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Iles britanniques

Transatlantic, Colum McCann

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 26 Septembre 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond, La rentrée littéraire

Transatlantic trad. (Irlande) Jean-Luc Piningre août 2013. 550 p. 22€ . Ecrivain(s): Colum McCann Edition: Belfond

 

On sait depuis sa première œuvre, le somptueux « chant du Coyote » (10/18) que Colum McCann est un virtuose de la composition romanesque. Ce « Transatlantic » est une sorte d’aboutissement de son art de la narration, quand les ruisseaux se font rivière, les rivières des fleuves et les fleuves enfin la mer.

La mer justement. C’est bien sûr l’Océan Atlantique qui sépare l’Amérique de l’Irlande. Qui sépare vraiment ou qui lie ? Nous sommes, déjà, au cœur du propos du roman : l’Irlande et les USA sont tricotés (comme les chapitres de ce livre) ensemble jusqu’à l’identité, la confusion, la fusion. L’Atlantique n’est pas ! Les Irlandais ne connaissent que le « Transatlantique » tant leur histoire, depuis le XVIIIème siècle, est liée au Nouveau Monde. Comme si un pont aérien permanent était suspendu entre les deux pays, comme si les « oies sauvages* » avaient tiré les câbles de ce pont, invisibles mais indéfectibles.

C’est d’ailleurs ainsi que commence cet opus : au-dessus de l’Atlantique. 1919, Alcock et Brown, aux commandes d’un bombardier « désaffecté » de ses missions guerrières, réalisent le premier courrier postal USA/Irlande. Donner corps au rêve du lien anime leur folle entreprise, réduire la distance encore entre les deux terres.

61 heures, Lee Child

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 31 Août 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Calmann-Lévy

61 heures (61 hours, 2010), traduit de l’anglais (GB) par William Olivier Desmond, janvier 2013, 457 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Lee Child Edition: Calmann-Lévy

Dernier volume en date traduit en français mettant en scène l’indestructible Jack Reacher, 61 heures voit son héros échouer par hasard en pleine tempête de neige dans une bourgade perdue du Dakota du Sud. Bolton, ville qui s’est considérablement développée grâce à l’installation d’un complexe pénitentiaire, vit des moments difficiles. En effet, alors que la tempête fait rage, les services de police ont bien du mal à assurer la sécurité d’un témoin qui doit prochainement déposer devant un tribunal pour expédier en prison les dirigeants d’une bande de bikers spécialisée dans la fabrication de drogue de synthèse. Or, il semblerait qu’un narcotrafiquant mexicain ayant des intérêts dans l’affaire veuille se débarrasser de ce frein à son expansion.

Il y avait longtemps que le hasard, qui fait bien les choses, n’avait pas comploté pour coller Jack Reacher dans le pétrin. Ou plutôt pour coller ceux que croise Jack Reacher dans le pétrin… parce que bon, rappelons ici à ceux qui ne le connaîtraient pas encore, que Jack Reacher est un peu la version intelligente de Chuck Norris et qu’on ne la lui fait pas. On le verra donc ici porter secours à un groupe de retraités coincés dans un bus, envoyer en quelques secondes deux bikers à l’hôpital, faire baisser les yeux à cinquante autres, retrouver un fugitif par téléphone grâce à ses exceptionnelles capacités de déduction et, à l’occasion, expédier quelques méchant ad patres.

Né sous les coups, Martyn Waites

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 21 Août 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Rivages/Thriller

Né sous les coups (born under punches) 21 août 2013. trad de l’anglais Alexis Nolent. 459 p 22€ . Ecrivain(s): Martyn Waites Edition: Rivages/Thriller

 

Si vous n’avez pas une grande sympathie pour « la dame de fer », Margaret Thatcher, la lecture de ce livre vous la fera détester à jamais. L’action de ce roman se situe alternativement dans deux époques : « maintenant » et « avant ». « Avant » c’est 1984 avec en fond d’écran permanent et souvent même au cœur de l’action, la dernière grande grève ouvrière en Angleterre, la grève des mineurs du printemps 84, écrasée par la répression du gouvernement Thatcher. 1984, l’Angleterre bascule dans une nouvelle ère, sinistre. Comment ne pas évoquer, au passage, le 1984 de George Orwell ?

« Les temps modernes, tels que nous les connaissons, ont débuté le lundi 28 mai 1984. (…) C’est ce jour-là que notre pays a changé pour toujours, que la bombe à retardement a été enclenchée et le compte à rebours lancé. Et où ce singulier événement a-t-il eu lieu ? A Orgreave, près de Rotherham, dans le South Yorkshire. »

Ce jour-là, et Martyn Waites nous le fera vivre au plus près, la police aux ordres du gouvernement Thatcher écrase la dernière manifestation des mineurs dans le sang. C’est une certaine idée de l’Angleterre qui meurt, celle des trade unions, des confréries, des camarades, des solidarités dans les quartiers. « Maintenant », c’est autre chose :

Les cygnes sauvages, Kenneth White

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 19 Août 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Le Mot et le Reste

Les cygnes sauvages, traduit par Marie-Claude White, juin 2013, 120 pages, 16 € . Ecrivain(s): Kenneth White Edition: Le Mot et le Reste

 

« Je suis parti dans le vent »


Un beau jour, à la fin des années 80, Kenneth White décide de faire « une virée » au Japon, en forme de « pèlerinage géopoétique », pour « rendre hommage aux choses précieuses et précaires » et pour faire un « voyage-haïku » dans le sillage de Bashô. Il espère bien en tirer un livre, qu’il voudrait « petit livre nippon extravagant, plein d’images et de pensées zigzagantes ». S’immerger dans un pays, dans une culture, dans des souvenirs littéraires, et « si possible, voir les cygnes sauvages venus de Sibérie s’abattre avec leurs cris d’outre-terre sur les lacs du Nord où ils viennent hiverner ». On ne peut pas avoir de buts plus clairs pour un voyage. Le résultat est ce récit, Les Cygnes sauvages, un livre à l’air inoffensif, pas très épais, et pourtant rempli à craquer d’histoires, de descriptions, de sons, de poésie, de philosophie, d’histoire littéraire, d’érudition – mais une érudition douce, qui ne fait pas mal à la tête, et même une érudition qui rend intelligent. Ou zen.

Même les chiens, Jon McGregor

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Lundi, 22 Juillet 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois

Même les chiens (Even the dogs). Trad. de l'anglais par Christine laferrière. 276p. 18€ . Ecrivain(s): Jon McGregor Edition: Christian Bourgois

 

Même les chiens est un grand livre, de ceux que l’on n’oublie pas. Il vient d’emblée se ranger dans ces moments de lecture qui nous changent pour un moment, pour longtemps, pour toujours sûrement. Il est aussi un de ces moments de découverte d’une écriture authentique, d’un rapport intense et minutieux à la langue. Il établit encore, s’il le faut, que l’écriture est toujours une toile qui se tisse serrée, complexe, entre un récit, des êtres et un rythme. Avec Jon Mc Gregor, il faut écrire rythmes, bien pluriel, tant son halètement narratif nous prend sans cesse à contrepied, de la langueur douloureuse des fantômes errants à la trépidation effrénée des récits de guerre ou aux trous de langage de l’addiction quand elle se brise sur le manque. Jon McGregor enferme chaque repli du désêtre de ses personnages dans une poétique de l’errance.


« Mike ne l’avait jamais arnaqué sur un coup sauf une fois, ou bien deux fois, et ça c’était différent ça ne

Des gosses montaient la cage d’escalier en criant et en cassant des bouteilles alors il est retourné de l’autre »