356 p. 23 € . Ecrivain(s): Sayed Kashua Edition: L'Olivier (Seuil)

Qui, mieux qu’un Arabe israélien, peut se poser – et nous poser - la question de l’identité ? Pas seulement celle d’un citoyen arabe dans l’état d’Israël – ce serait intéressant mais un peu court – mais au-delà, de l’identité dans sa dimension la plus métaphysique.

Sayed Kashua nous raconte le destin de deux arabes israéliens – les destins plutôt, car il s’agit de deux trajectoires distinctes qui vont, en fin de compte, se croiser – dans une technique de construction qui n’est pas sans évoquer les films d’Alejandro Gonzalès Iñarritu.

L’un est « l’avocat » (on ne saura jamais son nom). Représentant type d’une moyenne bourgeoisie arabe israélienne, assurément attachée à ses racines et au destin de la Palestine, mais néanmoins citoyen israélien, loyal et – presque – fier de sa nationalité ! L’argent, la Mercédès noire, la belle maison, la piscine … Les rêves matériels (et symboliques) d’une middle class palestinienne d’Israël.


« L’avocat s’assura que sa fille avait bouclé sa ceinture à l’arrière de sa Mercédès noire, tandis que son épouse attachait le bébé dans sa Golf bleue. Hormis le jeudi, c’était sa femme qui conduisait leur fille à l’école et le bébé chez sa nourrice… »

Jésus le bon et Christ le vaurien, Philip Pullman

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 18 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Iles britanniques, Roman, Gallimard

Jésus le bon et Christ le vaurien, trad. de l’anglais par Jean Esch, (The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ), février 2012, 172 p. 16,90 € . Ecrivain(s): Philip Pullman Edition: Gallimard

Philip Pullman nous conte l’histoire de Jésus… et de son frère Christ. La mort de l’un aura donné naissance à une Eglise, la « mort de l’autre ne fait pas partie de l’histoire ». L’histoire justement aurait fondu les deux personnages en un et l’auteur nous dévoile les coulisses de ce tour de force ou de passe-passe, de ce récit fondateur et faussaire. A partir de ce singulier postulat, le romancier virtuose d’A la croisée des mondes, revisite pas à pas les récits bibliques et délivre une vision inédite de l’un des plus grands mythes de notre civilisation.

L’Evangile selon Pullman procède d’un style simple, accessible, qui rappelle quelque peu celui de Au nom de la Mère d’Erri De Luca. Une poésie lumineuse et humble. Une vraie parole apostolique. Mais l’heure n’est pas au pastiche ou à la satire. Tout le détournement repose sur la mise en parallèle des deux figures formant un couple antithétique et électrique. L’enfant Jésus manifeste un appétit de vivre en accord avec sa belle constitution et multiplie les bêtises, couvert par le chétif Christ voué aux études et à l’humilité. Les différences s’accentuent et leurs parcours s’éloignent peu à peu. Le premier-né se fait charpentier et le second étudie à la synagogue. Jésus erre et s’adresse aux gens, bientôt suivi par une cohorte de disciples, accueilli par une foule désireuse de ses messages. On connaît la suite.

Anka, Guillaume Guéraud

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Dimanche, 18 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Jeunesse, Le Rouergue

Anka, Guillaume Géraud, Le Rouergue, DoAdo Noir, janvier 2012, 107 p. 9,50€ . Ecrivain(s): Guillaume Guéraud Edition: Le Rouergue

Marco a 14 ans ; il est en classe de troisième dans les quartiers Nord de Marseille, là où le soleil éclabousse les barres des cités, les voitures rouillées aux pneus en lambeaux et les machines à laver désossées, là où la chaleur fait couler le goudron du désert urbain.

Un après-midi, attablé à son bureau, seul dans l’appartement, Marco planche sur son devoir de géométrie. A quoi bon travailler ? Pour quel avenir ? On sonne à la porte, deux agents de police lui annoncent sans ménagement la mort de sa mère. L’incrédulité, l’invraisemblable font leur apparition dans la vie du jeune garçon. Sauf que cinq minutes plus tard, sa mère rentre à la maison, bien vivante.

