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Iles britanniques

Les Centuries, Thomas Traherne

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 21 Novembre 2011. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Arfuyen

Les Centuries, Editions Arfuyen, septembre 2011, trad. de l'anglais par Magali Julien. 17€ . Ecrivain(s): Thomas Traherne Edition: Arfuyen

Peut-on attirer l'attention des lecteurs sur une oeuvre remarquable du répertoire anglo-saxon, et qui ne concerne pas, à notre sens, que les lecteurs de littérature mystique. Regardons si vous le voulez le livre que publie Arfuyen dans sa très belle collection Ombre. Il s'agit, en vérité, d'une prose rare et qui fut d'accès difficile longtemps, y compris dans sa langue maternelle (on reconnaît là le talent de Gérard Pfister, le fondateur des cahiers d'Arfuyen, qui scrute avec une lucidité sans pareille les textes de cette espèce). Ainsi le public francophone peut goûter à un texte très original de Thomas Traherne, mystique gallois du XVIIème siècle traduit ici par Magali Jullien et présenté par Jean Mambrino.

Les Centuries, livre extraordinaire des années seize cents au pays de Galles, passent notre nouveau siècle avec une vigueur incomparable, comme celle que provoquent parfois l'altitude, ou les grandes joies imaginées des jardins suspendus, des sommets. C'est donc avec ce programme que nous appellerons "holderlinien", que ce poème touche à l'excellence et au vital. On pourrait même aventurer l'idée hardie que ces strophes préfigurent, dans sa conception de la déité, le Grand Horloger des Lumières, tant tout y paraît brillant, organisé, presque rationnel.

Mort de Bunny Monro, Nick Cave

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 01 Novembre 2011. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Points

La mort de Bunny Munro, Flammarion 2010 (Points Seuil 2011). 336 p. 20 € . Ecrivain(s): Nick Cave Edition: Points

Nom Munro, Bunny Munro. Sa marque de fabrique : une valise remplie d'échantillons, une cravate parsemée de lapins, un sourire enjôleur, une mèche folle qui accroche les cœurs, un charisme certain, un humour estampillé macho plein de préjugés mais si sympathique, une énergie sexuelle frôlant le priapisme. Bunny Munro est le seigneur de la côte méridionale qu'il parcourt, avec fierté, au volant de sa Punto, vibrant sur Spinning Around de Kylie Minogue. Il règne sans concurrence sur une clientèle féminine avide de rêves en tubes, de lendemains qui chantent en onction huileuse, d'un peu de tendresse et de sexe rapide. Bunny Munro, ivre de jour comme de nuit, vend de la jeunesse virtuelle et de l'orgasme au kilo. Il est le héros d'un Californication où le représentant a remplacé l'écrivain, où les beautés bronzées sont doublées par des ménagères en survêtement ou des adolescentes au sourire grillagé. De temps en temps, il vient se ressourcer auprès de son épouse Libby et de son fils de 9 ans Bunny Junior. Ce Don Juan des banlieues britanniques voit son univers s'écrouler lorsque sa femme a la bonne idée de se suicider. Embarquant son fils dans sa Bunny mobile, il entreprend d'apprendre le métier à sa descendance et de profiter au passage de toutes les femmes disponibles.

Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 02 Octobre 2011. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, La rentrée littéraire, Rivages/Thriller

Les fantômes de Belfast, (The ghosts of Belfast). Trad. De l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau. 410 p. 22€. Août 2011 . Ecrivain(s): Stuart Neville Edition: Rivages/Thriller

 

Il est difficile de composer univers et roman plus noirs que ce livre. La mort, les morts en sont les figures dominantes et ordonnent (au sens littéral du terme, donnent ordre) l’existence et l’action du héros, dans un Belfast « en paix », sauf dans la tête dévastée de l’un de ses tristes anciens héros.

