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Les Chroniques

Un poète du désir - à propos des Sonnets de Germont

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 18 Janvier 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Sonnets de Germont, éd. La coopérative, 2015, 9 €

 

Le premier livre de la jeune maison d’édition La coopérative, dirigée par Jean-Yves Masson et Philippe Giraudon, prête la voix à une poésie très écrite, très cadencée et presque classique, d’une certaine manière académique – dans le sens d’une application consciencieuse –, et cette dernière épithète ne me fait pas peur. Car ce livre, écrit par un jeune homme de vingt-et-un ans, au milieu des années 80, qui est resté inédit trente ans dans les cartons de Jean-Yves Masson, résiste à notre époque d’aujourd’hui justement parce qu’il est d’une facture simple et harmonieuse. Pour mon propre compte, j’ai d’ailleurs aimé cette « humeur » (le mot mood en anglais est peut-être plus juste), ce chuchotement des années 80, qui suggère un air du temps que j’ai connu au même âge que le poète Germont, un temps pour finir assez sombre et angoissant. Ce furent pour moi aussi, des années de désir, de ce désir de jeune personne éprise du jeu de hasard de la beauté, guidée par une étoile vers l’amour de l’autre, et sujet à cette angoisse de mourir.

Un journal ? (Lecture de Don Quichotte de Cervantès en La Pléiade - 1)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 15 Janvier 2016. , dans Les Chroniques, Ecrits suivis, La Une CED

 

Un journal de lecteur, ou plutôt de lecture ! Qu’est-ce donc que cela ? Un journal où un lecteur parle de lectures. Ou de la lecture en général. Une chronique au jour le jour, au fils de lectures… Sans chercher à jouer le critique littéraire mais plutôt en interrogeant son propre rapport aux mots et histoires lus, aux livres, aux auteurs.Quel intérêt pour ceux qui d’aventure liraient ce « journal de lecture » ? Ça, je ne sais pas vraiment. Ou plutôt : je ne sais vraiment pas. Par contre je pense que poser la question en terme d’intérêt, presque au sens financier du terme, cela n’a pas beaucoup de sens. Ou alors cela en a, mais a contrario. Car c’est bien la dernière motivation qui pousse le blogueur-lecteur à se livrer à cet exercice.

L’idée m’en est venue à partir d’un projet de lecture qui m’attend, parmi d’autres. Un projet de lecture qui va prochainement m’amener à découvrir le Don Quichotte de Cervantès qui vient d’être édité dans une nouvelle traduction par La Pléiade, quadri-centenaire oblige. Je dis bien « découvrir » car je ne l’ai jamais lu. Pas même un extrait. Bien sûr, comme beaucoup, j’ai entendu parler du chevalier à la pâle ou triste figure et de son compagnon, de sa jument efflanquée, de ses moulins à vents, autant que de la Madeleine de Proust (un autre monument littéraire sur les chemins duquel je me suis perdu sans jamais en venir à bout).

Calendriers : Quel temps fait-il dans la tête ?, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 13 Janvier 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Un étrange débat algérien depuis les années 90 : faut-il ou pas fêter le Nouvel an ? Les détracteurs disent non : le Nouvel an est occidental, chrétien, impie, colonisateur, étranger. Et nous sommes arabes, musulmans et Algériens. Ce qui est faux : le Nouvel an est romain, pas français. Il est païen pas chrétien. Tout autant que le calendrier de l’hégire qui remonte à Haggar la seconde femme d’Ibrahim et pas à la fameuse hijra, fuite d’un prophète et de son compagnon. Les mouhajirounes qui se présentent comme les exilés, sont en fait les arrière-petits enfants de Haggar (ô troublantes parentés et mystérieux cousinage) et pas les pères du calendrier arabe. Le lien avec l’Algérie ? La colonisation (réussie) des Arabes. Depuis, le pays fête ce qu’il ne récolte pas, mais fête ceux qui sont venus prendre des récoltes chez lui. Du coup, une possibilité de résistance aux temps des autres : je ne fête ni le calendrier de l’hégire, ni celui de Rome. Le temps « arabe » commence par une fuite en avant et continue sur une fuite en arrière. Le temps de Rome commence par une invasion et n’a pas fini avec la décolonisation. Le calendrier de l’hégire a provoqué même des maladies chez nous : on est officiellement né dans un endroit où nous n’avons jamais mis le pied : le Hedjaz.

Le Bulletin Critique du Livre Français passe le relais à la Cause Littéraire, par Jean Durry

Ecrit par Jean Durry , le Mardi, 12 Janvier 2016. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

A la Libération, Marie-Jeanne DURRY, écrivain et poète qui sera en 1947 la première femme élue professeur de littérature à la Sorbonne, est au côté d’Henri LAUGIER, directeur des Affaires Culturelles au Ministère des Affaires Étrangères. Elle va notamment marquer son passage à la tête du service du livre en créant deux parutions périodiques destinées à témoigner de la vitalité de la pensée et de l’édition françaises. Ce seront « Pages Françaises », une sélection dans l’esprit du « Reader ‘s Digest » qui fait alors florès, et « le Bulletin Critique du Livre Français ».

S‘affirmant d’emblée généraliste, le BCLF, revue d’information bibliographique et critique, va présenter chaque mois, sous forme de comptes rendus, le meilleur de l’actualité éditoriale dans les différents domaines de la connaissance et de la création. Par la qualité et l’objectivité des recenseurs, spécialistes reconnus de chacun des domaines traités, et l’adjonction des indispensables tables mensuelles et annuelles – auteurs, titres, éditeurs, revues -, il s’avèrera un instrument vivant de connaissance. Des indicateurs simples situent la qualité de l’ouvrage – excellent, bon, moyen – et sa complexité de lecture – aisée, vulgarisation d’excellent niveau, difficile.

La poésie autofictionnelle de Sanda Voïca

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 12 Janvier 2016. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

à propos de Epopopoèmémés, de Sanda Voïca, éd. Impeccables, 2015, 22 €

 

Avant d’en venir à ce qui fait le fond de ma lecture du recueil que Sanda Voïca publie aux éditions Impeccables, il faut parler de la forme que prend le livre. En effet, il est rédigé comme un journal intime qui, en 37 poèmes, couvre la période du 28 novembre 2011 dans l’après-midi, jusqu’au 15 mars 2012, lesquels franchissent le guet de l’année 2011/2012. Ces précisions ont leur importance, car ce journal qualifie cette traversée qu’entreprend Sanda Voïca avec ses lecteurs, dans la mesure où l’on lit ce qui a été écrit certains après-midis, ou durant des nuits d’insomnie, comme une confession personnelle et belle. Nous voilà ainsi pris par un univers autofictionnel qui nous permet d’observer la vie dans ses détails, accompagnés d’une poète, laquelle écrit ses poèmes sous la figure tutélaire d’Alain Jouffroy, qui ne quitte pas ces cinq mois d’écriture.