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Iles britanniques

Les Anges de New York, Roger Jon Ellory

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Vendredi, 23 Mars 2012. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Sonatine

Les Anges de New York (The Saints of New York), traduit de l’américain par Fabrice Pointeau, 22,30 € . Ecrivain(s): Roger Jon Ellory Edition: Sonatine

Frank Parrish écoute Tom Waits, Gil Scott Heron, et cite volontiers Jackson Browne. Il aime aussi Bukowski et « connait son Cormac McCarthy ». Des artistes qui composent assez bien le personnage.

« La picole ne nous définit pas, ma petite dame, elle ne fait qu’accroître la richesse déjà considérable de nos vies ».

Frank Parrish est immédiatement attachant par son arrogance et sa fragilité. Il aime boire, ce qui a provoqué pas mal de déboires dans son couple et dans sa vie. Mais il aime son boulot et ses enfants, même s’il merde pas mal dans les deux cas. Malgré tout, ça compense pas mal.

Autoportrait du flic en pochtron finissant :


« Eh bien, c’est très simple. J’ai l’air d’un loser agressif, déglingué, alcoolique, avec une vingtaine d’années de carrière au compteur… et vous pouvez ajouter à ce mélange explosif mon dangereux manque d’estime de soi et mon goût pour les femmes faciles et le whiskey hors de prix, et vous vous retrouvez avec quelqu’un à qui vous ne voulez pas vous frotter. Et comme j’ai dit, même si ce n’est qu’une apparence, je crois que vous allez découvrir que c’est exactement qui je suis ».

Jésus le bon et Christ le vaurien, Philip Pullman

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 18 Mars 2012. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Roman, Gallimard

Jésus le bon et Christ le vaurien, trad. de l’anglais par Jean Esch, (The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ), février 2012, 172 p. 16,90 € . Ecrivain(s): Philip Pullman Edition: Gallimard

Philip Pullman nous conte l’histoire de Jésus… et de son frère Christ. La mort de l’un aura donné naissance à une Eglise, la « mort de l’autre ne fait pas partie de l’histoire ». L’histoire justement aurait fondu les deux personnages en un et l’auteur nous dévoile les coulisses de ce tour de force ou de passe-passe, de ce récit fondateur et faussaire. A partir de ce singulier postulat, le romancier virtuose d’A la croisée des mondes, revisite pas à pas les récits bibliques et délivre une vision inédite de l’un des plus grands mythes de notre civilisation.

L’Evangile selon Pullman procède d’un style simple, accessible, qui rappelle quelque peu celui de Au nom de la Mère d’Erri De Luca. Une poésie lumineuse et humble. Une vraie parole apostolique. Mais l’heure n’est pas au pastiche ou à la satire. Tout le détournement repose sur la mise en parallèle des deux figures formant un couple antithétique et électrique. L’enfant Jésus manifeste un appétit de vivre en accord avec sa belle constitution et multiplie les bêtises, couvert par le chétif Christ voué aux études et à l’humilité. Les différences s’accentuent et leurs parcours s’éloignent peu à peu. Le premier-né se fait charpentier et le second étudie à la synagogue. Jésus erre et s’adresse aux gens, bientôt suivi par une cohorte de disciples, accueilli par une foule désireuse de ses messages. On connaît la suite.

Désaccords imparfaits, Jonathan Coe

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 16 Mars 2012. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Gallimard

Désaccords imparfaits, traduit de l’anglais par Josée Kamoun, février 2012, 99 p. 8,90 € . Ecrivain(s): Jonathan Coe Edition: Gallimard

Couverture : dans une tasse à thé, très Miss Marple, un poisson rouge, parti pour mourir ; le titre Désaccords parfaits sonne – excellemment – du côté des amours compliquées des gens, et aussi, si ce n’est surtout, de la musique… j’ajouterais, grammaire et accords des temps grinçants, pas tout à fait dans l’axe. Bref, du Jonathan Coe… ce sympathique futé, qui n’a pas son pareil, depuis – souvenez-vous Testament à l’anglaise prix Fémina étranger – pour observer, puis fusiller la verte Angleterre !

