Identification

Les Chroniques

L’ornière d’origine (2/2) - A propos de "Tempête" de J. M. G. Le Clézio

Ecrit par Jean Bogdelin , le Jeudi, 11 Septembre 2014. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

A propos de Tempête, Deux novellas, de J.M.G. Le Clézio, Collection Blanche, Gallimard, mars 2014, 240 pages, 19,50 €

 

L’ornière d’origine (2ème partie)

 

Si on conçoit Tempête comme la face d’une médaille, la seconde nouvelle du recueil la complète en magnifique revers. Elle s’intitule abruptement Une femme sans identité, car l’abandon originel affecte les deux versants, paternel et maternel. C’est l’écho amplifié de la première nouvelle, un vrai cataclysme identitaire sur fond de guerre tribale, et  bruit de la mer.

L'énigme des feux d'artifice sans fête

Ecrit par Kamel Daoud , le Lundi, 08 Septembre 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Nuits algériennes. La mode des jours est les feux d'artifice. A Oran, à Alger, ailleurs. Sans raison. Des bruits de pétarades, suivis de grosses fleurs de lumières colorées et mourant joliment. Cela explose partout depuis des jours. Etrangement. Sans raison. Signe de ce calendrier national désordonné : il n'y a rien à fêter, pas de dates, rien et pourtant il y a des feux d'artifice. Pourquoi ? s'étonnera l'étranger habitué au faste lors du rite ou de la célébration. Parce que. La rumeur dit qu'il s'agit d'articles saisis à l'importation puis revendus. Inutilement. D'autres bruits parlent d'un homme d'affaires devenu Khalifa qui les distribue gratuitement. En gros, c'est vrai, c'est faux. C'est tout aussi inexplicable que le feu d'artifice. Question fascinante : pourquoi des Algériens lancent des pétards et des feux alors qu'il n'y a pas de fête ? Scène d'un peuple qui s'ennuie, hors du temps et de ses dates. Sans bornes ni limiteur de vitesse. Cela ne se voit nulle part dans le reste du monde qui a des horloges. Face au temps on est unique, et seul. La raison ? L'ennui. La nuit algérienne avait été tuée par la guerre des années 90. Elle est tombée dans le domaine du désert. Hors du champ du regard et de l'Etat. C'est l'espace du hurlement, du gyrophare, de la ronde, de l'interdit et du sans toit. 
La guerre est finie, son couvre-feu est resté.

Rencontre avec Adrien Bosc, l’auteur de Constellation

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 05 Septembre 2014. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Rencontre avec Adrien Bosc, l’auteur de Constellation, St Rémy-de-Provence au début du mois d’août :

 

« Le livre est beaucoup sur le hasard, le destin, pourquoi un avion plutôt qu’un autre, la différence entre les coïncidences, la fatalité. C’est par hasard que je suis tombé sur l’histoire, en passant de vidéos en vidéos sur YouTube, en écoutant des concerts de violon, et je suis tombé sur la fameuse scène qui est retranscrite dans le livre, qui est l’émission du Grand Echiquier de Jacques Chancel, un hommage à Etienne Vatelot, le grand luthier. Une émission qui s’appelait L’âme des violons, à un moment Jacques Chancel demande à Etienne Vatelot de raconter l’histoire de Ginette Neveu, l’histoire de sa mort, et il revient sur l’anecdote qu’il aurait dû être dans cet avion, mais au dernier moment Ginette Neveu lui a demandé d’ajourner son départ ».

L’ornière d’origine (1ère partie) - A propos de "Tempête" de J. M. G. Le Clézio

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mercredi, 03 Septembre 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

A propos de Tempête, Deux novellas, de J.M.G. Le Clézio, Collection Blanche, Gallimard, mars 2014, 240 pages, 19,50 €

 

L’ornière d’origine (1ère partie)

 

La vie semble parfois toute tracée par les circonstances de la naissance, notamment lorsque l’abandon paternel, ou pire encore maternel, entraîne de graves troubles identitaires. Vous pouvez être à la dérive, cherchant continuellement vos racines, puis vous vous décidez irrésistiblement au bout du compte à retourner sur les lieux qui vous ont vu naître afin d’y rencontrer, pensez-vous, la vérité primordiale. C’est ainsi que les différents narrateurs des deux longues nouvelles de Tempête de J.M.G. Le Clézio souffrent de « cet atavisme qui rejette les humains vers l’ornière d’origine, immanquablement ». Inclination dangereuse qui finit parfois mal.

Grand chœur vide des miroirs, Jacques Pautard, éd. Arfuyen

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 30 Août 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Narrer

Quelques propos sur Grand chœur vide des miroirs, de Jacques Pautard.

J’ai pris le temps pour écrire cette page, car la formule du poète du Grand chœur vide des miroirs est d’un principe complexe, que je voulais bien posséder pour rédiger ces lignes. Ainsi, comme il existe en peinture une conduite artistique plus propre à la ligne, au contour ou à la tâche, à la macule, il me semble que l’activité de la poésie est elle aussi bornée par l’art de la musique d’un côté, et celui de raconter de l’autre. Et les choses s’arrangent merveilleusement avec le Virgile de l’épopée, ou le Dante Alighieri des voyages en Enfer. Le texte de Jacques Pautard se trouve justement sur cette crête, cette interrogation. Et je dis cela à dessein, car je suis très touché par cette discussion : que doit narrer le poème, et faut-il que le poème raconte, relate ? C’est-à-dire, comment faire fonctionner le mode lyrique et le récit.