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Les Chroniques

A propos de Géographie intérieure, Pierre Jourde

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 17 Avril 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

Géographie intérieure, Pierre Jourde, Grasset Coll. vingt-six, avril 2015, 285 pages, 19 €

 

Une attachée de presse de Grasset m’envoie un courriel me demandant mon adresse : Pierre Jourde souhaiterait m’adresser son dernier livre. Je me demande pourquoi. Et puis, à quoi bon se demander pourquoi. Merci à vous, vous qui ne me connaissez pas. J’aime bien les livres de Pierre Jourde. Comme beaucoup de gens. Je sais bien qu’il y a des polémiques. Avec Bidule, avec Machine. Surtout depuis l’excellente Littérature sans estomac qui a permis aux liseurs de ma génération d’être rassurés sur l’idée qu’ils se faisaient des livres, des faiseurs de bouquins et des écrivains honnêtes. Jourde est clivant. Il le sait. On le sait. On croyait que c’était une marque de fabrique. On croyait. Comme on croit au ciel.

Bing. Géographie intérieure propose des clivages et les dedans s’exposent, articulés par l’arbitraire de la commande d’une jolie collection. Voir le billet de François Bon ici http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4128

Le sort fait aux femmes révèle la liste des peuples maudits (Kamel Daoud)

Ecrit par Kamel Daoud , le Jeudi, 16 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

Farkhunda. Le prénom, presque, d’une terre. Ou d’un royaume ? Ou d’une légende ? C’est le prénom de la femme afghane lynchée par la foule, filmée, puis jetée au fleuve Kaboul, dépecée et brulée, il y a une semaine. Il fallait voir ces images sur Internet : des policiers qui se croisent les bras, un Afghan qui filme, une meute qui s’acharne sur une masse sombre : la femme accusée d’avoir brûlé un coran. A un moment, un homme arrive et se met à la frapper avec un seau. Un autre avec une planche. Poussière. Atroce. Sentiment de terreur et de honte.

Plus tard, quand retombera la poussière, le ministère afghan de l’Intérieur précisera qu’elle n’était coupable de rien : ni d’avoir brûlé, ou piétiné ou déchiré un Coran. Juste d’avoir été une femme. Farkhunda. On tente d’imaginer ses derniers moments, sa douleur sous le piétinement, ses cris, sa sombre solitude.

Je vous construis le paradis ! par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 15 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Aujourd’hui, j’ai décidé de construire le paradis. Et pour construire le paradis, un vrai paradis, il faut avoir les ingrédients adéquats et nécessaires : humains, angéliques, diaboliques, matériels et textuels. Parce que je l’ai toujours imaginé en forme d’une vaste et riche bibliothèque, donc pour ériger le paradis, le vrai paradis, il me faut des livres, beaucoup de livres humains et divins. Les meilleurs livres de tous les siècles et de tous les Cieux. Des livres dans toutes les langues. Même ceux écrits dans les langues des oiseaux. Dans toutes les disciplines et dans toutes les indisciplines ! Et beaucoup de manuscrits ornés et calligraphiés par les plus grands maîtres du calame à l’image d’El Wassiti et Ibn Moqla.

La bibliothèque, même avec ses milliers de livres et manuscrits, sans la présence des poètes, elle n’est qu’espace mort. Mausolée abandonné. Donc j’ai décidé d’inviter les poètes pour occuper mon Éden. J’ai établi une liste des meilleurs faiseurs de mots ou de papillons. Je les ai classés par ordre de mérite c’est-à-dire par ordre de malédiction. La « malédiction poétique » est un critère littéraire déterminant dans mon choix. Et parce que le paradis est un espace de liberté, j’ai laissé la liste ouverte.

Quand la philosophie redevient populaire

Ecrit par Pauline Fouillet , le Mercredi, 15 Avril 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

La playlist des philosophes, Marianne Chaillan, éditions le Passeur, janvier 2015, 302 pages, 19,50€

Collection Philoménale, Frédérique Elbaz, et La Wäwä, éditions du mercredi, 30 pages, 9,80 €

 

Dans une société où l’enseignement de la philosophie n’arrive qu’à notre majorité et où cette dernière n’est considérée que comme l’apanage des riches, deux auteurs s’insurgent contre les idées reçues et créent des ouvrages insolites mais fantastiques proposant la philosophie pour tous. La philosophie est omniprésente dans notre vie quotidienne. C’est elle qui nous explique la société et ses codes et qui nous rend la vie en groupe plus facile. Il y a quelques siècles de cela, en Grèce notamment, cette matière noble était aussi très populaire. Et c’est pour lui rendre ses lettres et sa place que Marianne Chaillan et Frédérique Elbaz ont créé pour la première un ouvrage ludique destiné aux ados et adultes ; pour la seconde une collection à destination des enfants dès 8 ans.

Retour sur "Soumission" de Michel Houellebecq

Ecrit par Isabelle Siryani , le Lundi, 13 Avril 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Houellebecq est vivant, mais Houellebecq vieillit. Dans Soumission, le cholestérol a supplanté les phéromones. Exit LSD et tarpés sous le tipi, le héros combat l’ennui et remplit ses fiches d’impôts en se défonçant doucement au Bourbon acheté chez Casino. D’ailleurs, il n’est jamais ivre, il est pompette. Exit aussi les camps de soixante-nuitards aux mœurs décadentes et libertaires ; les chaires universitaires ont remplacé les tapis hippies, les voiles dissimulent les longueurs blondes ou brunes et les cuisses s’écartent très cupidement. Qui aurait pu penser que le héros cynique et provocateur à la verge incontrôlable de Houellebecq m’aurait un jour manqué ? Dans Soumission il m’a manqué et m’a en effet soumise à la parfois douloureuse lecture d’un roman qui n’a pas rempli ses promesses. Si c’est ça vieillir, je me jette d’office sur le Benjamin Button.

Achtung ! Attention ! Warning ! Attenzione !

Comme pour chacun de ses romans, il est probable que les plus pessimistes d’entre nous s’assomment avec deux, trois cachets, histoire de trouver le sommeil, ou s’enfilent deux trois paquets de chips pour retrouver un plaisir à la vie à défaut de sexe. Je conseille, quant à moi, aux plus sensibles de prévoir de se lover dans des bras fermes et cajoleurs, sans soumission aucune sauf si c’est dans un lit.