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La Une Livres

Un voyou argentin, Ernesto Mallo

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 22 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Amérique Latine, Roman, Rivages/noir

Un voyou argentin, trad. de l’espagnol (argentin) par Olivier Hamilton, Mars 2012, 239 p. 8 € . Ecrivain(s): Ernesto Mallo Edition: Rivages/noir

Deuxième volet de la série consacrée au policier Perro Lascano, Un voyou argentin fait suite à L’Aiguille dans la botte de foin, publié en France en 2009, qui s’achevait sur le meurtre putatif du héros.

L’officier de police Perro Lascano revient donc ici littéralement d’entre les morts dans une Argentine du début des années 1980, à peine sortie de la dictature, où la jeune démocratie peine encore à se frayer un chemin. C’est dans cette période trouble, dans une Buenos Aires où le passé traîne à chaque coin de rue que Lascano tente de mettre la main à la fois sur Topo Miranda, braqueur de banque, et son amour disparu, Eva, tandis qu’un jeune procureur déterminé qui compte aussi sur son aide voudrait faire tomber quelques anciens membres de la junte.

Roman choral tant du fait de l’utilisation d’un nombre assez important de protagonistes que de la variété des thèmes abordés, Un voyou argentin condense mille histoires en un peu plus de deux cents pages. Les périodes de transition démocratiques dans des pays qui s’extraient de la dictature sont en effet propices au développement de ce genres d’intrigues, mêlant les destinées personnelles parfois fulgurantes à la lente mise en place d’un processus où l’idéalisme et les grands principes côtoient désir de revanche, débrouille face à une situation économique compliquée et amnésie volontaire.

Botanique Circus, Frédéric Clément

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 20 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Albin Michel, Jeunesse

Botanique Circus. Albin Michel jeunesse 2011. 40 p. 26 € . Ecrivain(s): Frédéric Clément Edition: Albin Michel

« Maestro, faites sonner vos rhododendrons, car j’entends l’arrivée de…» Botanique Circus. Son Directeur d’abord, un petit homme, habit écarlate, chapeau claque, moustache en croc, fouet sous l’aisselle, pas plus haut qu’un piment rouge. Puis, une rencontre. Avec un Géant aux feuilles de chou, un «phénomène de foire» qui entend « tout, absolument tout, […] le moindre murmure de mimosa, le moindre soupir de souci, le moindre petit cri de chrysanthème…».

 

« Je crois que nous pourrions faire affaire tous les deux. Ne seriez-vous pas tenté par une carrière dans le spectacle ? […] ». Monsieur Loyal, pour le convaincre, lui présente alors, dans un langage aussi imagé qu’évocateur, les artistes de son cirque. Sous les projecteurs de ses mots, il met ainsi en lumière, Fragolo, le dompteur de fraises sauvages, « capturées au cœur des Carpates, […] dans l’ombre même du comte de Dracula […], ces fauves sont si cruels que le numéro doit impérativement se dérouler sous une cloche de verre » ; Passiflore, la mystérieuse diva, exécutant son tour de passe-passe « Fleurir. Sourire. Mourir », frissons garantis ; Mam’zelle Millet et ses chardons volants, qui « virevolte et voltige d’ailette en ailette, pirouettes au ralenti comme dans un vieux film muet » ;

Journal des canyons, Arnaud Devillard

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 19 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Le Mot et le Reste

Journal des canyons, 29/03/2012, 245 p. 18 € . Ecrivain(s): Arnaud Devillard Edition: Le Mot et le Reste

 

 

C’est en 2008 qu’Arnaud Devillard – et Cécile – partent en touristes dans les fantastiques paysages désertiques des États-Unis, dans les pas d’Edward Abbey (1927-1989), personnage emblématique et contestataire, le plus célèbre des écrivains écologistes de l’Ouest américain, auteur notamment en 1968 de Désert solitaire. Le Journal des canyons est le récit de ce voyage : Arnaud Devillard nous raconte simplement, au jour le jour, comment ça s’est passé. Un récit assez marrant, mais qui finit par donner un sentiment un peu tragique, par (me) mettre mal à l’aise : qu’est-ce que c’est que ce cauchemar ? Comment pouvons-nous nous faire piéger ainsi ? Comment faire ? Comment ne pas avoir envie d’aller voir ce qui est présenté – et qui est sans doute réellement – comme des merveilles de la nature ? Le problème c’est que tout le monde détient la même information, part avec le même besoin plus ou moins créé, le même guide, le même créneau dans le temps. Et qu’à l’autre bout les vautours attendent de pied ferme la masse – la manne – des touristes. Et que ça devient un enfer.

N'oublie pas les oiseaux..., Marguerite Clerbout

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 18 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie

N’oublie pas les oiseaux…, illustrations Marthe Ansiaux, Ayeneux, Tétras lyre, 1992 . Ecrivain(s): Marguerite Clerbout

Marguerite Clerbout est une auteure singulière. Rencontrer ses textes est comme vivre une résonance de la lumière. La vivre comme on vit une rencontre qui marque, qui ne finira pas de se répercuter, comme les souvenirs font des ronds éblouis dans l’eau de nos pensées – nos pensées comme un fil tendu dans « nous ».

Un fil sur lequel se pose doucement la poésie de Marguerite Clerbout, papillon de mots, de pensées et de silences.

L’auteure porte sa poésie dans la page, dans le silence, dans la vie ; elle la pose comme un trait d’union sur une page déchirée par un enfant, déchirée d’un grand cahier pour que puisse s’y voir un soleil dessiné par lui, par ses mains, par ses rêves, avec son empressement, soleil – chauffant de ses rayons le squelette juste esquissé d’une maison – dessiné avec des crayons de couleur qui ont l’arc-en-ciel qu’ils font une fois mis ensemble, toutes les couleurs d’une vie commençante, avec toutes les courbes en elle de ce qui est infini, et se sait tel.

Comme un trait d’union ? Un trait d’union entre l’étoile et l’oiseau, qui sont une même réalité. La poésie de l’auteure dans son mystère l’indique. Un trait d’union qui est un point. Un point comme un soleil.

Bartleby, Herman Melville

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 17 Avril 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Nouvelles, publie.net

Bartleby, François Bon (Traducteur), Collection Nos Classiques, 22/12/2011, 89 p. 0,99 € . Ecrivain(s): Herman Melville Edition: publie.net

« L’âme de l’homme est un vide immense et terrifiant ».

Melville. Pierre ou les ambiguïtés.

« Voilà… on se tait un tout petit peu parce que c’est [?] d’être sensible à la beauté d’un pareil texte ».

Deleuze, Cours du 29 octobre 1985.


Commencer par la fin et ouvrir l’appétit :

« Concevez un homme par nature et infortune enclin au désespoir blafard, est-ce qu’aucun poste ne serait plus apte à le rehausser que celui de continuellement manipuler ces lettres perdues, et de les livrer aux flammes ? Parce qu’on les brûle annuellement par pleines charretées. Parfois, du tas de papier, le terne commis trouve une alliance : le doigt auquel elle était destinée, peut-être, est devenu cendres ; un billet de banque offert par élémentaire charité : et celui à qui il était destiné ni ne mange ni même n’aura plus jamais faim ; de l’espoir pour ceux qui meurent sans espoir ; de bonnes nouvelles pour ceux qui meurent suffoqués par de constantes calamités. Aux courses de la vie, ces lettres conduisent à la mort.