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Iles britanniques

Fille de la campagne, Edna O'Brien

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Récits, Sabine Wespieser

Fille de la campagne - mémoires (Country Girl) Trad. Anglais (Irlande) Pierre-Emmanuel Dauzat mars 2013. 474 p. 25 € . Ecrivain(s): Edna O'Brien Edition: Sabine Wespieser

 

Le titre de ce livre révèle déjà l’une de ses dimensions fondatrices : l’ironie. C’est le sceau de ce merveilleux livre de mémoires. De fait le titre du livre (Fille de la campagne/Country Girl) est en lui-même doublement ironique : - d’une part parce qu’il reprend presque à la lettre le titre de la grande œuvre initiale d’Edna O’Brien (Les Filles de la Campagne/ Country Girls) alors que les deux livres sont aussi éloignés que possible et par leur forme et par leur style. - D’autre part parce que dans ce titre (déjà) Edna O’Brien s’amuse de nous ! Si on attend l’histoire d’une pastorale irlandaise, d’une femme un peu bouseuse, provinciale, rustique, pataude eh bien sachez que ce livre est en fait une véritable biographie d’une mondaine des lettres, avec une dimension « literary people » éberluante.

Rendez-vous compte : on va croiser, sur les pas de cette « Wild Goose »* qu’est Mrs O’Brien, rien moins que le gratin de la littérature et du cinéma du milieu du XXème siècle. Il serait très difficile de faire ici la liste des invités (invités dans tous les sens du terme, aussi bien de ce livre que dans la vie car tous dînaient chez Edna O’Brien dans son séjour de Putney ou l’invitaient à dîner avec eux).

Maître des brumes, Tomi Ungerer

Ecrit par Olivier Verdun , le Mercredi, 12 Juin 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, L'école des loisirs

Maître des Brumes, traduit de l’anglais par Florence Seyvos, mars 2013, 48 pages, 13,70 € . Ecrivain(s): Tomi Ungerer Edition: L'école des loisirs

 

À plus de quatre-vingt-un ans, Tomi Ungerer, dont le talent protéiforme n’a pas pris une ride, signe, avec Maître des brumes, son dernier album, traduit de l’anglais par Florence Seyvos et publié par L’Ecole des loisirs.

La dédicace nous indique que ce conte est d’abord un hommage à l’Irlande, le pays de sa femme, où l’auteur vit depuis quelques années et dont l’âpre beauté, faite de grisaille, de confins écorchés, est parfaitement rendue par son inimitable coup de crayon : « Ce livre est dédié à l’Irlande et à tous les gens qui nous ont accueillis à cœur ouvert ». Un pays où la tourbe fait les meilleurs whiskeys, où la Guinness coule à flot, où la musique et la bonne humeur vont bon train, si l’on en juge à l’avant-dernière page qui croque sur le vif une scène habituelle de pub de village. Le dessinateur s’est plu, en effet, à multiplier les scènes de genre en restant au plus près de ce qui constitue les travaux et les jours des gens de peu : récolte de la tourbe que l’on débite en briquettes pour le feu, gardiennage des moutons sous l’œil bienveillant d’un dolmen, filage et ravaudage des filets dans l’humble chaumière familiale…

Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre, Martin Amis

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 11 Juin 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Lionel Asbo, l’état de l’Angleterre (Lionel Asbo, State of England), traduit de l’anglais par Bernard Turle, mai 2013, 380 p. 21 € . Ecrivain(s): Martin Amis Edition: Gallimard

 

Lionel Asbo est un idiot et se fait un point d’honneur à se comporter comme tel. Lionel Asbo ressemble à Wayne Rooney, le footballeur de Manchester United. Lionel Asbo est un délinquant de carrière, « un criminel à la petite semaine qui passait la moitié de son temps à l’ombre » (et qui a « quasiment le niveau thèse de doctorat en droit criminel »). Il est méchant, il est radin. C’est une brute. Lionel Asbo a deux pitbulls qu’il gave de Tabasco pour les rendre plus agressifs. Lionel Asbo aime la pornographie. C’est beaucoup plus simple que les filles. Comme si on pouvait compter sur elles. Lionel Asbo est capable d’imbiber des quantités surabondantes d’alcool sans jamais être saoul et les substances illicites ne semblent pas non plus avoir d’effet sur lui. Ce qui peut être un avantage certain.

