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Tout contre, Marie-Florence Gros

, le Jeudi, 23 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Héloïse D'Ormesson

Tout contre, Marie-Florence Gros, février 2010, 160 pages, 16 € . Ecrivain(s): Marie-Florence Gros Edition: Héloïse D'Ormesson

Ce premier roman fait alterner deux cavales, l’une proche et l’autre plus lointaine, à l’Est, qui sont liées plus qu’il n’y paraît.

Les héros s’appellent Nestor et Andréa. Ils se rencontrent et s’aiment. Mais le temps, personnage à part entière de l’intrigue, s’en mêle. Car les protagonistes ne sont pas soumis à la même temporalité, et c’est là leur drame – tandis qu’el parallèle, le trafic de filles de l’Est contre lequel lutte Nestor l’avocat se rapproche de plus en plus d’Andréa, qui exerce le métier d’écrivain, et dont le roman ne sortira pas indemne.

« Parce que le temps imaginaire est à angle droit du temps réel, il se comporte comme une quatrième dimension spatiale. Il ouvre donc sur un éventail de possibilités beaucoup plus riches que la voie ferrée du temps réel ordinaire ». Stephen Hawking, en exergue.

Le caractère abouti de Tout contre, ajouté à sa structure complexe et très maîtrisée, est un fait assez rare pour un premier roman. Si l’écriture en est finie et subtile, ce roman n’est toutefois pas très accessible au premier abord. Il peut dérouter – mais qui surmontera cette impression bien légitime de décalage, cette sensation d’être à contretemps, s’en trouvera récompensé.

Effets secondaires probables, Augusten Burroughs

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 22 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Nouvelles, Héloïse D'Ormesson

Effets secondaires probables, Nouvelles traduites de l’anglais (USA) par Samuel Sfez, sortie le 23 Février 2012, 334 p. 22 € . Ecrivain(s): Augusten Burroughs Edition: Héloïse D'Ormesson

Délirant, peu souvent méchant, grinçant, le ton acéré d’Augusten Burroughs, révélateur. A travers un prisme déformant, un kaléidoscope de sentiments, de pensées infuses, changeant mais mettant à chaque fois l’accent sur une malformation, un travers, une anomalie, le génome d’une certaine Amérique, valant d’autant que la révélation émane d’un Américain et non du regard (souvent) critique d’un étranger. Un regard qui s’en prend, d’abord, dès l’abord, à soi-même, exagéré et caustique :

– La consommation, (p.29) « Nous – les Américains – ne voulons que des produits fabriqués en laboratoire, testés sur des femmes et des animaux, puis emballés dans du plastique et estampillés à l’image du dernier film de Disney ».

– La course au dédommagement, (p.98) « Rien n’impressionne plus les personnes – ni la gloire, ni un diplôme dans une université de l’Ivy League – qu’une grosse compensation financière à la suite d’un problème médical ».

– Les mauvaises habitudes alimentaires, (p.256) « Alors comme ça, ces enfoirés de Crocker Farms pouvaient manger des frites et des Big Mac tous les jours ? – à la cantine scolaire – Tandis que nous avions des pizzas plates au goût sucré, encore congelées au milieu ».

Chacun porte une chambre en soi, Franz Kafka

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 22 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays de l'Est, Récits, publie.net

Chacun porte une chambre en soi. La chambre d'écriture de Franz Kafka, 56 récits brefs. Nouvelle traduction par Laurent Margantin. Préface de François Bon. 2,99 € . Ecrivain(s): Franz Kafka Edition: publie.net

 

publie.net publie des récits, récifs, de Kafka. Et ces récifs sont aussi bien amers,repères pour marins avertis, autant de nouveaux pôles d'orientation dans l'oeuvre mineure et monumentale de Kafka. La coopérative d'édition braque son microscope à effet tunnel, via la traduction magistrale et fidèle, sur des atomes ( à quand les éons?) déclinés et pondus par un des pionniers de l'écriture contemporaine (aux côtés de Joyce et de Musil, de Roussel et de Fante ). Inutile de parler de K. Il s'en tape. Et pas tant que ça.

 

Focale minime sur le process.

Bouger quelques atomes de K aujourd'hui provoque un petit champ (écolo) électrique. Les lectrices et les lecteurs authentiques risquent de se voir emportés par son arc. Ainsi projetés, nous devenons les égarés retrouvés, nous et pas nous, purs devenirs, sources d'énergie en tous les K.

HHhH, Laurent Binet

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Mardi, 21 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Grasset

LHHhH, 2010, Grasset 2010 (20,9 €) et LGF 2011 (7,50 €) . Ecrivain(s): Laurent Binet Edition: Grasset


Drôle de titre, drôle de livre.

Le titre renvoie au surnom de Reinhard Heydrich, chef d'Eichmann et bras droit d'Himmler : Himmlers Hirn heisst Heydrich / le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich. Heydrich qu'on surnommait aussi la « bête blonde », le « bourreau de Prague », « l'homme le plus dangereux du IIIè Reich ».

Comment écrit-on l'Histoire se demande l'auteur. Comment couche-t-on sur papier, l'obsession d'une vie, des heures et des heures de lectures, de visites, de films? Laurent Binet écrit sur Heydrich et sur l'attentat dont il fut la cible à Prague en 1942. Et il écrit sur ce qu'il écrit. Cette métafiction et cette réflexion sur comment écrire l'histoire de l'Histoire est passionnante. Professeur de français, il connaît les ficelles du roman : le terme générique -au sens de genre- figure sous le titre : c'est, ici, plus qu'ailleurs, à souligner (souvenez-vous de la polémique sur Jan Karski de Yannick Haenel).

Dès le départ, il nous offre un "contrat de lecture" (rappelez-vous, il est prof de français) et au fil du récit, ou plutôt des récits, il explique ses doutes, ses limites, ses scrupules, sa curiosité, son obsession pour le sujet qui empiète sur sa vie privée.

L'histoire cachée du nihilisme, Michèle Cohen-Halimi et Jean-Pierre Faye

Ecrit par Yannis Constantinidès , le Lundi, 20 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

L’histoire cachée du nihilisme. Jacobi, Dostoïevski, Heidegger, Nietzsche, La Fabrique éditions, 2008, 310 p. 18 € . Ecrivain(s): Michèle Cohen-Halimi et Jean-Pierre Faye

 

Le titre de l’ouvrage est prometteur : il fallait en effet une synthèse sur la notion profondément ambiguë de nihilisme, qui connaît de grandes variations de sens au cours de sa brève histoire. Le lecteur s’attend donc à voir dévoilée cette « histoire cachée » (la formule est de Nietzsche, le « premier parfait nihiliste de l’Europe » (1)). Mais la promesse n’est qu’à moitié tenue, parce qu’il n’y s’agit pas réellement, ou seulement, de faire le récit philosophique des transformations de cette notion équivoque à partir de sa première formulation par l’étrange révolutionnaire Anacharsis Cloots (2). Toute la seconde partie de l’ouvrage, mal raccordée à la première, porte essentiellement sur Heidegger et Nietzsche (ce qui explique sans doute la curieuse inversion chronologique dans le sous-titre) et s’apparente plus à un pamphlet anti-heideggérien qu’à une étude rigoureuse de leurs rapports. D’où, à l’arrivée, un assemblage hybride, aussi trouble que son sujet.

Le livre se divise en deux « partitions », la première composée par Michèle Cohen-Halimi (MCH) et la seconde par Jean-Pierre Faye (JPF), celui-ci signant le prologue et celle-là l’épilogue, dans un esprit de parfaite parité.