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Comment parler des lieux où l'on n'a pas été ? Pierre Bayard

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 23 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Les éditions de Minuit

Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? Janvier 2012, 160 p., 15 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

Attention : Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? de Pierre Bayard est un livre qui casse les mythes, qui brise les rêves… C’est cruel, mais certains voyages, et donc certains récits, seraient trop beaux pour être vrais. Si des voyageurs, des explorateurs, des baroudeurs, des bourlingueurs ont bien sillonné la planète, d’autres, après avoir pesé les contraintes inhérentes au voyage, ont estimé qu’il était « plus sage » de fréquenter le monde « sous d’autres formes que celle du déplacement physique ». Ces « voyageurs casaniers », dont il est question dans ce livre, ne sont jamais allés dans les lieux dont ils parlent, « ce qui ne les a nullement empêchés d’être intarissables à leur propos et de nous les rendre, grâce à la force de l’écriture, souvent plus présents que n’ont su le faire ceux qui avaient jugé indispensable de s’y déplacer ». Il est vrai que l’on peut lire de la bonne littérature policière sans pour autant qu’elle soit écrite par des bandits ni des criminels.

Commençons par quelques voyageurs célèbres pour lesquels il est admis que les écrits ne sont pas – ou probablement pas – liés à un réel déplacement. Pierre Bayard les classe en plusieurs types.

Le Journal d'un haricot, Olivier Hobé

Ecrit par Olivier Verdun , le Jeudi, 23 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Récits

Le Journal d’un haricot, Editions Apogée, 2011. 62 p. 12 € . Ecrivain(s): Olivier Hobé

« Je respire du Quentin, sa maladie me bouffe, m’envahit, je le sens, je le renifle, il n’a jamais été aussi proche de moi. On me regarde écrire. Dans un café, on se rend compte de la solitude des loutres. Il me semble être l’une d’elles ». Ainsi s’achève, dans une langue horizontale tendue comme la moire, tirée au cordeau, où presque rien ne dépasse, mais qui ne rompt jamais sa texture sensible, Le Journal d’un haricot qu’Olivier Hobé a tissé de notes prises au quotidien.

Un drôle de titre, qui pourrait, de prime abord, dérouter le lecteur friand de mises en bouche truculentes. On s’attend à parcourir un énième conte de la collection Milan Jeunesse, mais sûrement pas le récit d’une loutre tentant de se tenir au plus près de celui qui, le plus souvent, est nommé par la lettre Q.

On devine que le haricot en question est une plante herbacée d’un genre peu amène, dont gousses et graines n’ont rien de comestible, qui creuse avidement, dans le dédale des entrailles, une galerie de tchernoziom, avec pics et à-pics : « Sa douleur passe dans la mienne : il me faut vite l’apprivoiser avant de la lui rendre moins sauvage, comme apaisée, pur jus de fruit pressé entre mes mains », « Q. vient d’avoir 16 ans aujourd’hui…, je suis heureux d’être son père. Pensée légumineuse, jeux lumineux, jus de gueux ».

Tout contre, Marie-Florence Gros

, le Jeudi, 23 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Héloïse D'Ormesson

Tout contre, Marie-Florence Gros, février 2010, 160 pages, 16 € . Ecrivain(s): Marie-Florence Gros Edition: Héloïse D'Ormesson

Ce premier roman fait alterner deux cavales, l’une proche et l’autre plus lointaine, à l’Est, qui sont liées plus qu’il n’y paraît.

Les héros s’appellent Nestor et Andréa. Ils se rencontrent et s’aiment. Mais le temps, personnage à part entière de l’intrigue, s’en mêle. Car les protagonistes ne sont pas soumis à la même temporalité, et c’est là leur drame – tandis qu’el parallèle, le trafic de filles de l’Est contre lequel lutte Nestor l’avocat se rapproche de plus en plus d’Andréa, qui exerce le métier d’écrivain, et dont le roman ne sortira pas indemne.

« Parce que le temps imaginaire est à angle droit du temps réel, il se comporte comme une quatrième dimension spatiale. Il ouvre donc sur un éventail de possibilités beaucoup plus riches que la voie ferrée du temps réel ordinaire ». Stephen Hawking, en exergue.

Le caractère abouti de Tout contre, ajouté à sa structure complexe et très maîtrisée, est un fait assez rare pour un premier roman. Si l’écriture en est finie et subtile, ce roman n’est toutefois pas très accessible au premier abord. Il peut dérouter – mais qui surmontera cette impression bien légitime de décalage, cette sensation d’être à contretemps, s’en trouvera récompensé.

Effets secondaires probables, Augusten Burroughs

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 22 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Nouvelles, Héloïse D'Ormesson

Effets secondaires probables, Nouvelles traduites de l’anglais (USA) par Samuel Sfez, sortie le 23 Février 2012, 334 p. 22 € . Ecrivain(s): Augusten Burroughs Edition: Héloïse D'Ormesson

Délirant, peu souvent méchant, grinçant, le ton acéré d’Augusten Burroughs, révélateur. A travers un prisme déformant, un kaléidoscope de sentiments, de pensées infuses, changeant mais mettant à chaque fois l’accent sur une malformation, un travers, une anomalie, le génome d’une certaine Amérique, valant d’autant que la révélation émane d’un Américain et non du regard (souvent) critique d’un étranger. Un regard qui s’en prend, d’abord, dès l’abord, à soi-même, exagéré et caustique :

– La consommation, (p.29) « Nous – les Américains – ne voulons que des produits fabriqués en laboratoire, testés sur des femmes et des animaux, puis emballés dans du plastique et estampillés à l’image du dernier film de Disney ».

– La course au dédommagement, (p.98) « Rien n’impressionne plus les personnes – ni la gloire, ni un diplôme dans une université de l’Ivy League – qu’une grosse compensation financière à la suite d’un problème médical ».

– Les mauvaises habitudes alimentaires, (p.256) « Alors comme ça, ces enfoirés de Crocker Farms pouvaient manger des frites et des Big Mac tous les jours ? – à la cantine scolaire – Tandis que nous avions des pizzas plates au goût sucré, encore congelées au milieu ».

Chacun porte une chambre en soi, Franz Kafka

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 22 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays de l'Est, Récits, publie.net

Chacun porte une chambre en soi. La chambre d'écriture de Franz Kafka, 56 récits brefs. Nouvelle traduction par Laurent Margantin. Préface de François Bon. 2,99 € . Ecrivain(s): Franz Kafka Edition: publie.net

 

publie.net publie des récits, récifs, de Kafka. Et ces récifs sont aussi bien amers,repères pour marins avertis, autant de nouveaux pôles d'orientation dans l'oeuvre mineure et monumentale de Kafka. La coopérative d'édition braque son microscope à effet tunnel, via la traduction magistrale et fidèle, sur des atomes ( à quand les éons?) déclinés et pondus par un des pionniers de l'écriture contemporaine (aux côtés de Joyce et de Musil, de Roussel et de Fante ). Inutile de parler de K. Il s'en tape. Et pas tant que ça.

 

Focale minime sur le process.

Bouger quelques atomes de K aujourd'hui provoque un petit champ (écolo) électrique. Les lectrices et les lecteurs authentiques risquent de se voir emportés par son arc. Ainsi projetés, nous devenons les égarés retrouvés, nous et pas nous, purs devenirs, sources d'énergie en tous les K.