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Les Chroniques

Dédicaces (Lecture de Don Quichotte de la Manche de Cervantès en La Pléiade) - 2

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 23 Janvier 2016. , dans Les Chroniques, Ecrits suivis, La Une CED

Il est d’usage aujourd’hui qu’un auteur dédicace le livre qu’il publie, qu’il s’agisse d’un roman, d’un recueil de nouvelles, de poèmes ou d’articles, d’un ouvrage à vocation scientifique, etc. Chacun y va de sa petite dédicace à un parent, à des proches, à un maître… Et je parle bien ici de la dédicace qui est imprimée, pas celle griffonnée plus ou moins à la hâte sur un coin de table à l’occasion d’une présentation, d’une rencontre ou d’un salon du livre. On peut aussi trouver des remerciements, plutôt en fin d’ouvrage, à ceux qui ont rendu possible l’écriture et la publication de l’œuvre. Parfois il n’y a rien, ou presque rien, tant publier un livre semble devenu une chose somme toute ordinaire, banale. Combien de livres sont en effet publiés, exposés quelques semaines, pour finir par repartir au pilon ? Beaucoup. Trop. Notre temps a, il est vrai, érigé le gaspillage en art de vivre. Il n’en était pas de même au temps de Cervantès où publier un livre était réservé à bien peu, tout comme les lire sans doute. Etre édité relevait d’un privilège et nécessitait reconnaissance et protection, soutien. Imagine-t-on aujourd’hui une œuvre éditée devant rendre autant d’hommages et de remerciements, de dédicaces – pour nous, bien obséquieuses – que le fait Cervantès ? L’on rirait sans doute d’une telle flagornerie, espérant qu’au moins leur auteur le fait par dérision, par humour, craignant trop que la flagornerie ampoulée, hors d’âge et hors de propos, nous procure une honte étrange : celle du lecteur vis à vis du livre qu’il a entre les mains.

Carnets d’un fou – XXXIV Novembre 2015, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 22 Janvier 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

Est-elle écrite quelque part, en latin, en castillan ou en arabe, l’infernale sentence donnée pour espagnole et qui tant me plaît. Ne la trouvant pas, sauf dans une version française, je la réinvente : « Más vale visitar el infierno mientras estés en vida que después de muerto ». Mieux vaut que tu visites l’enfer de ton vivant qu’après ta mort.

Michel Host

 

# Visiter l’enfer ? C’est chaque jour que Dieu fait. Comment avez-vous pu ne pas vous en apercevoir ? C’est notre condition. Que nul ne doute, même pas moi-même, de ma joie de vivre.

Love, loss and language - About the poetry of Amina Saïd Hazam

Ecrit par Sjoerd van Hoorn , le Vendredi, 22 Janvier 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Ablation, Amina Saïd Hazam, Éd. Alpha, Alger, 2014, 53 pages in French, 81 in Arabic

 

Amina Saïd Hazam is a French poet of Algerian descent who writes in both French and Arabic. Since I do not read Arabic I shall discuss only her French poems. The collection under review here, entitled Ablation, contains absolute masterpieces that deserve a wide audience. The influence of the Algerian poet Kateb Yacine is clear, Hazam too writes about a physical attachment to earth, language and blood. It is precisely this local rootedness and its loss which makes poetry’s voice amenable to be understood everywhere. Notwithstanding that most of Hazam’s poems involve all manner of loss, almost all of them are essentially about love too. The I of these poems is acutely aware of every shade of loss, of the loss of what has sometimes literally been cut away. The first poem in the collection is Hymne à un sein. The mother’s breast that has fed the poet is now a peaceful bird that has been cut away, thus leaving the poet without a country. The mother’s breast is a symbol of the very intimate connection between love and loss that characterizes Ablation as a whole.

Aharon Appelfeld, une mémoire en miettes

Ecrit par Mélanie Talcott , le Jeudi, 21 Janvier 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

« La littérature ne doit pas essayer de retranscrire l’histoire mais de révéler la vérité au sein de la vérité. C’est la tension continue entre le particulier et le général qui donne l’œuvre. Le particulier seul ne donne que la mémoire ou l’histoire. Le général seul ne donne que la philosophie ou la sociologie. Seule la confrontation entre les deux permet d’écrire. Mon particulier aura été la catastrophe, le ghetto, la forêt, la mort aux trousses. Le général pour moi est l’homme qui souffre et qui cherche l’amour. Pour moi les mots ne sont pas des pierres, mais des êtres vivants », Appelfeld, juin 2011 à Toulouse.

 

L’inimaginable – et non pas l’indicible – ne se partage pas. L’horreur ne se dit pas, l’horreur se réfugie dans une omerta codifiée. Récente, elle est inaudible pour celui qui n’en a entendu que l’écho ou n’en a vécu que les frimas. La plupart se détourne des fantômes hébétés qu’elle a laissés derrière elle. Leur regard brûlé à jamais leur est aveugle. Il faut reconstruire, il faut se reconstruire et reconstruire signifie souvent oublier, passer à autre chose, s’étourdir, vivre enfin et faire comme si rien ne s’était passé. Certains vont jusqu’à affirmer qu’elle n’a jamais existé. L’abject ne peut être humain. D’autres qui ont la lâcheté plus objective, pensent sans oser le dire que si elle s’est abattue – en grande partie – sur le peuple juif, marquant de ses violents stigmates son particularisme et son individualité, c’est qu’il y a certainement des raisons, des raisons qui leur échappent, mais sûrement de bonnes raisons.

« Ce soir, on répète », par Marie du Crest

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 19 Janvier 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

L’assiette du lieu estoit très belle et agréable ; ayant la veue de la montagne et de la plaine, et mesme de la délectable rivière de Lignon, depuis Boën jusques à Feurs

Honoré d’Urfé

 

A Jean-Claude Berutti

 

Le château de Goutelas entre dans l’ombre rapide de décembre, faisant disparaître au-delà des douves herbeuses le paysage de l’Astrée. Le temps du théâtre peut commencer, non pas le théâtre du plateau, des lumières, des décors, de la salle impatiente, mais celui de son étrange laboratoire : la répétition. Un metteur en scène (Jean-Claude Berutti) assis derrière une longue table chargée de livres, de feuillets épars, regarde, intervient, fait des gestes, demande de reprendre aux deux comédiens qui lui font face (Christian Crahay et Nicole Olivier), dans une salle à la moquette rouge, sous la charpente du château.