Lionel Asbo s’appelle en fait « Pepperdine », mais l’a changé parce que « Pepperdine, c’est con comme nom… ». Asbo lui convient d’autant mieux que cela veut dire : Anti-Social Behaviour orders, qui désigne des ordonnances censées combattre les comportements anti-sociaux. Lutte contre la délinquance des mineurs du gouvernement Tony Blair…

La dernière conquête du Major Pettigrew, Helen Simonson

Ecrit par Alhama Garcia , le Mardi, 11 Juin 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, 10/18

La dernière conquête du major Pettigrew, trad. de l’anglais Johan-Frédérik Hel-Guedj, mai 2013, 539 p. . Ecrivain(s): Helen Simonson Edition: 10/18

Pour son premier roman, La dernière conquête du major Pettigrew, Helen Simonson, femme d’esprit et de bon goût, armée d’une bonne dose d’humour british, a pris son temps ; certes, les bons conseils et les ficelles d’éditeur, dans le bon sens du terme, ne lui ont pas été mesurés. Ce dont elle n’aurait rien fait sans talent, si elle n’avait su mener sa barque avec autant de finesse et de maîtrise à travers les écueils du premier livre. Je précise que, si le décor et les personnages rappellent de loin la série Midsomer ou Le crime sur la falaise d’Elizabeth George, on échappe par bonheur à toute ambiance policière au profit d’une comédie réaliste contemporaine – où la partie comédie domine.

Nous voici dans un petit village du Sussex, Edgecombe St Mary, une synthèse de plusieurs sites, avec son côté campagne-avec-cottages-et-manoir, son club de golf, un centre-ville peu remarquable et son bord de mer avec promenade, jetée, jardin public et falaises. L’intrigue se devine dans les premières pages : le major retraité Pettigrew et la délicieuse Mrs Ali réussiront-ils à se trouver, au bout d’une suite de péripéties parfois graves, souvent drôles. Les personnages correspondent avec une grande justesse à l’idée plus ou moins stéréotypée que nous, continentaux, nous faisons de nos voisins d’outre-Manche, à ceci près que Helen Simonson a réussi, précisément, à transformer les stéréotypes en personnages vrais.

La meilleure des vies, Adam Phillips

, le Mardi, 28 Mai 2013. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, L'Olivier (Seuil)

La meilleure des vies, traduction (GB) Michel Gribinski, 2012, 224 pages, 21 € . Ecrivain(s): Adam Phillips Edition: L'Olivier (Seuil)

 

 

Dans un précédent article consacré au Laboratoire central de Jean-Bertrand Pontalis, l’on s’interrogeait afin de savoir si « la pratique psychanalytique et l’écriture littéraire s’érodent mutuellement au point d’être incompatibles ? » La meilleure des vies : Eloge de la vie non vécue (2012) d’Adam Phillips nous inviterait à répondre par la négative tant il y a un mélange harmonieux de culture psychanalytique et de littérature (1) chez ce psychothérapeute britannique pour qui ces deux champs se recoupent dans une forme de langage poétique. De l’exploration du désir sous ses multiples facettes, il en était déjà question au cœur de ses précédentes réflexions, notamment dans Baisers, chatouilles et autres petits riens : psychologie de la vie ordinaire (1998) ainsi que dans Du flirt (1999) (2).

Le voilà qui récidive avec La meilleure des vies dont le sous-titre me fait penser au poème métaphysique de l’écrivain américain Robert Frost (1874-1973), La route que je n’ai pas prise.