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La Une Livres

Red Grass River, James Carlos Blake

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 26 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Roman, Rivages/Thriller

Red Grass River, (Red Grass River : A Legend, 1998), trad. de l’anglais (USA) par Emmanuel Pailler, Mai 2012, 414 p. 23,50 € . Ecrivain(s): James Carlos Blake Edition: Rivages/Thriller

Quatrième roman de James Carlos Blake après L’homme aux pistolets, Les amis de Pancho Villa et Crépuscule sanglant, Red Grass River est le septième à être traduit chez Rivages (Un monde de voleurs et Dans la peau, plus récents, ont été traduits en France avant lui). Une précision qui n’est pas qu’anecdotique puisque, d’évidence, on se trouve là, par les thèmes abordés, à la croisée des chemins quelque part entre Crépuscule sanglant et Un monde de voleurs (et même si un autre roman pas encore traduit chez nous, Wildwood Boys, s’insère dans la bibliographie de Blake entre Red Grass River et Un monde de voleurs).

En effet, en nous contant les douze années de l’épopée de ce qui deviendra le gang Ashley, braqueurs et trafiquants d’alcool des Everglades, entre 1912 et 1924, et en axant son récit sur la haine brûlante d’une amitié quasi fraternelle et déçue entre John Ashley et le sheriff Bob Baker, James Carlos Blake reprend là les ingrédients qui sont la marque de ses romans : l’amour et la haine fraternels, la fidélité au clan familial, l’esprit de vengeance et de conquête d’une nouvelle Frontière, et la construction chaotique d’un pays.

L'approche de Delft. De la peinture hollandaise & de Marcel Proust, Daniel Kay

Ecrit par Olivier Verdun , le Vendredi, 25 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

L’approche de Delft. De la peinture hollandaise & de Marcel Proust, Editions Isolato, 2011, 71 p. 14 € . Ecrivain(s): Daniel Kay

 

Le livre tout en finesse de Daniel Kay, L’approche de Delft, publié en 2011 par Isolato, se propose, en quatre chapitres particulièrement denses, de tisser des liens entre la peinture hollandaise, dont Vermeer de Delft constitue le parangon, et l’œuvre de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu. Il s’agit de mettre au jour la façon dont une œuvre d’art, qu’elle soit picturale ou littéraire, opère une transfiguration allégorique du réel le plus ordinaire. L’idée, très hégélienne au fond, qui sous-tend cette réflexion, est qu’il n’y a pas, en art, de réalisme stricto sensu, à quoi on tend souvent à réduire, à tort, la peinture hollandaise, accusée de prosaïsme bourgeois, comme le croit, par exemple, Eugène Fromentin dans Les maîtres d’autrefois : selon lui, le but des peintres hollandais du XVIIe siècle, qui excellent dans la peinture de genre, c’est-à-dire dans la représentation de la vie quotidienne, est « d’imiter ce qui est, de faire aimer ce qu’on imite, d’exprimer nettement des sensations simples, vives et justes ».

273 amis, Gép et Edith Chambon

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 25 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse

273 amis, Editions Mouck, avril 2012, 38 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Gép et Edith Chambon

 

Avoir une ribambelle d’amis et faire le buzz sur Facebook, c’est bien tentant. Sonia se laisse prendre au jeu mais elle découvre bien malgré elle qu’elle risque d’y perdre ses véritables amis. Dans ce troisième volet des aventures et mésaventures d’une jeune collégienne, les éditions Mouck font mouche ou moucheron plutôt, si l’on se réfère aux origines de la maison. Cet album est d’une actualité et d’une vitalité confondantes. Ni apologie, ni condamnation du phénomène, il aborde de front les réalités auxquelles se trouvent confrontés des préados et des ados aujourd’hui. Entre album et Bd, la typographie et la mise en page de ce roman graphique pour les plus jeunes proposent un visuel très original et facile d’accès. Les illustrations d’Edith Chambon pleines d’humour et de couleurs chaudes dépeignent cette réalité contemporaine. Sur un fond papier kraft se détachent des personnages saisis par quelques traits de stylo noir et de peinture. On bouscule les cadres, on en sort ou on les superpose.

Un pied dans l’enfance, un autre dans l’adolescence, la touchante et turbulente Sonia, « 11 ans et un peu plus », bonnet rouge enfoncé sur sa luxuriante chevelure brune, écouteurs vissés sur les oreilles, vit au rythme du collège, accompagnée de ses copines Chloé et Elo, et de ses soirées devant son ordinateur.

Temps du rêve, Henry Bauchau

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 24 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Actes Sud

Temps du rêve, Actes Sud, Un endroit où aller, 71 p. 13 € . Ecrivain(s): Henry Bauchau Edition: Actes Sud

 

Le passage, du temps de l’enfance à l’adolescence, du temps de l’amour parental et des rêves d’enfant, à ce basculement que représente le premier amour, et les rêves plus flous qui l’accompagnent : « Il me semble que tout ce qui m’amusait jadis ne m’est plus d’aucun prix. Je suis précipité dans le rêve et la solitude, d’un seul coup » (p.44). Rien de plus classique, mais ici l’échange prend place, et c’est aussi ce qu’il a de particulier, en quelques heures, quelques heures qui irradient toute une existence, par ce rapprochement dans le temps, du jeu et de l’amour :« Nous n’avons joué ensemble qu’une seule fois, mais d’une façon qui m’a illuminé et elle aussi » (préface).

Henry Bauchau revit, après la perte d’un grand amour, cet après-midi d’été qui a ouvert sa vie à cet appel d’air : lui a onze ans, elle, huit, cet âge où comme il l’écrit, le « genre » de la petite fille est encore indéterminé : « (…) de suite un peu brutale comme elles le sont souvent à cet âge où elles possèdent, sans pouvoir s’équilibrer, les forces garçonnières » (p. 26). Un « petit diable », un garçon manqué, un lutin, une fée ? En tout cas une initiatrice. En ces quelques heures, une porte s’ouvre, qui ne se refermera plus. Le monde apparaît clivé, dans une sorte de deuxième naissance : le cœur s’éprouve battre :

Dernières nouvelles du sud, Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 24 Mai 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Métailié

Dernières nouvelles du Sud, Avril 2012, 160 pages, 19 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski Edition: Métailié

1996. Le romancier Luis Sepúlveda et son ami photographe, Daniel Mordzinski, partent pour une longue virée sans but précis, ni contrainte de temps, au fin fond du continent américain, au-dessous du 42ème parallèle.

« Nous avancions lentement sur une route de graviers car, selon la devise des Patagons, se hâter est le plus sûr moyen de ne pas arriver et seuls les fuyards sont pressés ».

Ils nous livrent ici le concentré, l’essence même de ce qu’est le voyage : la rencontre avec l’autre. Et puis un constat, terrible, le constat d’une disparition. Patagonie, Terre de Feu, des noms qui pourtant évoquent encore tout un univers de mythes, d’aventures et de rêves, tout ça disparaît, comme ont disparu les tout premiers habitants, « Les autres ethnies ont succombé aux règles d’un progrès dont nul n’est capable de définir les fruits », premières victimes d’un engrenage qui broie toujours plus vite, aussi féroce qu’aveugle, un monde emporté dans la grande gueule d’un capitalisme toujours plus vorace. Ainsi de carnet de voyage, le livre devient une sorte d’« inventaire des pertes », et les superbes photos en noir et blanc de Mordzinski appuient sur cet aspect de monde dont il ne resterait que des ombres, un monde à l’abandon, échoué comme une baleine sur les rives d’une mondialisation dévorante et inhumaine.