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Chroniques de l'occident nomade, Aude Seigne

Ecrit par Lionel Bedin , le Mercredi, 15 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Zoe

Chroniques de l’Occident nomade, octobre 2011, 144 p., 16 € . Ecrivain(s): Aude Seigne Edition: Zoe

Un jour, devant « la mer scintillante comme un désert bleu », c’est la révélation. « Le désert de glace aveugle et défile alors que le ciel est d’un bleu pâle infini. J’ai quinze ans mais je ne me suis jamais réveillée sur un tel panorama et des milliers de générations d’humains ont dû le faire tous les jours avant moi. Quelque chose craque en moi ce jour-là, une paroi se rompt sans crier gare, la possibilité de l’abîme se dévoile en même temps que celle du bonheur absolu ». Reprenant les réflexions de Nicolas Bouvier, Aude Seigne découvre que l’état nomade a quelque chose à lui apprendre. « On ne sait pas très bien pour quoi on s’embarque quand on commence à voyager, mais comme dans un roman, tout est déjà là dès l’incipit ». Alors Aude Seigne est partie. Ce livre est une pause dans l’errance de cette jeune « bourlingueuse du XXIe siècle », un moment d’écriture, un point sur elle-même, avant d’autres probables départs.

Pour la voyageuse, le voyage permet toujours de se découvrir soi-même – même si l’on pense se connaître, « il y a des moments où je ne sais plus très bien d’où viennent certains confins de moi-même » – et permet de vérifier que voyage et amours sont étroitement liés. « Comment aller à la rencontre de l’autre ? C’est la question de l’amour, de l’amitié, c’est aussi la question des voyages ».

Un retraité, Véronique de Bure

, le Mardi, 14 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Stock

Un retraité, mars 2011, 120 p. 12 € . Ecrivain(s): Véronique de Bure Edition: Stock

Un retraité « comme les autres ». Evidemment, il ne l’est pas.

C’est précisément pour cela qu’on a envie d’ouvrir ce petit livre. Par curiosité ou voyeurisme. On cherche la confidence, le détail croustillant, l’indiscrétion. Ce n’est pourtant pas ce qu’on y trouvera.

Indiscrète, Véronique de Bure l’a toutefois été, retranscrivant ici ses rencontres régulières de 2009 à 2010, avec un proche de l’ancien Président de la République pour qui elle a beaucoup d’affection (pour qui, du proche ou de l’ancien Président en a-t-elle le plus ?).

Au fil des pages apparaît le portrait en creux d’un homme usé qui se doit de garder bonne figure. Véronique de Bure le croise, de plus ou moins loin (puisque la rencontre officielle espérée n’aura jamais lieu), mais le proche en question le lui rend familier.

Un portrait qui révèle aussi ce que la politique a d’impitoyable, milieu où l’exposition se paye ad vitam aeternam, où l’on ne pardonne rien, jamais, pas même les effets du temps sur le corps et l’esprit, comme ce qu’elle a de clanique, avec la protection des amis et de la famille, comme celle des dauphins, qui verrouille tout. De la protection à l’omerta, il n’y a qu’un pas…

La symétrie ou les maths au clair de lune, Marcus du Sautoy

Ecrit par Christophe Gueppe , le Lundi, 13 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Héloïse D'Ormesson

Symétrie, ou les maths au clair de lune, Essai traduit de l’anglais par Raymond Clarinard, 528 p. 26 € . Ecrivain(s): Marcus du Sautoy Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Comment devient-on mathématicien ? Et qu’est-ce que c’est que les mathématiques ? S’agit-il d’une succession de nombres sans fin, de calculs fastidieux et de symboles abstraits et incompréhensibles, accessibles aux seuls initiés ? Ce sont à ces questions que répond l’auteur, professeur de mathématiques à Oxford, dans un langage d’une clarté limpide qui est un modèle de pédagogie. Car il ne se contente pas de nous faire comprendre un pan du monde mathématique, mais il nous le fait aussi aimer. Il nous fait rentrer dans la subjectivité du chercheur, qui va à la rencontre des mystères de la nature. Lui qui initialement s’est essayé à l’apprentissage des langues, a été rebuté par leur caractère aléatoire et arbitraire, et il a très vite compris qu’elles ne pourraient satisfaire son désir de logique et de sens. Seule, la rencontre fortuite, mais pour laquelle il a su se rendre disponible, d’un professeur de mathématiques, lui a fait comprendre que celles-ci étaient aussi un langage, porteur de significations.

Les dépossédés, Steve Sem-Sandberg

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 12 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Pays nordiques, Roman, Récits, Robert Laffont

Les dépossédés, traduit du suédois par Johanna Chatellard-Schapira (De Fattiga i Łódź), août 2011, 587 p. 22 € . Ecrivain(s): Steve Sem-Sandberg Edition: Robert Laffont


Les dépossédés relate l’histoire du ghetto de Łódź de 1940 à 1945, reprenant les faits dont témoignent la Chronique et les archives du ghetto et divers documents cachés par les résistants. L’auteur a décidé d’y articuler fiction et faits authentiques pour délivrer un récit insoutenable, prenant et atrocement vraisemblable. S’il transpose et adapte l’Histoire, il ne trahit pas la mémoire. Il œuvre pour transmettre.


« Le mensonge commence toujours dans le déni.

Il est arrivé quelque chose – pour autant, on se refuse à l’admettre.

Ainsi commence le mensonge ».

Un bon musulman, Tahmima Anam

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 11 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Asie, Iles britanniques, Roman, Actes Sud

Un bon musulman, janvier 2012, traduit de l’anglais par Sophie Bastide Foltz, 280 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Tahmima Anam Edition: Actes Sud

 

Dans la cuisine bengalaise, il y a – dit-on – autant de façons d’accommoder le riz qu’il y a de jours dans l’année… C’est tout à fait le cas de ce livre qu’il serait risqué de vouloir ranger dans un registre, tant il est la vie même !

Roman familial aux personnages forts, claquant au fil des pages, comme on aime dans un bon livre : Maya, son frère Sohail, leur infiniment attachante mère, Reha (on la voudrait tous comme anmoo-maman). S’il n’y avait que cela, les suivre dans leur quotidien, de mousson étouffante en clarté de l’hiver parfumé à l’orange, accompagnant chagrins et joies, cela vaudrait le coup de se hisser sur les bancs de bois de ce train suant et cahotant – odeurs et bruits garantis – en Bengale oriental.

Mais, c’est bien autre chose que ce récit là… on entre dans l’Histoire  (celle de ce Bangladesh, chanté en son temps, par le grand George Harrison ; années de son indépendance) par la meilleure des portes, la plus efficace, celle que, seule, la littérature, quand elle atteint ce niveau, porte : les gens.