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Les Chroniques

A propos de "Qui est Charlie ?" d'Emmanuel Todd

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 16 Juin 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Qui est Charlie ?, Emmanuel Todd, Seuil, mai 2015, 250 pages, 18 €

 

Souvent présenté comme un arrogant brûlot simpliste et moralisateur par des commentateurs approximatifs n’ayant manifestement pas lu le livre, Qui est Charlie ? a suscité une vive polémique dans les media avant même sa parution. Inverser ce titre accrocheur avec son sous-titre, Sociologie d’une crise religieuse, aurait sans doute évité quelques malentendus en annonçant mieux la teneur de ce remarquable essai reposant sur une somme de travail impressionnante, et s’inscrivant dans la continuité du Mystère français (Seuil, 2013), le précédent livre d’Emmanuel Todd coécrit avec Hervé Le Bras. La mobilisation massive du 11 janvier 2015 n’y est en effet qu’une clé pour « comprendre les mécanismes du pouvoir idéologique et politique dans la société française actuelle ». Et chercher qui est Charlie, ce manifestant (pris en son sens collectif, Paris et province mêlées), aide l’auteur à analyser la crise que traverse notre société : une crise pour lui « de type religieux ou quasi-religieux », mais pas celle qu’on attendait !

Les sautes d’humour de Marcel Proust, Serge Sanchez, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 12 Juin 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Les sautes d’humour de Marcel Proust, Serge Sanchez, Payot, avril 2015, Collection dirigée par Mario Pasa, 160 pp., 12 €

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? », Michel Host

 

Entre rire et sourire, l’esprit !

« Parfois dans la vie, sous le coup d’une émotion exceptionnelle, on dit ce que l’on pense », Le Côté de Guermantes, cité par Serge Sanchez (p.155)

 

Un de mes amis, rappelant la célèbre définition du « propre de l’homme » selon Rabelais, ajoutait que, de nos jours, il n’est plus de rires sans arrière-pensées. Il citait aussitôt Jules Renard se présentant à ses lecteurs : Je suis le monsieur qui a toujours, hélas !… le petit mot pour rire.

Godard m’ennuie … Qu’est-ce que j’peux faire ?…, par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 11 Juin 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Côté écrans

 

Je n’aime pas Jean-Luc Godard. Je me doute évidemment que cette déclaration sans nuance peut en étonner certains, en froisser d’autres et en jeter quelques-uns dans une rage inextinguible. Je m’empresse de leur présenter mes excuses mais si je l’écris ici c’est, au minimum, que j’assume. Pleinement.

Posture liminaire : je ne prétends pas le moins du monde à « l’expertise » cinématographique dans les propos qui suivent. Cinécrates s’abstenir. Je dis seulement l’expérience itérative vécue d’un cinéphile de toujours qui n’a pu éviter de croiser Godard sans cesse depuis 1965. Comment aurais-je pu ? Le prétendu « solitaire » du cinéma français a toujours occupé le devant de la scène.

 

Pour commencer, je n’aime pas le bonhomme en tant que bonhomme, à travers toutes les interviews et articles dont j’ai eu connaissance depuis des décennies : poseur, alambiqué, abscons, ennuyeux, sinistre, méprisant, infatué. Allez on en égrène quelques-unes :

Zabor, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 09 Juin 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

"Ecrire est la seule ruse efficace contre la mort. Les gens ont essayé la prière, les médicaments, la magie ou l’immobilité, mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution : écrire. Mais il fallait écrire toujours, sans cesse, à peine le temps de manger ou d’aller faire mes besoins, de mâcher correctement. Beaucoup de cahiers qu’il fallait noircir. Je les achetais, je crois, selon le nombre des gens que je rencontrais : dix par jour, parfois deux (quand je ne sortais pas de la maison de mes grands-parents) ou plus ; une fois, j’ai acheté 78 cahiers, d’un seul coup, après avoir assisté au mariage d’un voisin. Le plus proche libraire me connaissait et ne me posait jamais de question sur mes achats : dans le village on me désignait comme étant le fils du postier, celui qui lisait, sans cesse et on comprenait un peu que je noircisse les cahiers comme un possédé. On m’envoyait les vieux livres trouvés, les vieilles pages jaunes des colons, des revues déchirées et des manuels de machines disparues. J’étais silencieux et brillant aux écoles et j’avais une belle écriture appliquée.

Shutter Island, l’autre terreur, par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Juin 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Côté écrans

 

Je ne quitte décidément plus ce ponton d’arrivée des ferries sur une île bostonienne. La scène d’ouverture de Shutter Island est rigoureusement située au même endroit que celle du Ghost Writer de Polanski. C’est le premier choc hallucinant de ce film. Polanski et Scorsese se sont-ils donné le mot ? Il y en a d’autres des chocs… plein d’autres, presque trop, ce qui, à un moment, peut paraître surcharge de la narration : à force de jouer sur les nerfs du spectateur, Scorsese les « sature » en quelque sorte, jusqu’à installer un sentiment de banalisation de l’incertitude et de l’horreur inattendue. L’effet est évidemment voulu : banaliser l’inquiétude pour accroître le choc de la vérité.

Il faut dire (il faut bien !) d’abord que Shutter Island est un film somptueux et magistralement dirigé, porté par un Leonardo Di Caprio gigantesque, habité, génial. J’avais lu en 2003 le livre de Dennis Lehane. Assez bien. Martin Scorsese en fait un film immense.

C’est un thriller. Ah bon, tout le monde vous l’a dit ? A la fois film policier et thriller paranoïaque, où s’entrecroisent les cauchemars réels et les cauchemars de la folie.