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La Une Livres

Blue Jay Way, Fabrice Colin

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Vendredi, 09 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Sonatine

Blue Jay Way, – février 2012. 22,30 euros. . Ecrivain(s): Fabrice Colin Edition: Sonatine

Après un parcours de touche à tout (SF, jeunesse, BD, TV, revue Inculte) Colin amène beaucoup de choses dans ce roman policier. D'ailleurs est-ce un roman policier? Et la question est-elle importante? Nous verrons.

Julien est un jeune franco-américain qui vit à New York dans l'ombre paranoïaque du 11 septembre : son père est mort dans l'avion qui s'est écrasé sur le Pentagone. Depuis, il reçoit des messages mystérieux alimentés par les théories conspirationnistes. Après un livre sur Carolyn Gerritsen, auteure qu'il admire et avec qui il s'est lié, il se retrouve désœuvré. Quand elle lui propose d'aller à Los Angeles pour apporter un peu de stabilité à son fils, Ryan, qui vit toujours avec son père Larry Gordon, producteur à succès d'Hollywood. Julien s’envole pour L.A. Comme l’a dit un jour Izzy Stradlin, membre des Guns’n’Roses « Personne ne va à Los Angeles, L.A., c’est là qu’on finit. »

Dès son arrivée à Blue Jay Way, l'immense villa dominant LA, Julien découvre un univers d'argent sans limites, une jeunesse dorée et inerte, toujours en quête de sensations. Il fait la rencontre d’Ashley, la jeune épouse de Larry, toute droite sortie d'un jeu de télé-réalité auquel a également participé Ryan mai qui lui en est sorti pas mal esquinté. Lorsqu’Ashley disparait, la villa glisse dans la torpeur avant de basculer définitivement dans la paranoïa.

Anthologie du théâtre français du XXème siècle, Cécile Backès et Henri Scépi

Ecrit par Olivier Verdun , le Vendredi, 09 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Folio (Gallimard), Anthologie

Anthologie du théâtre français du 20e siècle. Écrire le théâtre de son temps, anthologie et dossier réalisés par Cécile Backès, lecture d'image par Henri Scépi, décembre 2011, 383 p. 8.90 € . Ecrivain(s): Cécile Backès et Henri Scépi Edition: Folio (Gallimard)

L'anthologie qui nous est ici offerte par Cécile Backès regroupe une trentaine d'extraits présentant un panorama historique du théâtre français du 20e siècle. D'Émile Zola à Yasmina Reza, de Roger Vitrac à Marie N'Diaye, en passant par une pléiade d'auteurs connus et reconnus – Albert Camus, Samuel Beckett, Bernard-Marie Koltès, etc. -, cet ouvrage condense en 383 pages des pièces qui ont fait événement, qui sont synonymes de ruptures esthétiques, qui ont créé la surprise ou le rejet parfois. Le décor est campé dès la première page : « On trouvera ici des premières pièces, des chefs-d'œuvre, des naissances et des apogées. Des pièces à "message", des pièces à "thèse", des langues qu'on dirait étrangères, des langages inouïs, des formes inconnues. Toutes sont des actes poétiques. »

Le choix proposé, pour subjectif qu'il soit de la part de Cécile Backés, n'en demeure pas moins représentatif de l'histoire théâtrale du siècle, limitée aux auteurs français, faisant la part belle à la diversité des conditions de création, à Paris, souvent, mais aussi en province, puisque, nous rappelle Cécile Backès, « décentralisation dramatique et démocratisation culturelle ont bien eu lieu ».

Dieu surfe au Pays Basque, Harold Cobert

, le Jeudi, 08 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Héloïse D'Ormesson

Dieu surfe au Pays basque. 8 mars 2012. 160 p. 15 € . Ecrivain(s): Harold Cobert Edition: Héloïse D'Ormesson

C’est l’histoire d’un drame personnel, d’une injustice du quotidien. Un fait capable de ravager un couple, de détruire à jamais, au-delà des rêves d’enfant, les possibilités d’enfant ; un fait, pourtant, banal, statistiquement banal.

