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Les Chroniques

D’Images et de bulles (14) - Bringuebalés, Les Carnettistes Tribulants

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 20 Janvier 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

Bringuebalés, Carnets de mémoires d’immigrés, Les Carnettistes Tribulants, La Boîte à Bulles, octobre 2014, 172 pages, 27 €

 

Bringuebalés : un simple mot mais dont les sonorités manifestent les aléas, les hauts et les bas de ce voyage à part, qui consiste à quitter son pays d’origine pour en rallier un autre. Immigration. Voyage choisi ou imposé par les circonstances.

Bringuebalés, ces hommes et ces femmes dont nous parle ce livre salutaire, riche et inspiré. Bringuebalés certes, mais aussi fiers, courageux, pleins de ressources, surprenants, ces ancêtres, ces anciens qui reprennent vie ou remontent le fil de leurs souvenirs.

La Donation du monde, Christian Doumet

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 20 Janvier 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

La Donation du monde, Christian Doumet, éd. Obsidiane, mai 2014, 64 pages, 14 €

 

Le récit d’un fruit à graines

Déjà, avec le premier « tiens » du livre, on se sent convié, concerné et pris, pris pratiquement dans une espèce d’ontologie de la grenade, le fruit à graines, en une sorte de voyage, de récit narcissique et personnel. Ce qui veut tout de suite dire que l’on suit le destin de la grenade depuis son rouge naturel vers le noir, qualité propre à ce fruit, qui conserve bien armée une quantité de petits grains, à la fois solide et en contact avec l’amertume de la peau – qu’elle soit rouge ou noire. Ce qui veut dire encore une fois que le lecteur que je fus se faisait le témoin d’une aventure de langage, parcours presque charnel que m’a fait fréquenter le poème. Lors si Bei – personnage principal – est pour cela présente derrière la grenade en question, si Bei donc se déplace, elle fait glisser à elle Shanghai jusqu’en la rue Mouffetard. Bei incarne désormais une sorte de route vers un principe poétique.

Notes de chevet, Sei Shōnagon

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Samedi, 17 Janvier 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED, Côté Arts

Notes de chevet, Sei Shōnagon, illustrées par Hokusai, éd. Citadelles & Mazenod, coll. Littérature illustrée, 300 ill. couleur, reliure japonaise, sous coffret, octobre 2014, 352 pages, 179 €

« Un bateau dont la voile est hissée.

L’âge des gens.

Le printemps, l’été, l’automne et l’hiver ».

Note 132 : Choses qui ne font que passer, in. Notes de chevet, de Sei Shōnagon

Nées en 1936, les éditions Mazenod ont développé pendant une vingtaine d’années une exceptionnelle collection monographique, « La Galerie des hommes célèbres », dirigée par des hommes comme Raymond Queneau, Maurice Merleau-Ponty. En 1984, François de Waresquiel fait suite à Lucien Mazenod à la tête des éditions, rebaptisées quelques années plus tard Citadelles & Mazenod. La maison compte aujourd’hui une douzaine de collections, parmi lesquelles Les Phares, Livres exceptionnels, L’art et les grandes civilisations, Art et Nature… Il faut rendre hommage à la vision du monde et des arts des éditions Citadelles & Mazenod, qui témoigne d’un souci continu de qualité et d’exigence. A ce titre, voici encore un magnifique titre, paru dans la collection « Littérature illustrée », les Notes de chevet, relié à la japonaise, appelé aussi Ito Kagari Toji au Japon.

Retour à Venise, Angelica Liddell, Théâtre de l’Odéon Paris

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 17 Janvier 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

You are my destiny (Lo stupro di Lucrezia), texte et mise en scène d’Angelica Liddell

 

Je n’avais pas lu délibérément le texte d’A. Liddell, paru dans sa traduction française tout récemment aux Solitaires Intempestifs. Je voulais voir et entendre simplement, totalement le théâtre d’autant que la coproduction du spectacle proposait une version sous-titrée en espagnol et italien. Lire faisait partie de la scénographie : les deux écrans digitaux redoubleraient la parole de l’auteure /Lucrèce.

Angelica Liddell (en charge des costumes et de la scénographie) aime par dessus tout la peinture : elle se souviendrait des tableaux de la Renaissance italienne et du décor vénitien de la place St-Marc avec la façade factice du palais des doges. Etrange expérience de cet immense plateau, devenant lieu de la rage dionysiaque de Liddell. Ecraser les grappes de raisin serait l’acte cérémoniel par excellence. Posés au sol tout d’abord et ensuite vers la fin du spectacle, piétinés presque au ralenti, les raisins diront l’antique fondation du théâtre.

Maryan, artiste rescapé

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 10 Janvier 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED, Côté Arts

 

Il n’y a pas de difficulté [pour la lumière]. L’une, c’était notre lumière. L’autre, c’était la lumière [le feu] de l’enfer.

Le Talmud, traité Pessahim, chap. IV, 54a

 

La galerie Polad-Hardouin organise une exposition historique de travaux posthumes d’artistes, tous disparus assez jeunes et avec des destinées assez diverses : Marcel Pouget (1923-1985), Michel Macréau (1935-1995), Jacques Grinberg (1941-2011) et Maryan. L’on peut qualifier de prime abord un aspect commun à tous, peut-être une source d’inspiration expressionniste, plus cubiste pour Grinberg. Des courants et des façons y sont exprimés. L’on y trouve bien avant leur existence, le style qui a sans doute influencé R. Combas, H. Di Rosa, F. Boisrond, le street art, les graffiti de rue. De même le mouvement de la « Figuration libre », qui alliait les codes de l’art brut à l’imagerie populaire africaine, arabe, le Punk, dont les homologues américains sont K. Haring, J.-M. Basquiat, etc. : avec l’aplatissement des formes, pas de perspective réelle, des contours très marqués dérivant jusqu’à l’ellipse, le tag, signifiant l’agressivité, l’agression de la société contre l’individu et ses mythes personnels.