Identification

La Une Livres

La forteresse des lapins, Linda Zuckerman

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 04 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, USA, Récits, Jeunesse, Seuil Jeunesse

La Forteresse des lapins, traduit de l’anglais (USA) par Daniel Lemoine (A Taste fort Rabbit), octobre 2011, 347 p. 16 € . Ecrivain(s): Linda Zuckerman Edition: Seuil Jeunesse


Si l’on vous parle d’une histoire de renards et de lapins, à quoi penserez-vous ? Non, il ne s’agit pas d’une adaptation de La Fontaine, ni d’un inédit de Béatrix Potter ou de Kenneth Graham… Sous les dehors d’une fable animalière, La Forteresse des lapins recèle un véritable thriller politique et économique où la loi du profit est poussée à son extrême. A travers le commerce illicite de chair comestible, une sorte de cannibalisme différé se dévoile. L’avidité s’exprime avec démesure et la folie gagne le consommateur prêt à tout pour voir ses désirs satisfaits.

La société des renards n’a rien à envier à la nôtre. Elle est particulièrement policée et civilisée. Ses citoyens ne chassent plus et se contentent de se fournir dans des épiceries. Chez le peuple des lapins, des mesures ont été prises pour parer aux nombreuses disparitions. Un couvre-feu et des tours de garde imposent ce qui se dessine comme un régime dictatorial jamais connu jusqu’alors. Les rouages se grippent lorsque certains se mettent à réclamer de la viande vraiment sauvage et que les autres sont prêts à sacrifier leurs congénères pour s’enrichir et prendre le pouvoir. Que se passe-t-il lorsque le lapin devient un loup et le renard un mouton ?

L'Algérie ou la mort des autres, Virginie Buisson

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Vendredi, 03 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Gallimard, Jeunesse

L’Algérie ou la mort des autres, Gallimard, Scripto, 5 janvier 2012, 112 p., 7 € . Ecrivain(s): Virginie Buisson Edition: Gallimard

 

L’Algérie ou la mort des autres est un court roman autobiographique qui narre dans une langue acérée et fulgurante six ans de guerre. Une guerre vécue par une enfant dont le père, gendarme, est muté de la Lorraine à l’Algérie. Une guerre qui de lointaine, vague rumeur noyée dans les amusements de la narratrice petite fille, se rapproche au fur et à mesure pour transformer radicalement sa vie et son regard sur les « autres » qui meurent si facilement autour d’elle. Si ce roman est paru pour la première fois en 1978, on doit à la collection Scripto, de Gallimard, une belle réédition destinée aux jeunes adultes, à l’occasion du cinquantenaire de la fin du conflit franco-algérien.

D’emblée le texte est étonnant, peut-être déroutant, mais en tout cas envoûtant : l’écriture est fragmentée, kaléidoscopique, nous proposant un incessant va et vient entre la France d’avant 1954, l’Algérie et la France d’après 1962. De petits paragraphes se succèdent comme autant de petits cristaux de couleur, composant et décomposant les paysages et les sensations d’une mémoire douloureuse.

L'armoire des robes oubliées, Riikka Pulkkinen

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 03 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Pays nordiques, Roman, Albin Michel

RiikaL’armoire des robes oubliées. 400 p. 20,90 € (2010) Traduit du finnois par Claire Saint-Germain . Ecrivain(s): Riikka Pulkkinen Edition: Albin Michel

« Je suis en train de pourrir. […] Ne me laisse pas putréfier, je veux rentrer à la maison », dit Elsa à son mari, Martti.

Elsa est atteinte d’une tumeur. Ses derniers jours, elle veut les passer auprès de ses proches et pas dans une chambre d’hôpital. C’est difficile pour elle d’adopter le rôle de malade. La psychologue qu’elle est avait en effet plutôt l’habitude de se consacrer à autrui.

Chaque membre de la famille avait un rôle dans les soins prodigués à Elsa.

Mattri, son mari, était peintre. Il a arrêté de peindre depuis des années, mais soudain il veut s’y remettre et réaliser un portrait de sa femme.

Eleanoora, leur fille, maigrit à l’annonce de la maladie de sa mère.

Le deux petites-filles, Anna et Maria, complètent le tableau familial.

L'obscur travaille, Henri Meschonnic

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 02 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Arfuyen

L’obscur travaille, Ed. Arfuyen, Janvier 2012, Paris-Orbey, 98 p., 9 € . Ecrivain(s): Henri Meschonnic Edition: Arfuyen

Comment parler de la poésie sinon en faisant suivre les citations jusqu’à l’instant où il paraît possible que le poème se fasse entendre ? Pour ma part, j’ai toujours trouvé difficile d’écrire sur l’œuvre d’un poète, parce qu’il y a un feuilletage typique à la poésie, une épaisseur que l’on connaît, à la lecture, mais que n’arrive pas à rendre le flot continu de l’escorte du discours critique.

Cependant, rien n’empêche d’essayer. Et pour le cas présent avec le recueil d’Henri Meschonnic, L’Obscur travaille, publié cette année par l’éditeur Arfyuen, l’occasion est bienvenue. Et pour pallier aux questions que je soulevais dans mon introduction, j’ai pensé, un moment, faire une lecture approfondie du Meschonnic critique, qui œuvrait depuis 1970 dans le champ de la réflexion sur la littérature et la philosophie, en allant vers ses livres successifs autour de la poétique. Mais pour finir, et pour affronter seul à seul le silence et la quasi nudité des poèmes de cet ultime recueil, j’ai choisi la voie la plus simple, et j’ai lu, espérant pouvoir m’allier assez à l’auteur pour porter un peu de lumière sur les poèmes, sinon, sur la poésie.

Silence, donc, raréfaction des images, peu ou pas de couleurs ou de métaphores, et pour finir une impression de pas dans la neige – deux pieds de neige sur le plancher écrivait Kerouac –, d’une empreinte, laissée par un absent, de la nudité, du soustraire, la recherche d’une quintessence, d’une voix de dedans presque sourde car ténue, labile.

Je la voulais lointaine, Gaston-Paul Effa

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 31 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Afrique, Roman, Actes Sud

Je la voulais lointaine, 01 février 2012, 134 p. 15,80 € . Ecrivain(s): Gaston-Paul Effa Edition: Actes Sud

L’histoire d’un déraciné. D’une coupure mal soignée, qui s’infecte, quelque chose qui, de bénin devient malin. Une double appartenance et, entre les deux : une faille, un monde gisant dans une réserve d’images et de souvenirs, un magma dans le fond du cœur, de l’âme.

Le jeune Obama - ce qui en langage fang veut dire « aigle » - quitte adolescent sa tribu du fond de l’Afrique pour suivre des études littéraires à Strasbourg. Juste avant son départ préparé, accepté, voulu par les siens, Elé le féticheur qui est aussi son grand-père, lui confie son sac, le désignant ainsi comme son successeur. Le jeune garçon enterre le sac compromettant au pied d’un oranger, et le lendemain Elé (qui veut dire « arbre ») meurt.

Obama vit sa vie en France, à Strasbourg où ses brillantes études le conduisent à enseigner la philo. Il rencontre Julia « (…) une Blanche, une blonde aux yeux bleus » (p. 45) dont il partage un temps la vie. L’Afrique, il la tient à distance, repousse cette ébullition qu’il sent pourtant monter en lui « L’Afrique était derrière moi, je la voulais lointaine » (p.42). Il vit par les mots, parlant comme bien souvent les étrangers francophones, un français qu’il défend contre les intrusions incongrues