Gerry Fegan fut un tueur de l’IRA dans les années terribles qui ensanglantèrent l’Irlande du Nord et y installèrent une terreur meurtrière pendant des décennies. Pas n’importe quel tueur : une des plus efficaces machines à exécuter les « contrats » de l’organisation. Sang-froid, précision, absence absolue d’états d’âme, une pépite létale pour les chefs de l’IRA.

Aujourd’hui, après les années de prison qui ont suivi la paix de 1998, Gerry est dépressif, ivrogne et surtout hanté par le passé. Ici encore hanté doit être pris au sens le plus fort : il vit entouré, suivi, en permanence par les fantômes de ses victimes de naguère. Policiers, membres de l’UFF (unionistes anti-catholiques), mais aussi victimes par hasard, fauchées par des bombes aveugles ou des contrats bidons. Hanté par cette mère et son bébé déchiquetés par la bombe posée dans une boucherie (effroyable ironie).

Histoire naturelle de Selborne, Gilbert White

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 08 Septembre 2011. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Le Mot et le Reste

Histoire naturelle de Selborne. Traduit de l'anglais (18°) par Nicole Mallet. 2011, 23€. . Ecrivain(s): Gilbert White Edition: Le Mot et le Reste


Traduite pour la première fois en français, l'histoire naturelle de Selborne est un monument. Il était grand temps de découvrir Gilbert White (1720-1789) en France. Car en Grande Bretagne c'est non seulement un classique mais Un des trois livres les plus publiés et réédités. L'hexagone est fermé, il faut le percer du dehors. Les Editions Le mot et le reste s'en occupe.

A première vue, deux séries de lettres destinées à deux savants britanniques. En fait, il s'agit bel et bien d'une grande et belle composition. Et le régime épistolaire nous implique et nous interpelle toujours.

Gilbert White est un pasteur érudit et curieux des choses naturelles. Selborne est un petit village isolé non loin de Londres. White observe, note, vérifie, expérimente. Sa méthode, originale pour l'époque, consiste à analyser les milieux naturels tels qu'ils se donnent et tels qu'ils changent dans le temps. Les plantes, les insectes, les asticots, les oiseaux, la terre, le tout dans cet espace de Selborne et au gré des saisons, voire du climat. Voici le pionnier de l'éthologie, un des premiers écologues modernes.

Souviens-toi de Hallows Farm, Angela Huth

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Quai Voltaire (La Table Ronde)

Souviens-toi de Hallows Farm, traduit de l’anglais par Lisa Rosenbaum, Quai Voltaire, 2011, 21 €. . Ecrivain(s): Angela Huth Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

Souviens-toi de Hallows Farm est un livre sans prétention qui trouvera sa place parmi les lectures légères de vacances. Mais il pose un paradoxe : c’est un beau roman où il ne se passe rien, où les personnages rivalisent de vacuité. L’effet obtenu est curieux, on passe du plaisir à l’agacement d’une page à l’autre. Durant la première partie du livre, on suit ce que nous propose Angela Huth avec le sentiment qu’une tragédie va se nouer. On sait d’emblée que Prue n’est pas faite pour ce lourdaud de Barry, qu’elle a d’autres aspirations, après tout ce qu’elle a vécu dans un volume précédent, Les Filles de Hallows Farm – qu’il est complètement inutile de lire au vu des nombreuses références qui y sont faites ou qu’il faudrait lire avant pour espérer un peu plus de suspens.

Or, en réalité, non, Prue n’aspire qu’à redevenir une volontaire agricole et à s’ébattre dans la campagne. Cette femme est vaine, superficielle. Même la mort de son bébé – spectaculaire scène des prémices d’un l’accouchement parmi une horde de cochons grognant et agressifs – ne l’affecte pas. A l’approche d’un homme, elle entre en mode séduction et croit aimer parce qu’elle le veut. D’échec en échec, cette nouvelle Emma Bovary finit par réaliser qu’elle devrait mener sa vie, seule, comme elle l’entend, c’est-à-dire, dans un jardin.