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Seins et oeufs, Mieko Kawakami

, le Mardi, 06 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Asie, Roman, Actes Sud

Seins et œufs, traduit du japonais par Patrick Honnoré, 1er février 2012, 112 p. 13,50 € . Ecrivain(s): Mieko Kawakami Edition: Actes Sud

Dans ces pages, trois femmes : Natsu, la narratrice trentenaire et célibataire, qui réside à Tokyo, raconte le bref séjour chez elle de sa sœur aînée Makiko, quarante ans, venue pour une augmentation mammaire, accompagnée de sa fille Midoriko, douze ans.

Makiko, mère célibataire, amaigrie par son rythme de vie éreintant et son travail épuisant, est obsédée par ses seins plus plats que jamais depuis la naissance de sa fille. L’opération de la poitrine lui apparaît comme la solution à tous ses problèmes.

Natsu s’interroge sur les réelles motivations de sa sœur, qu’elle semble soudain voir avec des yeux neufs.

Midoriko, enfin, est tellement perturbée par tout cela qu’elle en a perdu la parole : elle ne s’exprime désormais plus que via son cahier de conversation.

 

« Pour la simple raison qu’on est née, en fin de compte il faut vivre, manger tout le temps et gagner sa vie, rien que ça c’est l’horreur. […] et en plus il faudrait faire sortir un autre corps de son corps ? » (page 30).

Passion simple, Annie Ernaux

Ecrit par Marianne Desroziers , le Mardi, 06 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard

Passion simple (Quarto, Gallimard) in "Ecrire la Vie" . Ecrivain(s): Annie Ernaux Edition: Gallimard

La publication par les éditions Gallimard dans la collection Quarto en fin d’année dernière d’une grande partie des œuvres en un seul volume d’Annie Ernaux constitue une bonne occasion de découvrir, de redécouvrir ou d’explorer plus en profondeur le travail de cette romancière qui travaille sur une base autobiographique pour atteindre l’universel. Peu d’écrivains parviennent comme Annie Ernaux à mêler « petite histoire » - histoire personnelle, familiale, sentimentale - et grande Histoire.

Ce roman publié en 1991 n’est ni plus ni moins que ce que signifie son titre  (une passion simple) qui fait penser à « Un cœur simple » de Flaubert, clin d’œil de l’auteur par ailleurs professeur de Lettres durant des années. Et la citation de Roland Barthes en exergue ne fait qu’exacerber la curiosité du lecteur : « Nous deux – le magazine – est plus obscène que Sade ».

Ce n’est pas l’histoire d’un amour que nous conte ici Annie Ernaux mais celle d’une passion amoureuse qui n’est pas vraiment partagée. En effet, son amant est marié, il lui accorde peu de temps, pense beaucoup moins à elle qu’elle ne pense à lui et semble considérer leur relation comme purement sexuelle. Cela n’empêche pas la narratrice d’être obnubilée par cet homme et par leur prochaine rencontre :

Banquises, Valentine Goby

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 05 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Albin Michel

Banquises. Août 2011. 246 p. 18 € . Ecrivain(s): Valentine Goby Edition: Albin Michel


Un point de départ simple et une histoire simple pour Banquises de Valentine Goby : une jeune femme part sur les traces de sa sœur disparue trente ans plus tôt lors d’un voyage au Groenland.

D’abord camper les personnages. C’est ce que fait l’auteure dans le premier chapitre. Le père. La mère. Les deux sœurs, Sarah et Lisa. Sarah, l’ainée, a une passion : la musique, le beau son, les salles de concert, qu’elle visite de par le monde comme d’autres visitent les musées. Une passion envahissante. Du coup tout le monde oublie un peu la petite, Lisa. Et puis le drame : un jour Sarah quitte la France pour le Groenland. Quelques mois plus tard l’avion revient sans elle. La mère s’enfonce dans la dépression. Le père trouve des dérivatifs. Lisa est toujours ignorée, non pas en raison de la trop grande présence de sa sœur, mais cette fois en raison de sa trop grande absence.

Le poids des mensonges, Patricia McDonald

Ecrit par Valérie Debieux , le Dimanche, 04 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, USA, Roman, Albin Michel

Le poids des mensonges. Mars 2012. Trad anglais (USA) par Nicole Hibert. 336 p. 19,90 € . Ecrivain(s): Patricia McDonald Edition: Albin Michel

Hartwell, petite ville située dans le Sud du New Jersey. Années 2010. Le prologue : deux orphelins, un frère et une sœur. Le premier, James, seize ans. Exclu de lycée, accro aux médicaments délivrés sur ordonnance, condamné à suivre une thérapie sur ordre du juge aux affaires familiales, sous le coup d’un retrait du permis de conduire. La seconde, Caitlin, vingt-huit ans. Son métier, « directrice du service de recrutement des étudiants issus de minorités », elle s’attache à «repérer des jeunes sans moyens financiers et les encourager à réaliser leur rêve : étudier à Brunswick University. Tutrice de son cadet depuis la mort récente de leurs parents, elle a reçu, en héritage, leur cottage et leurs soucis. « Si seulement James remontait la pente, elle n’aurait peut-être pas l’impression de mener un combat perdu d’avance. Malheureusement, la plupart du temps, il était déprimé et ne lui adressait pas la parole. Elle vivait avec un fantôme qui hantait silencieusement la maison, errant de pièce en pièce ».


Un soir, à son retour chez elle, Caitlin découvre, avec surprise, le véhicule de son père à l’extérieur du garage. L’angoisse. Son frère est au salon, dans l’obscurité. Bref interrogatoire. « Je l’ai juste… déplacé ». Et pourtant.

Puisque mon coeur est mort, Maïssa Bey

Ecrit par Nadia Agsous , le Vendredi, 02 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Maghreb

Puisque mon coeur est mort, La Tour-d’Aigues, Editions de l’Aube, 2010, 255 p.- 17,80 € 
Editions Barzakh, Alger, avril 2010, pour l’Algérie, 184 p. . Ecrivain(s): Maïssa Bey

Dans la nuit du destin, sur le chemin du retour, un jeune homme est assassiné dans la fleur de l’âge. Il avait à peine vingt ans. Au moment où il s’affale sur le sol, il appelle sa mère : «ya M'ma, ya yemma !» (Ô Mère, ma Mère !).

C’est par cette scène tragique et douloureuse que Maissa, Bey nous introduit dans son dernier roman.

Aïda. Femme. Divorcée. « Sans homme, sans mari ou tuteur légal, ni père ». Enseignant l’Anglais à l’université. Vivant dans un appartement en compagnie de son fils à qui des assassins amnistiés par la loi de la Concorde civile viennent d’ôter la vie.

Douleur. Remords. Culpabilité. Haine. Solitude. Basculement dans la folie. Projet de vengeance. Intention meurtrière…

Mais comment ? Comment ? Comment vivre avec ce vide ? Comment se donner l’illusion de la présence de ce fils unique tant chéri ?

Par l’écriture ! a décidé Aïda. Et chaque jour, la voilà qu'elle « trace sur un cahier d’écolier le chemin – qui  la – mène à l’Absent.