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Iles britanniques

Souviens-toi de Hallows Farm, Angela Huth

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Quai Voltaire (La Table Ronde)

Souviens-toi de Hallows Farm, traduit de l’anglais par Lisa Rosenbaum, Quai Voltaire, 2011, 21 €. . Ecrivain(s): Angela Huth Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

Souviens-toi de Hallows Farm est un livre sans prétention qui trouvera sa place parmi les lectures légères de vacances. Mais il pose un paradoxe : c’est un beau roman où il ne se passe rien, où les personnages rivalisent de vacuité. L’effet obtenu est curieux, on passe du plaisir à l’agacement d’une page à l’autre. Durant la première partie du livre, on suit ce que nous propose Angela Huth avec le sentiment qu’une tragédie va se nouer. On sait d’emblée que Prue n’est pas faite pour ce lourdaud de Barry, qu’elle a d’autres aspirations, après tout ce qu’elle a vécu dans un volume précédent, Les Filles de Hallows Farm – qu’il est complètement inutile de lire au vu des nombreuses références qui y sont faites ou qu’il faudrait lire avant pour espérer un peu plus de suspens.

Or, en réalité, non, Prue n’aspire qu’à redevenir une volontaire agricole et à s’ébattre dans la campagne. Cette femme est vaine, superficielle. Même la mort de son bébé – spectaculaire scène des prémices d’un l’accouchement parmi une horde de cochons grognant et agressifs – ne l’affecte pas. A l’approche d’un homme, elle entre en mode séduction et croit aimer parce qu’elle le veut. D’échec en échec, cette nouvelle Emma Bovary finit par réaliser qu’elle devrait mener sa vie, seule, comme elle l’entend, c’est-à-dire, dans un jardin.

Une enquête philosophique, Philip Kerr

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 10 Juillet 2011. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Le Masque (Lattès)

Une enquête philosophique. Trad. De l’anglais par Claude Demanuelli. 390 p. 22 € . Ecrivain(s): Philip Kerr Edition: Le Masque (Lattès)

Toute traque policière d’un serial killer a forcément quelque chose d’un dédale pour l’esprit : indices volontaires ou accidentels au long de la piste, déductions psychologiques, profilage, anticipation… Il faut avouer néanmoins que la traque de « Ludwig Wittgenstein », assassin de « Descartes », « Hegel » et quelques autres dans le cadre d’un programme d’ « encadrement » de tueurs en série dénommé « Cesare Lombroso », ça n’arrive pas tous les jours dans la carrière d’un flic. Même si ce flic est une grande flic, « Jake » Jacowicz, séduisante quadra et limier hors pair.

Philip Kerr, l’auteur de « La Trilogie Berlinoise », lue par des millions de lecteurs dans le monde entier, nous emmène cette fois sur un surprenant toboggan logique ou les énoncés du « tractatus logico-philosophicus » du vrai Wittgenstein orchestrent en permanence le rythme du roman. Jeu d’échanges et de défis entre un tueur particulièrement érudit et malin et une enquêtrice tenace, audacieuse et intelligente. Le duel est fascinant, de bout en bout, établissant, comme c’est souvent le cas dans ces chasses au serial, une relation étrange de haine/fascination entre le « gibier » (qui est-ce ?) et le « chasseur » (même question). Une sorte de respect mutuel qui s’instaure dans la violence des échanges, l’obstination à vaincre, comme dans une sorte de partie d’échecs entre deux grands maîtres.

Granny Webster, Caroline Blackwood

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 22 Mai 2011. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois

Granny Webster, traduit de l’anglais par Michel Marny, 2011, 136 p. 15€ . Ecrivain(s): Caroline Blackwood Edition: Christian Bourgois

Granny Webster nous offre des chroniques familiales de choix, à la fois effrayantes et drolatiques, pour une part autobiographiques. La narratrice adolescente y dépeint les figures d’exception de sa famille aristocratique décadente à partir de sa rencontre avec son étrange aïeule, explorant plusieurs époques. Inquiétante hérédité qui, d’une génération à l’autre, déploie une inventivité des plus cruelles.
Le récit est dominé par deux demeures hors d’âge, habitées par des êtres excentriques. A Hove – et sur le roman tout entier –, règne dans un silence jamais rompu, la terrible arrière-grand-mère Webster « à la douceur de teck », dressée sur son légendaire siège de bois victorien, houspillant une domestique arthritique et borgne. Le lecteur parvient à « humer l’acidité du déplaisir que lui causait toute chose passée, présente, future ». Depuis son séjour isolé, elle garde la main mise sur les affaires de la famille et signera sans ciller l’internement à vie de sa propre fille. Même lors de son propre enterrement, elle semble poursuivre son influence néfaste et mener son monde à la baguette. « Je n’avais jamais eu envie de mener le deuil d’une femme que ne pouvait pas pleurer. […] Même morte elle semblait me tyranniser avec ses souhaits égoïstes ; de nouveau elle m’obligeait à faire quelque chose de sinistre, ennuyeux et déplaisant ».

Mauvais genre, Naomi Alderman

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil)

Mauvais genre. Traduit de l’anglais par Hélène Papot. 380 p. 22 € . Ecrivain(s): Naomi Alderman Edition: L'Olivier (Seuil)

C’est rare un livre qui commence par la chute. Enfin je veux dire « une » chute mais elle pèse tant tout au long de cette histoire ! James Stieff vient d’être admis à Oxford, rêve qui dort dans le giron de tout jeune anglais issu de la middle class. Il court, dans le plaisir de l’air glacé et d’un corps parfait, élastique, qui le porte comme un ressort. Il court, au devant d’une vie brillante qui l’attend sûrement. Son pied pose sur une plaque de verglas et il tombe. Lourdement. Tendons et ligaments craquent. La douleur s’abat sur lui. Elle ne le lâchera plus. La douleur physique bien sûr, qui reviendra, nauséeuse, tout au long des années Oxford et au-delà, mais, en même temps, s’annoncent toutes les autres douleurs qui vont s’accumuler jusqu’à l’horreur pendant les temps qui s’ouvrent ce jour-là.

Tout dans ce roman semble évoquer la traditionnelle histoire de la jeunesse dorée d’Oxford : la maison de Mark, l’ami immensément riche, dans laquelle toute une bande de garçons et filles va vivre pendant les trois années d’étude. Fêtes, délires, dérives, rêves, cynisme de la jeunesse. On croit un moment que nous sommes devant une histoire classique, très british, presque déjà connue. Mais quelle erreur !