N’est-ce pas Coe qui écrivit en son temps cet essai : Un véritable naturalisme littéraire est-il possible, ou même souhaitable ? cela pourrait être le sous-titre de ce tout petit livret, riche de 4 nouvelles – sauce Coe.

On est en Angleterre ; Shropshire, ou, sur la côte de Cornouailles, et, il fait le temps qu’il faut par là : « à l’avant-veille du vendredi saint, le matin était gris et aéré »… on est au temps de l’enfance, exactement coloré comme ça : « photo… Tante Ivy et Oncle Owen sont assis sur leurs serviettes de plage, et sourient du sourire confiant et plein d’assurance de ceux qui ont survécu à une guerre, prospéré dans l’après-guerre, et ne sont pas encore touchés par les nouvelles incertitudes des années soixante ». Enfance frémissante de peurs accumulées – que de fantômes ! Enfin, on n’est pas toujours sûr…

La reine des lectrices, Alan Bennett

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 26 Février 2012. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

La Reine des lectrices, traduction Pierre Ménard, 2010, 124 p. . Ecrivain(s): Alan Bennett Edition: Folio (Gallimard)

De l’absolue séparation des pouvoirs et de la littérature.

Alan Bennett présuppose en toute ingénuité que la Reine d’Angleterre a peu lu avant que son destin ne croise celui de Norman, commis des cuisines régaliennes. On peut imaginer que son éducation britannique lui fournit toutefois un certain background. Vraisemblablement, l’octogénaire a eu d’autres chats à fouetter avant de s’adonner aux frivolités des lectures suggérées par un « gay savoir ».

Fraîchement convertie, la peu commune lectrice devient ce qu’elle est : une liseuse hors normes mais attentive à Norman, son initiateur à Wilde et à Genet. De profundis à Querelle, la conséquence est bonne. Mais les conseillers de la Cour veillent au grain. Et la souveraine graine doit être préservée de cette contamination culturelle. Voilà donc Norman, zélé malgré lui, limogé et promu au statut d’étudiant en lettres dans une Université éloignée de Windsor. Il pourra assouvir ses pulsions de lettres et ne pervertira pas la Reine dans l’exercice de ses fonctions.

Abreuvée d’ouvrages, la Reine des lectrices ne peut freiner sa course à l’échalote littéraire. Elle prend des notes et se pique d’écriture. On n’ose l’exprimer dans l’entourage de la Souveraine : la Reine devient une emmerdeuse de politiser en rond.

La veuve enceinte, les dessous de l'histoire, Martin Amis

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 19 Février 2012. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

La veuve enceinte, Les dessous de l’histoire (The Pregnant Widow), trad. de l’anglais (R.U.) par Bernard Hoepffner, Gallimard, Janvier 2012, 540 p. 27 € . Ecrivain(s): Martin Amis Edition: Gallimard

A réserver aux amateurs. Avec La veuve enceinte, Martin Amis fait du Martin Amis. Il y a là tout ce pour quoi ceux qui l’aiment, l’aiment. Mais aussi tout ce qui peut aussi les exaspérer. Alors, quant aux autres, qui ne connaissent pas l’auteur ou veulent le découvrir… Mais qu’importent les autres !

Martin Amis pousse cependant cette fois-ci le bouchon un (petit) peu trop loin et tombe ainsi (presque) dans une caricature de lui-même. Pour le meilleur, mais pas seulement. La veuve enceinte tire un peu trop à la ligne, frise parfois la complaisance. Les dialogues abondent et auraient gagné à être raccourcis, tout comme le livre, globalement. Mais pour les fans, il y a toujours cette verve satiriste, cet humour dévastateur qui fait mouche. Des situations décalées, des phrases percutantes, et une lucidité superbement cruelle.

Le personnage principal s’appelle Keith Nearing.

Keith… voilà un prénom qui fait jubiler tout admirateur qui se respecte de l’écrivain anglais. Un prénom qui ne peut qu’évoquer cet autre Keith, ce sublime salopard joueur de fléchettes de Keith Talent, le héros de London Fields, l’un des plus grands (si ce n’est le plus grand ?) roman amisien, l’un des monuments de la littérature contemporaine.