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Les Chroniques

En toute innocence diabolique !, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Vendredi, 03 Mars 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Petit, j’adorais grignoter les fèves grillées salées tout en écoutant les contes coraniques. Mon père avait un gros livre cher à lui, écrit dans un arabe littéraire intitulé Qissas El-Qoraâne (les contes coraniques).

À l’accoutumée, ces histoires nous étaient lues à voix haute pendant les jours froids et surtout durant le mois de ramadhan. Mon père avait une voix mielleuse et captivante. Ses contes mystérieux tantôt me faisaient peur, tantôt me rendaient curieux.

Le bélier d’Ismaël, La chamelle de Sâlih, La baleine qui a avalé Jonas, « Moïse qui demande de l’eau pour désaltérer son peuple, c’est alors qu’Une voix l’ordonna : Frappe le rocher avec ton bâton. Et tout d’un coup, douze sources en jaillirent », Noé et le déluge, Loth et la ville de Sodome, Joseph au fond d’un puits… Des histoires sur des Hommes qui ont le pouvoir magique de changer le monde autour d’eux et en eux. Des hommes qui parlent à leur Dieu. Que des hommes, prophètes ou apôtres. Il n’y avait point de femmes prophétesses ! Mais, par une séance nocturne de conte ramadhanesque, une femme a pu accéder dans la cour des histoires des hommes-prophètes : elle s’appelle Maryame. J’étais bouleversé. Mes sœurs étaient contentes et comblées.

Etty Hillesum, Une vie bouleversée ou l’itinéraire de la grâce ?, par Sophie Galabru

Ecrit par Sophie Galabru , le Jeudi, 02 Mars 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

 

Parler des écrits d’Etty Hillesum – et notamment de son journal, paru sous le titre Une vie bouleversée – est une difficile entreprise, tant nous voudrions en préserver la richesse. Produire un cheminement intellectuel, psychologique et spirituel d’une telle ampleur est un exploit. Il force l’admiration quand on sait qu’il fut accompli durant l’une des plus douloureuses périodes de l’histoire. C’est cet héroïsme dont fit preuve une jeune femme juive de vingt-sept ans, de 1941 à 1943, alors qu’elle résidait à Amsterdam et souffrait moins de l’Histoire que d’elle-même. Elle traduisait alors des œuvres de Rilke et lisait beaucoup, elle savait se faire aimer des hommes mais sans jamais s’engager envers un seul. Alors qu’Etty mène une vie tranquille mais profondément mélancolique, de plus en plus assombrie par la montée du nazisme, elle ose débuter un journal où se reflète un travail méditatif et philosophique sans précédent, la conduisant à changer ses convictions, ses sentiments et ses douleurs pour rejoindre la femme qu’elle voudrait devenir.

Carnets d’un fou – XLVII Décembre 2016, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 28 Février 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« C’est sans doute un terrible avantage que de n’avoir rien fait. Mais il ne faut pas en abuser », Jean Giono, Bestiaire (Préface au Petit almanach de nos grands hommes)

« Ne jetez pas vos perles aux pourceaux », Matthieu, VII, 6

 

#. Fiasco. À brûle-pourpoint, en manière de « petit coucher », François Hollande annonce à la nation, ce jeudi soir 1er décembre, qu’il ne briguera pas de second mandat de président de la république. Il a donc encore cinq mois de règne à assumer. Mais où est désormais sa légitimité profonde ? Le sens, hormis celui du délai réglementaire, de son éternisation sur le trône républicain ? Comment va-t-il faire pour continuer de ne rien faire ?

Le 1er/XII

Les Moments forts 1 : Cy Twombly à Beaubourg (expo à ne pas rater !), par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 25 Février 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

30 novembre 2016 - 24 avril 2017

de 11h à 21h (& nocturne jusqu’à 23h tous les jeudis soirs)

Galerie 1 – Centre Pompidou, Paris

 

Le commissaire de cette remarquable exposition, Jonas Storsve, pour évoquer Twombly, rappelle d’emblée l’importance de l’expressionnisme abstrait…

Ainsi que l’a résumé Laurent Wolf dans la revue Études, les premiers expressionnistes abstraits sont nés entre 1900 et 1910 (Mark Rothko en 1903, Clyfford Still ou Willem de Kooning en 1904). Les suivants entre 1910 et 1920 (Franz Kline en 1910, Jackson Pollock en 1912, Robert Motherwell en 1915). Les artistes nés dans les années 1920 – ce qui est le cas de Twombly, né en 1928 – vont devoir s’affirmer face à leurs prédécesseurs. Comment ? En refusant le beau geste.

Une histoire de mauvaise conscience ?, par Catherine Dutigny

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Jeudi, 23 Février 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

Depuis quelques jours, pour être précise depuis le passage de Mehdi Meklat dans l’émission La Grande Librairie présentée par François Busnel, la presse, les réseaux sociaux ne parlent que du « cas » Meklat. Un jeune homme de 24 ans qui présentait ce jour-là avec son co-auteur Badroudine Said Abdallah leur second livre, Minute, publié par Le Seuil. Une exposition médiatique qui fit resurgir, par le biais d’alertes postées immédiatement, la face plus ou moins cachée de Mehdi Meklat qui, sur Twitter et sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps (clin d’œil à Marcel Duchamp selon Mehdi) pendant de longues années, inonda son profil de tweets racistes, homophobes, antisémites etc. Il est facile de se documenter sur Internet pour en retrouver les traces.

L’« affaire » Mehdi Meklat met le projecteur sur la complaisance avec laquelle les médias de toutes sortes comme Le Monde, en passant par France Culture, les Inrocks, Libé, Radio France, Arte, ou le Bondy Blog ont pu « ignorer » pendant des années le double diabolique de Mehdi Meklat, mais aussi comment les jugements, prix et critiques littéraires peuvent être affectés d’un syndrome équivalent. Dans le cas de Mehdi Meklat, Laurent Bouvet, dont je ne partage pas toujours les analyses, loin de là, fait une lecture assez crédible du phénomène dans un article publié dans le Figaro.fr, le 21 février 2017 :