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Les dépossédés, Steve Sem-Sandberg

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 12 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Pays nordiques, Roman, Récits, Robert Laffont

Les dépossédés, traduit du suédois par Johanna Chatellard-Schapira (De Fattiga i Łódź), août 2011, 587 p. 22 € . Ecrivain(s): Steve Sem-Sandberg Edition: Robert Laffont


Les dépossédés relate l’histoire du ghetto de Łódź de 1940 à 1945, reprenant les faits dont témoignent la Chronique et les archives du ghetto et divers documents cachés par les résistants. L’auteur a décidé d’y articuler fiction et faits authentiques pour délivrer un récit insoutenable, prenant et atrocement vraisemblable. S’il transpose et adapte l’Histoire, il ne trahit pas la mémoire. Il œuvre pour transmettre.


« Le mensonge commence toujours dans le déni.

Il est arrivé quelque chose – pour autant, on se refuse à l’admettre.

Ainsi commence le mensonge ».

Un bon musulman, Tahmima Anam

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 11 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Asie, Iles britanniques, Roman, Actes Sud

Un bon musulman, janvier 2012, traduit de l’anglais par Sophie Bastide Foltz, 280 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Tahmima Anam Edition: Actes Sud

 

Dans la cuisine bengalaise, il y a – dit-on – autant de façons d’accommoder le riz qu’il y a de jours dans l’année… C’est tout à fait le cas de ce livre qu’il serait risqué de vouloir ranger dans un registre, tant il est la vie même !

Roman familial aux personnages forts, claquant au fil des pages, comme on aime dans un bon livre : Maya, son frère Sohail, leur infiniment attachante mère, Reha (on la voudrait tous comme anmoo-maman). S’il n’y avait que cela, les suivre dans leur quotidien, de mousson étouffante en clarté de l’hiver parfumé à l’orange, accompagnant chagrins et joies, cela vaudrait le coup de se hisser sur les bancs de bois de ce train suant et cahotant – odeurs et bruits garantis – en Bengale oriental.

Mais, c’est bien autre chose que ce récit là… on entre dans l’Histoire  (celle de ce Bangladesh, chanté en son temps, par le grand George Harrison ; années de son indépendance) par la meilleure des portes, la plus efficace, celle que, seule, la littérature, quand elle atteint ce niveau, porte : les gens.

Le passant de Vaulx-en-Velin, Roland Tixier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 10 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Le pont du change

Le passant de Vaulx-en-Velin, Editions Le Pont du Change, décembre 2011, 12 € . Ecrivain(s): Roland Tixier Edition: Le pont du change

C’est pourtant pas Venise, ni – tiens – Montpellier, ce Vaulx-en-Velin, même pas Dunkerque en hiver ! C’est – images qui nous viennent – barres grises de HLM, quartiers « sensibles », émeutes… climat d’entre Rhône et Saône, mélangé, un peu rude, sans les saveurs du midi ; l’ordinaire du continental frisquet ; autoroutes qui filent ou, vers la neige, ou, vers le sud :

« et puis au lointain

de multiples voies

carrefour du sud »

Alors, si, en plus, on en fait des poèmes ! Déjà que depuis Le sous préfet aux champs, pour beaucoup d’entre nous, poésie rime plutôt avec campagne…

Et bien, c’est réussi ! Avant d’avoir ouvert la première page du petit livre sobre de chez Le Pont du Change, on est intrigué, on y passe l’œil, et, laissant l’ordi, la lecture du Monde du jour, le ménage, ou que sais-je encore, on s’arrête (le beau mot pour dire : lire), on traverse, on marche, on accompagne ce « passant de Vaulx-en-Velin », et c’est un vrai bonheur.

De bons voisins, Ryan David Jahn

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 09 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, USA, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

De bons voisins (acts of violence), Actes Sud Actes noirs. Décembre 2011. Trad. de l’anglais (USA) par Simon Baril. 270 p. 21 € . Ecrivain(s): Ryan David Jahn Edition: Actes Noirs (Actes Sud)


Tiré d’un fait divers réel, ce roman est conçu comme une pièce de théâtre noire. « De bons voisins » se déroule autour d’une scène centrale : le meurtre, effroyablement violent, de Kat dans la cour de son immeuble. Autour, comme le choeur des tragédies antiques, les « voisins » qui regardent depuis les appartements, immobiles dans leur propre misère, leur peur, leur lâcheté, la perte de toute humanité. Aucun ne bouge.

La plume de Ryan David Jahn, dépouillée, sans effets de style ce qui rend encore plus insoutenable la réalité rapportée, se déplace alors comme une caméra dans un long travelling tournant autour de la cour centrale. Le décor fait irrésistiblement penser au célébrissime « Fenêtre sur cour » d’Alfred Hitchcock. De chapitre en chapitre, le lecteur se déplace d’appartement en appartement, découvrant peu à peu les abîmes existentiels des habitants, torturés par la pauvreté, la dépression, la solitude, la vieillesse.

Revue Le Grognard N°19 : autour du sentiment océanique

Ecrit par Olivier Verdun , le Mercredi, 08 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Revues

N° 19 (septembre 2011) de la Revue Le Grognard, 86 p.

Numéro 19 (septembre 2011) de la Revue trimestrielle Le Grognard, Littérature, Idées, Philosophie, Critique et Débats, coordonné par C. Arnoult et Goulven Le Brech, 86 pages, ISBN 978-2-84712-307-4


La dernière livraison du Grognard, dont la facture n’est pas sans rappeler les revues mythiques et anarchistes du 19ème siècle (La PlumeLa Revue Blanche, Le Mercure de France, L’En dehors, L’Unique, L’Ordre Naturel, La Mêlée), nous propose une plongée dans le sentiment océanique que Romain Rolland définit comme « le fait simple et direct de la sensation de l’éternel ». Intuition plutôt que sentiment, en ce que l’expérience océanique présente la double caractéristique d’être à la fois subjective et objective : vécue de l’intérieur par l’individu, elle s’impose à sa conscience comme un événement objectif, pour ne pas dire transcendant.

De Tchounang-tseu à John Cowper Powys, en passant par Jean Grenier, Henri Michaux, Jean Levi (spécialiste de la pensée chinoise), Geneviève Bianquis (co-fondatrice de la revue Études germaniques), l’approche du sentiment océanique, qui ne prétend nullement à l’exhaustivité, se veut à la fois poétique, littéraire et philosophique.