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Iles britanniques

Les cygnes sauvages, Kenneth White

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 19 Août 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Le Mot et le Reste

Les cygnes sauvages, traduit par Marie-Claude White, juin 2013, 120 pages, 16 € . Ecrivain(s): Kenneth White Edition: Le Mot et le Reste

 

« Je suis parti dans le vent »


Un beau jour, à la fin des années 80, Kenneth White décide de faire « une virée » au Japon, en forme de « pèlerinage géopoétique », pour « rendre hommage aux choses précieuses et précaires » et pour faire un « voyage-haïku » dans le sillage de Bashô. Il espère bien en tirer un livre, qu’il voudrait « petit livre nippon extravagant, plein d’images et de pensées zigzagantes ». S’immerger dans un pays, dans une culture, dans des souvenirs littéraires, et « si possible, voir les cygnes sauvages venus de Sibérie s’abattre avec leurs cris d’outre-terre sur les lacs du Nord où ils viennent hiverner ». On ne peut pas avoir de buts plus clairs pour un voyage. Le résultat est ce récit, Les Cygnes sauvages, un livre à l’air inoffensif, pas très épais, et pourtant rempli à craquer d’histoires, de descriptions, de sons, de poésie, de philosophie, d’histoire littéraire, d’érudition – mais une érudition douce, qui ne fait pas mal à la tête, et même une érudition qui rend intelligent. Ou zen.

Même les chiens, Jon McGregor

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Lundi, 22 Juillet 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois

Même les chiens (Even the dogs). Trad. de l'anglais par Christine laferrière. 276p. 18€ . Ecrivain(s): Jon McGregor Edition: Christian Bourgois

 

Même les chiens est un grand livre, de ceux que l’on n’oublie pas. Il vient d’emblée se ranger dans ces moments de lecture qui nous changent pour un moment, pour longtemps, pour toujours sûrement. Il est aussi un de ces moments de découverte d’une écriture authentique, d’un rapport intense et minutieux à la langue. Il établit encore, s’il le faut, que l’écriture est toujours une toile qui se tisse serrée, complexe, entre un récit, des êtres et un rythme. Avec Jon Mc Gregor, il faut écrire rythmes, bien pluriel, tant son halètement narratif nous prend sans cesse à contrepied, de la langueur douloureuse des fantômes errants à la trépidation effrénée des récits de guerre ou aux trous de langage de l’addiction quand elle se brise sur le manque. Jon McGregor enferme chaque repli du désêtre de ses personnages dans une poétique de l’errance.


« Mike ne l’avait jamais arnaqué sur un coup sauf une fois, ou bien deux fois, et ça c’était différent ça ne

Des gosses montaient la cage d’escalier en criant et en cassant des bouteilles alors il est retourné de l’autre »

Fille de la campagne, Edna O'Brien

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Récits, Sabine Wespieser

Fille de la campagne - mémoires (Country Girl) Trad. Anglais (Irlande) Pierre-Emmanuel Dauzat mars 2013. 474 p. 25 € . Ecrivain(s): Edna O'Brien Edition: Sabine Wespieser

 

Le titre de ce livre révèle déjà l’une de ses dimensions fondatrices : l’ironie. C’est le sceau de ce merveilleux livre de mémoires. De fait le titre du livre (Fille de la campagne/Country Girl) est en lui-même doublement ironique : - d’une part parce qu’il reprend presque à la lettre le titre de la grande œuvre initiale d’Edna O’Brien (Les Filles de la Campagne/ Country Girls) alors que les deux livres sont aussi éloignés que possible et par leur forme et par leur style. - D’autre part parce que dans ce titre (déjà) Edna O’Brien s’amuse de nous ! Si on attend l’histoire d’une pastorale irlandaise, d’une femme un peu bouseuse, provinciale, rustique, pataude eh bien sachez que ce livre est en fait une véritable biographie d’une mondaine des lettres, avec une dimension « literary people » éberluante.

Rendez-vous compte : on va croiser, sur les pas de cette « Wild Goose »* qu’est Mrs O’Brien, rien moins que le gratin de la littérature et du cinéma du milieu du XXème siècle. Il serait très difficile de faire ici la liste des invités (invités dans tous les sens du terme, aussi bien de ce livre que dans la vie car tous dînaient chez Edna O’Brien dans son séjour de Putney ou l’invitaient à dîner avec eux).

Maître des brumes, Tomi Ungerer

Ecrit par Olivier Verdun , le Mercredi, 12 Juin 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, L'école des loisirs

Maître des Brumes, traduit de l’anglais par Florence Seyvos, mars 2013, 48 pages, 13,70 € . Ecrivain(s): Tomi Ungerer Edition: L'école des loisirs

 

À plus de quatre-vingt-un ans, Tomi Ungerer, dont le talent protéiforme n’a pas pris une ride, signe, avec Maître des brumes, son dernier album, traduit de l’anglais par Florence Seyvos et publié par L’Ecole des loisirs.

La dédicace nous indique que ce conte est d’abord un hommage à l’Irlande, le pays de sa femme, où l’auteur vit depuis quelques années et dont l’âpre beauté, faite de grisaille, de confins écorchés, est parfaitement rendue par son inimitable coup de crayon : « Ce livre est dédié à l’Irlande et à tous les gens qui nous ont accueillis à cœur ouvert ». Un pays où la tourbe fait les meilleurs whiskeys, où la Guinness coule à flot, où la musique et la bonne humeur vont bon train, si l’on en juge à l’avant-dernière page qui croque sur le vif une scène habituelle de pub de village. Le dessinateur s’est plu, en effet, à multiplier les scènes de genre en restant au plus près de ce qui constitue les travaux et les jours des gens de peu : récolte de la tourbe que l’on débite en briquettes pour le feu, gardiennage des moutons sous l’œil bienveillant d’un dolmen, filage et ravaudage des filets dans l’humble chaumière familiale…

Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre, Martin Amis

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 11 Juin 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Lionel Asbo, l’état de l’Angleterre (Lionel Asbo, State of England), traduit de l’anglais par Bernard Turle, mai 2013, 380 p. 21 € . Ecrivain(s): Martin Amis Edition: Gallimard

 

Lionel Asbo est un idiot et se fait un point d’honneur à se comporter comme tel. Lionel Asbo ressemble à Wayne Rooney, le footballeur de Manchester United. Lionel Asbo est un délinquant de carrière, « un criminel à la petite semaine qui passait la moitié de son temps à l’ombre » (et qui a « quasiment le niveau thèse de doctorat en droit criminel »). Il est méchant, il est radin. C’est une brute. Lionel Asbo a deux pitbulls qu’il gave de Tabasco pour les rendre plus agressifs. Lionel Asbo aime la pornographie. C’est beaucoup plus simple que les filles. Comme si on pouvait compter sur elles. Lionel Asbo est capable d’imbiber des quantités surabondantes d’alcool sans jamais être saoul et les substances illicites ne semblent pas non plus avoir d’effet sur lui. Ce qui peut être un avantage certain.

Lionel Asbo s’appelle en fait « Pepperdine », mais l’a changé parce que « Pepperdine, c’est con comme nom… ». Asbo lui convient d’autant mieux que cela veut dire : Anti-Social Behaviour orders, qui désigne des ordonnances censées combattre les comportements anti-sociaux. Lutte contre la délinquance des mineurs du gouvernement Tony Blair…