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Les Chroniques

Le Bigre bang, les Mystères de la Création, Alain Kewes, Marilyse Leroux

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 07 Mars 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Le Bigre bang, les Mystères de la Création, Alain Kewes, Marilyse Leroux, éd. Gros textes, coll. Les Tilleuls du Square, décembre 2015, 100 pages, 10 € (http://grostextes.over-blog.com/)

 

Rions, ça nous changera !

« On découvrira… que le grand ballet des planètes et des galaxies n’a peut-être pas tourné au rythme harmonieux de la valse mais à celui plus imprévisible de la rumba. Que Dieu lui-même n’est peut-être pas celui qu’on croit », Avant-propos au Bigre Bang.

Créer le monde est un travail mystérieux – Pourquoi le faire ? Et comment fait-on ? – mystérieux, oui, et très compliqué. Qui en douterait ? Pas les auteurs de ces récits en tout cas. Un nouvelliste, une poétesse… La parité requise par la pensée bien ordonnée est respectée et l’on est assuré au moins de deux angles d’attaque complémentaires. Auraient-ils joué à Dieu le Père et au Saint-Esprit ? Sous une présidence laïque, c’est peu probable. De fait, pour leur nouvelle Révélation, ils ont alterné leurs rôles de temps en temps, de lieu en lieu ? Au lecteur d’en juger l’effet.

Nuruddin Farah… le miroir brisé de la Somalie

Ecrit par Mélanie Talcott , le Samedi, 05 Mars 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Nous n’avons souvent de la Somalie que la vision effarée et indifférente de sécheresses et de famines inévitables, de corps efflanqués vêtus de regards désemparés ou suppliants et de la mort qui en recueille les derniers râles silencieux tandis que la communauté internationale, une fois de plus, s’en émeut et se mobilise. Nous n’en connaissons que la rumeur violente, celle de Mogadiscio où les enfants jouent à la guerre et broutent du qat, tout comme ces adultes qui la font ailleurs encore et toujours, tirent sur un joint avant de tirer un coup assassin avec leur fusil d’assaut et leur sexe. Nous n’en avons souvent qu’une approximation géographique, quelque part là-bas en Afrique, terre d’ethnies, de clans et de tribus vindicatives et vengeresses, terre de razzias et de kidnappings islamisés, terre aussi de camps de réfugiés, devenus à force de longue patience blasée villes artificielles de baraques, de tôles, de carton, de corruption, de débrouille et de tous les maux, où agonisent lentement et durablement des milliers d’êtres humains sans identité. La Corne de l’Afrique est corne d’abondance de malheur et surtout d’oubli. Comment pourrait-il alors nous venir à l’idée qu’un Somalien puisse être écrivain ?

Quand Mouloud Feraoun raconte la guerre d’indépendance algérienne : le journal comme document historique

Ecrit par Farid Namane , le Samedi, 05 Mars 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

« Je n’ai pas tout noté. Simplement des repères, afin que plus tard, si la vie est longue, je puisse garder palpable le triste souvenir des années noires, des jours lugubres ».

Mouloud Feraoun, Journal 1955-1962

Il notait les événements du quotidien sur des cahiers d’écolier. Mouloud Feraoun a vécu la guerre d’indépendance algérienne terrassé par les violences entre son village Tizi Hibel, Fort National et Alger : son Journal 1955-1962 nous offre un témoignage poignant sur la guerre et une analyse unique en portant une attention particulière au peuple contrairement à l’historien qui relate les événements par le haut de la « pyramide ». Feraoun parle des siens, du peuple et de ses peurs face à un événement tragique qui a changé le cours de l’histoire algérienne. Au début hésitant, il s’engage en faveur de l’indépendance de l’Algérie tout en restant « méfiant » par rapport à l’avenir du pays surtout après l’apparition des ambitions personnelles et des cupidités de certains dirigeants nationalistes. On peut déceler à travers ce journal de Feraoun trois principales positions qu’on illustre ensuite à travers le texte : l’hésitation devant les « événements » au début de la guerre, le soutien et l’encouragement de l’œuvre du FLN-ALN et enfin ses hésitations ou ses remarques poignantes sur certaines failles dans la manière de préparer ou d’envisager l’avenir.

Des sources et de la magie - Journal de lecture du Don Quichotte en La Pléiade (7)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 04 Mars 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Après la pause, l’entracte imposé par le narrateur, nous voilà de retour au point d’un combat suspendu entre Don Quichotte et un écuyer biscayen. Le trou noir de la pub’ est passé et nous redécouvrons les combattants furieux dans la pause même où l’auteur les avaient abandonnés, statues indécises et menaçantes. Mais voilà que l’auteur joue de notre impatience, se joue de nous ou joue avec nous, pour peu que nous acceptions la complicité du clin d’œil et du jeu. Les épées et les bras dressés à la fin de la première partie resteront en suspens encore quelques pages… le temps que le narrateur vérifie ses sources ! Celui-ci nous entraîne alors dans le récit de la recherche des dites sources, haussant au passage de quelques crans la supposée véracité de son récit, le faisant remonter à des sources sur lesquelles il n’a nulle maîtrise. Voilà du coup le récit du Don Quichotte élevé au rang de légende, le récit ne devenant alors que restitution d’un autre récit, que Cervantès va jusqu’à citer. Le jeu des fictions pousse le personnage du côté de la légende irréfutable et l’auteur et le narrateur du côté de l’enquêteur scrupuleux, scrupuleusement objectif, tel un journaliste des temps modernes (encore que… mais c’est une toute autre histoire).

Toi je vais te faire* la gueule : A propos de Histoire de la violence, Édouard Louis

Ecrit par Sana Guessous , le Vendredi, 04 Mars 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

A propos de Histoire de la violence, Édouard Louis, Le Seuil, janvier 2016, 240 pages, 18 €

 

Il est quatre heures du matin, Édouard rentre chez lui à pied, un brin éméché après un agréable dîner de Noël avec ses amis, ravi d’étreindre les livres de philosophie que Didier vient de lui offrir. Édouard se fait une joie de les caresser, de les feuilleter en rentrant chez lui, mais un homme le suit de près et contrarie ses rêveries.

L’étranger finit par l’aborder. Il s’appelle Reda, il est souriant, séduisant, très insistant. Il veut discuter un peu, il veut monter chez Édouard boire un petit verre, juste un seul, allez. Édouard proteste longuement mais finit par céder, désarçonné par cette phrase soudaine : « On fait l’amour ? ».

Dans l’appartement, la soirée tourne lentement au cauchemar. Édouard Louis est volé, étranglé, insulté, menacé d’un revolver, violé. Quelques années plus tard, il raconte ce traumatisme dans Histoire de la violence, paru en janvier dernier au Seuil.