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La Une Livres

Il faudra repartir, Nicolas Bouvier

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 30 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Payot Rivages

Il faudra repartir, Voyages inédits, Textes réunis et présentés par François Laut, Edition établie en collaboration avec Mario Pasa, Payot, 2012, 224 p. 17 € . Ecrivain(s): Nicolas Bouvier Edition: Payot Rivages

 

Lire, partir, rencontrer, raconter.

Ce livre donne l’occasion de lire des extraits de « carnets » inédits de Nicolas Bouvier sur des régions ou des pays absents de son œuvre publiée. François Laut avait lu ces textes – entre « témoignages à valeur historique » et « voyages initiatiques aux divers âges de la vie » – lorsqu’il y écrivit la première biographie consacrée à l’auteur : Nicolas Bouvier. L’œil qui écrit (Payot, 2008). Il écrit dans le texte de présentation : « L’intérêt des textes est aussi bien dans ces régions ignorées de l’œuvre que dans les multiples facettes qu’ils montrent de l’homme à travers cet abrégé de sa vie qu’est un voyage : le poète ou le journaliste, le conférencier ou l’historien, le photographe ou le « naturaliste », jamais l’homme de lettres, bien plutôt, dirait Gustave Flaubert, « le frère en Dieu de tout ce qui vit », qu’il décrit et peint avec son œil hors pair. Nous partons d’abord pour Copenhague durant l’été 1948, puis en France en 1957-1958, en Afrique du Nord à l’automne 1958, en Indonésie à l’été 70, en Chine durant l’été 1986, au Canada en 1991 et en Nouvelle-Zélande durant l’été 1992.

Je n'en dirais guère plus, Jean-Michel Bongiraud

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 30 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Atlantique

Je n’en dirai guère plus, 2012, édition à tirage limité et numéroté, 45 p. 14 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Bongiraud Edition: Atlantique

 

 

Il est pas mal question du doute dans ce recueil, mais en le refermant, c’est du titre que l’on doute. Difficile en effet de croire que Jean-Michel Bongiraud n’en dira guère plus, et on ne le souhaite pas en tout cas, car lire ce livre, c’est comme passer un moment en tête à tête avec un ami. Il ne s’agit pas ici juste d’une formule, mais d’un ressenti bien réel. L’auteur est comme assis en face de nous, le livre devient une table à laquelle on s’accoude, on partage un verre, voire plusieurs, et Jean-Michel Bongiraud nous ouvre son cœur, sans prétention, sans flonflons, sans faux semblants. Une telle simplicité est rare, une telle sincérité aussi. Elle mettra ceux qui sont prompts à juger sans doute mal à l’aise. Il y a quelque chose d’inconvenant, pour ceux qui ne jouent pas cœur sur table, à se livrer ainsi. C’est donc un livre qui fait du bien, qui remet les choses à leur place, la poésie dans la vie, l’homme au cœur de sa vie d’homme, ni plus, ni moins et les mots tissent des ponts, car au centre de ce livre, il y a un irrépressible désir de partage.

Une année à Venise, Lauren Elkin

Ecrit par Anne Morin , le Dimanche, 29 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Héloïse D'Ormesson

Une année à Venise, Avril 2012, trad. USA par Jean Lineker, 334 p. 22 € . Ecrivain(s): Lauren Elkin Edition: Héloïse D'Ormesson

Oscillant entre la terre ferme et l’eau, entre la certitude, les certitudes, une vie toute tracée où n’affleurent même pas les questions, et l’incertitude, les questions sans réponse, le flottement. Entre Charles, son fiancé éditeur américain de l’upper middle class, et Marco, le batelier vénitien qui s’invente une histoire de vengeance, fuyant avenir et passé, Catherine hésite, Catherine balance : « je suis allée à Venise parce que Venise est un libro d’ore. Un livre d’heures. Un livre doré » (p.14).

Au fond d’elle-même, en quête d’elle-même, des failles s’ouvrent, profondes, où elle s’interroge. D’un côté, New York, le nouveau monde, engoncé dans un monolithisme étouffant, de l’autre Venise, l’ancien monde, berceau flottant, épave ? Les deux, peut-être, où passé et avenir se rejoignent, se joignent et se distendent, se distancient.

Doctorante, Catherine s’interroge sur ses racines. Dans une ville qui prend pied sur l’eau, elle ne choisit pas par hasard pour aimer y vivre, le seul quartier ferme : le Dorsoduro. Par l’eau – et Marco servira de passeur –, Catherine et Neva, une Croate en quête de la scuola segreta de ses ancêtres, ré-inventeront une très ancienne synagogue entre immersion et émersion aux magnifiques mosaïques : « Je savais que c’était à Venise, et dans un endroit improbable » dira Neva (p.136).

Sexe et amour de Sumer à Babylone, Véronique Grandpierre

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 29 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Folio (Gallimard)

Sexe et amour de Sumer à Babylone, mars 2012, 336 p. 8,90 € . Ecrivain(s): Véronique Grandpierre Edition: Folio (Gallimard)

 

La collection Histoire de Folio nous donne l’occasion de confirmer que la modernité de nos sociétés se situe bien du côté de la Mésopotamie, non seulement en raison de l’écriture cunéiforme que les sociétés qui s’y sont succédé ont adoptée, mais aussi pour l’organisation sociale qui prévalait et qui traduit le souci et la conscience aigüe qu’elles intégraient jusque dans l’intimité. Véronique Grandpierre, historienne, met à la disposition du lecteur une somme importante de données relatives à la conception qu’on avait du sexe et de l’amour il y a déjà 5000 ans dans cette Mésopotamie qui fut le lieu de tant de novations. C’est entre le Tigre et l’Euphrate que les dieux orientaient les comportements en la matière, faisant de la relation sexuelle un moment de plaisir dont naissent les hommes mais d’abord la végétation, les saisons…

« Et An (le Ciel), ce dieu sublime, enfonça son pénis en Ki (le Ciel) spacieuse

Il lui déversa du même coup au vagin la semence des vaillants Arbre et Roseau »,

Mais les dieux eux-mêmes ont des limites aux ardeurs qui les traversent comme Enlil, roi des dieux, qui cherche une compagne.

Les feuilles mortes, Thomas H. Cook

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 28 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Les feuilles mortes (Red Leaves, 2005), traduit (USA) par Laetitia Devaux, 2010, 305 p. 6,95 € . Ecrivain(s): Thomas H. Cook Edition: Folio (Gallimard)

 

Eric Moore est un père de famille sans histoires. Petit commerçant dans une petite ville, il a une femme aimante, Meredith, et un fils de quinze ans, Keith, renfermé, flemmard et mal dans sa peau. Un soir, comme cela lui arrive régulièrement, Keith va faire du baby-sitting et garder Amy, une enfant de huit ans. Le lendemain, Amy a disparu. Les soupçons se tournent bien vite vers Keith qui ne semble pas mettre beaucoup d’énergie à se défendre. Et Eric de voir le doute s’insinuer en lui : et si Keith était coupable ? Et si son bonheur familial n’était qu’une illusion soigneusement entretenue depuis trop longtemps ?

« Les photos de famille mentent » nous dit Eric en ouverture de son récit. Et c’est bien ce que Thomas Cook va s’employer à nous montrer tout au long de ce roman par la voix de son personnage principal. Car derrière le vernis des sourires et des regards attendris se cachent aussi les non-dits, les vilains petits secrets, les frustrations quotidiennes et une amertume parfois tenace.