Le narrateur et la femme se rencontrent, s’aiment, se marient, veulent devenir trois. Rien de plus normal. Elle a déjà connu une grossesse avec un autre, mais le bébé n’a pas vécu plus de cinq jours à l’air libre. Il faudra composer avec cet antécédent, les menaces qu’il contient, on passera outre. Le test est positif, la chambre programmée, l’échographie des trois mois planifiée. 48h avant celle-ci, elle perd du sang. A l’hôpital, on annonce la fausse-couche. Celle-ci se soldera par un curetage, après des heures d’une « boucherie » aux méthodes « moyenâgeuses » - bien qu’orchestrée dans le cadre hospitalier.

Si rien n’est épargné au lecteur, ni le sang, ni l’achat des serviettes hygiéniques, Harold Cobert ne s’épargne pas non plus en tant que narrateur, ne taisant rien des douleurs physiques, des rêves détruits en vol, des larmes. Il dit tout de sa paternité en danger, de sa virilité égratignée - et cela, finalement, ne le rend que plus homme. Il évite toutefois l’écueil des grands épanchements, et privilégie la sobriété au lyrisme.

Le silence des chiens, Jacques Ancet

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 07 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, publie.net

Le silence des chiens. Février 2012. 186 p. 2,99 € . Ecrivain(s): Jacques Ancet Edition: publie.net


"Pourquoi rééditer aujourd’hui ce livre vieux de plus de vingt-cinq ans ? Sans doute parce qu’après toutes ces années, sous les horreurs qui le traversent et qui n’ont jamais été d’une actualité aussi brûlante, j’y retrouve toujours la même énergie de vie. Une énergie qui, malgré tant d’obstacles et de raisons de désespérer, ne cesse de s’affirmer contre la mort. C’est là que je verrais le sens de cette activité chaque jour plus invisible qu’on appelle littérature : être une force qui vous saisit, en deçà de toute figuration ou représentation – terrain sur lequel cinéma et nouveaux arts de l’image l’ont depuis longtemps supplantée –, en deçà de tout discours constitué et autres messages à faire passer ; une force qui vous jette dans cette « obscurité sans voix où les mots sont des actions » (Faulkner) où un corps, et toute sa charge biologique, historique, sociale, rencontre un autre corps, le touche dans le présent de son passage dont chaque texte ou chaque livre est la trace recommencée. Autrement dit, et simplement, profondément, être la vie du langage et le langage de la vie. Telle serait, pour moi, la leçon toujours vivante de ces pages de ténèbres et de mort."

Le détroit, l'Occident barricadé, Mustapha Nadi

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 07 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Maghreb

Le Détroit, l'Occident barricadé. Editions Riveneuve, Janvier 2012, 216 p., 20 € . Ecrivain(s): Mustapha Nadi

Quelque part du côté de cet autre livre, Eden de Laurent Gaudé : Sicile/ Afrique, et entre les deux, ces coquilles de noix sinistrement ballotées sur une Méditerranée cireuse ; d’un Welcome, le film fameux, pour ces hordes posées entre papiers gras et descentes de police, au bord de l’Occident de toutes les civilisations… ce Détroit-là est tout simplement un livre important, souvent fondamental : sujet, construction, écriture… et, évidemment, message ! Déjà annoncé par le sous-titre « l’Occident barricadé » ; une histoire d’invasions barbares, en somme…

« Un homme veut fuir sa terre, rêvant juste d’une petite place sous le soleil du Nord. Qu’importe le brouillard, la pluie, ou le gel, pourvu qu’on ait le métro ! Tu seras un “harrag” mon fils, brûlant tes papiers comme ton passé ».

Drôle d’affaire de passage ? « un pont trop loin ? » que ce roman ? Récit/documentaire ? Croisant habilement (tapis de haute lice tissé à la marocaine) quelques destins d’hommes, puissamment posés par l’écriture sans concession, ni fioriture de Mustapha Nadi. Ceux qui montent d’Afrique ; Yacine, le marocain, Bilal, celui de Bamako, Tarek, l’Algérien. En quelques paires de lignes coupantes comme la machette, celui-là, notamment, amène avec lui la terreur des années de cendre dans son village. Un moment, parmi d’autres, de ce livre, qui prend à la gorge.