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Les Chroniques

De l’art de ne rien faire face à Daech et ses prêcheurs, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 03 Novembre 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Sur une plage, sous le soleil dur, entre le sel et la solitude, un homme prend une arme et tire sur des touristes. Vieille fable de la littérature. Sauf que le tireur n’est pas un étranger. Les victimes le sont. A Tunis, le carnage va coûter, au-delà des vies irrécupérables, l’économie d’un pays fragile : misère, pain noir et chômage arrivent. C’est en gros l’idée de Daech international : provoquer la pauvreté, ruiner les pays puis annoncer la fin du monde et recruter les hallucinés de la peine et de la faim. La Tunisie, ce bel exemple contre nos fatalismes, a été touchée au cœur, cette fois, et la facture sera lourde. Sauf que ce Daech s’étend, conquiert, recrute. En Algérie, on y appelle déjà à l’ouverture d’une ambassade, un journaliste propose d’effacer l’étoile de sur notre drapeau pour la remplacer par « Allah ouakbar », sur certaines enseignes de pharmacies, le signe du serpent du Caducée a disparu, ne subsiste que le croissant, des éditos sont publiés pour expliquer que Daech est un barrage contre les sionistes et l’Occident, la daéchisation est en marche. D’où la question, l’unique question : que faire ? A cela on y répond différemment.

Entre l’opium et le bâton !, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 02 Novembre 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Souffles

 

Ils ont agressé le poète.

Dans la ville de Harhoura au Maroc, le poète Abdellatif Laâbi a été poignardé dans la nuit de dimanche à lundi 18 octobre 2015. Cela nous rappelle l’agression criminelle et idéologique islamiste contre le lauréat du prix Nobel Naguib Mahfouz, en 1994, dans les rues du Caire. Ils ont agressé le poète, Abdellatif Laâbi, dont sa vie fut un combat contre toutes les formes d’injustices infligées à la classe sociale démunie.

Ils ont agressé le poète, celui qui a prêté sa voix poétique et intellectuelle aux humbles et aux marginaux, celui qui a passé huit ans de sa vie dans les geôles du makhzen. De 1972 à 1980. Cette attaque contre le lauréat du Goncourt de la poésie 2009, Abdellatif Laâbi, n’est pas un fait divers. N’est pas un acte de délinquance. C’est une action commanditée par les acteurs de l’intolérance et de la haine idéologique.

Tram 83, Fiston Mwanza Mujila

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mercredi, 28 Octobre 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

Tram 83, Fiston Mwanza Mujila, Métailié, 2014, 200 pages, 16 €

 

Littérature-locomotive

A fond de train, la narration embarque les lecteurs dans une déambulation haletante : les bas-fonds de la Ville-Pays, sa gare éternellement inachevée, son bar tapageur, où se nouent toutes les idylles, où se traitent toutes les affaires, pour la surface ; les mines et son peuple misérable, prêt à tout pour survivre, pour les entrailles de ce roman construit comme une improvisation, à un rythme trépidant, sans cesse interrompu, toujours renouvelé. La lancinante question « Vous avez l’heure ? » portée par l’un de ces « canetons », ou jeune prostituée encore fraîche, vient harceler personnages et lecteur embarqués dans une odyssée brinquebalante, comme un leitmotiv qui ravive le sentiment d’urgence de cette survie apocalyptique, interrompt les discussions, les énumérations sans fin, les errances de nos personnages perdus, et renforce le rythme d’un récit qui n’en finit pas de se hachurer, de nous égarer, de nous promener à travers des intersections hasardeuses, rendant le lecteur passager d’une course aussi absurde que tumultueuse. A coup d’intersections nettes, de cul de sac, de revirements soudains ; avec toujours au centre le Tram 83, lieu de tous les désordres autour duquel un ordre s’instaure dans la narration.

Café Existence, Horace Engdahl

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 26 Octobre 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? »

Michel Host

 

« Quand on se mêle de littérature, mieux vaut dire une absurdité qu’une platitude. […] La vérité doit être surprise : elle ne se trouve jamais à l’adresse de son domicile », Horace Engdahl

 

Exister ? Être ?

Souffles - Écrivains jetables ! par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Vendredi, 16 Octobre 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Don Quichotte de Cervantès, Guerre et Paix de Tolstoï, Les Misérables de Victor Hugo, La Mère de Gorki, Madame Bovary de Flaubert, Germinal de Zola, Le vieil homme et la mer de Hemingway, (Awladou Haratina) Les Fils de la Médina de Naguib Mahfoud, L’Incendie de Mohammed Dib, Le Bruit et la Fureur de Faulkner, Nedjma de Kateb Yacine, Ana Houra (Je suis libre) d’Ihcène Abdelkaddous, Les Fleurs du mal de Baudelaire, La Colline oubliée de Mouloud Mammeri, À la recherche du temps perdu de Proust, Mawssim El Hidjra Ila Achchamal (Saison de la migration vers le Nord) de Tayeb Salih… cette ère des géants, avec tout ce qu’elle comprenait de culture de la sacralisation, est révolue. C’est fini l’ère des immortels. Mais ces géants immortels sont toujours là, parmi nous, en nous. Ces écrivains, à l’image de leurs chefs-d’œuvre ont vécu pendant des siècles. Et continuent à vivre dans le temps, tout le temps sans bords ! Ils ont traversé les guerres, les paix, les religions et les épidémies sans qu’ils ne prennent la petite ride. Les vents des modes littéraires et artistiques ont soufflé, soufflent toujours, mais les montagnes demeurent.