Alors quoi ? Une erreur ? Non, ce n’est pas sa mère qui est morte, mais la femme que son père avait épousée il y a dix ans contre 1500 euros. En échange des précieux papiers d’identité : Anka, jeune roumaine aux cheveux noirs, aux yeux brillants comme du cobalt et à la peau de lait.

Mais Anka est morte, seule, sur le banc d’un parc, terrassée par la misère et la tuberculose. Anka la Belle, oubliée de tous, y compris de son faux-mari, plutôt agacé par tous les dérangements causés par ce décès. Anka, une laissée pour compte, une moins que rien. Alors pourquoi la jeune femme vient-elle hanter Marco, pourquoi ne parvient-il pas à l’oublier alors qu’il vient juste d’apprendre son existence ?

Adoptez un écrivain, Marie Nimier

Ecrit par Valérie Debieux , le Samedi, 17 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Actes Sud, Théâtre

Adoptez un écrivain. 2012. 48 p. 12 € . Ecrivain(s): Marie Nimier Edition: Actes Sud


Epoque, aujourd’hui. Lieu, salle de théâtre. Quatre personnes, quatre écrivains : Orson, Peter, Lars et Michaël, tous âgés d’une soixantaine d’années voire plus. Tous quatre ont été soigneusement sélectionnés par Rebecca, la responsable de l’agence, comme candidats à l’adoption. « C’est tranquille, un écrivain. Ça ne prend pas beaucoup de place. Un peintre, un danseur, un musicien… Mais un écrivain… De l’affection, un bureau, le gîte, le couvert… ». Le couple des futurs parents est invisible, silencieux ; on les imagine au sein de la salle, parmi les spectateurs. Ils sont présents, sans l’être. Rebecca, pour seul écho de sa présence, sa voix «off» qui glisse sur une bande passante. Une seule question : lequel d’entre eux sera retenu par le couple de parents au terme de la pièce ?


Sur arrière-fond de confrontation, les candidats, tour à tour, se présentent, mettant en exergue les mérites propres à emporter le suffrage de leurs futurs parents :

La femme-nuage, Jean-François Chabas

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Samedi, 17 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Jeunesse, L'école des loisirs

La femme-nuage, septembre 2011, 78 pages, 8€. . Ecrivain(s): Jean-François Chabas Edition: L'école des loisirs

La femme-nuage est un court opus qui nous propose trois contes spirituels et mystiques, presque mythiques, tant les lieux et les époques au cours desquels ces récits se déroulent sont incertains. Mais les héros de ces trois histoires ont en commun la quête d’un monde meilleur ou différent, plus accueillant et tolérant que celui où ils vivent.

Vâ est une jeune fille habitant un village de pêcheurs. Au cours de son adolescence, elle comprend qu’elle fait partie de ces femmes qui ne supportent pas de ressentir la moindre émotion ardente : les femmes-nuage. Elles deviennent alors translucides et s’envolent au gré du vent et de ses fantaisies, survolant le monde, jusqu’au retour de la sérénité. Vâ s’efforce alors à l’ataraxie la plus complète, fuyant les sentiments et se transformant en forteresse. Et tout va bien jusqu’à la rencontre de l’amour...

Glas, le géant du Lac Bleu est chargé de veiller sur les eaux limpides et sauvages des montagnes, afin qu’elles restent pures et immaculées de toute souillure humaine. Tel le géant Argos, il tire sa force de la nature. Qu’il s’éloigne de sa vallée et il rapetisse et s’affaiblit jusqu’à presque en disparaitre. Depuis la nuit des temps, Glas s’acquitte de sa tâche avec diligence et fidélité. Jusqu’au jour où il recueille Lynanata, une jeune orpheline, mignonne, capricieuse et raisonneuse. Le naïf et tendre géant devient la proie idéale pour une petite fille gâtée et égoïste.