Identification

Les Chroniques

Deux livres à peine lus : textes et prétextes par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Jeudi, 23 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Le pays des deux livres. L’un dicté par le ciel, l’autre dicté par une chaise. Celui du ciel est connu, dit, répété, psalmodié, mal compris, pas compris, imposé, détourné comme un avion, précipité sur les gratte-ciels ou les femmes ou les individus ou les libertés. Le livre du ciel ne sert pas, à certains, à éclairer le monde mais à le brûler, désormais.

Il suffit de regarder l’actualité : premier autodafé inversé de l’histoire : on use d’un livre pour brûler le monde, pas le contraire. Son premier mot est « Lis » depuis l’éternité prononcée. Parce que le désastre de l’analphabétisme semble être intemporel dans nos géographies : il fallait l’intervention d’un Dieu pour pousser les gens à lire !

Et cela semble n’avoir pas suffi quand on regarde Daech, El Qaïda, la campagne contre Benyounes ou le retour du FIS et la tenue du Sultan de l’AIS qui a avoué un meurtre à la télé sans faire bouger personne, sauf Ouyahia qui lui a servi du thé.

Le second livre, celui dicté par la chaise, est la Constitution. Femme violée, livrée, piétinée, semelle votée, loi fondée et dévergondée. A quoi cela sert une constitution dans les pays dits « arabes » ? A rire jaune puis à faire semblant de lire.

Comment devient-on un tueur pour la bonne Cause ?

Ecrit par Daniel Sibony , le Mercredi, 22 Avril 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Beaucoup ont du mal à comprendre qu’un homme puisse tuer et se tuer pour une grande cause, une religion une idéologie. Pourtant le phénomène existe, mais leur résistance à le comprendre semble être leur façon de dire : nous n’avons avec cet homme aucun point commun, aucune identification. Voilà qui est peut-être à leur honneur, mais qui n’aide pas à y voir clair. On doit pouvoir identifier des choses avec lesquelles on n’a « rien à voir », a priori.

Donc, pour éclairer ce phénomène, partons de la pulsion de lien (1), qui fait qu’un homme a besoin de liens pour vivre, de liens qu’il considère comme vivants, qui lui épargnent la sensation pénible d’être seul au monde, et qui nourrissent son être au monde par le contact avec un groupe qui lui donne un peu de chaleur, de présence humaine. Cet homme peut donc rejoindre un groupe qui lui fournit de l’appartenance, qui peut même le mettre en scène et en valeur. Imaginons qu’il ait rejoint dans les années 50 un parti communiste. Il en reçoit, à tort ou à raison peu importe, le sentiment de lutter pour abolir l’injustice, l’exploitation, etc. Tout en jouissant du coude à coude fraternel avec ses camarades, il accède à ce qui distingue son groupe des autres, par exemple à la haine qu’il nourrit envers « l’ennemi de classe », les « agents du pouvoir », etc.

Un air de liberté (11) En sortant de l’école, Robert Desnos

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 21 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« Cueille cueille la rose et ne t’occupe pas de ton destin »

Robert Desnos

 

Robert Desnos, poète en résistance, était surtout doué pour les « sommeils hypnotiques ». Autodidacte, il aimait griffonner textes courts et récits spontanés de rêves. La poésie était chez lui une dérégulation du langage. Il inventait des mots, utilisait une syntaxe délirante, influencé parfois par Apollinaire. Benjamin Péret lui fit découvrir le mouvement « Dada » et lui présenta Breton qui l’exclut du mouvement surréaliste en 1930.

Robert Desnos devint dès lors homme de radio et de cinéma, tout en continuant ses activités de « créateur débridé ». Arrêté à son domicile en 1944 par la Gestapo, il fut déporté dans plusieurs camps. Atteint du typhus, Robert Desnos s’éteignit le 8 juin 1945 au camp de concentration de Thersienstadt, à Terezin, en Tchécoslovaquie.

A propos de Géographie intérieure, Pierre Jourde

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 17 Avril 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

Géographie intérieure, Pierre Jourde, Grasset Coll. vingt-six, avril 2015, 285 pages, 19 €

 

Une attachée de presse de Grasset m’envoie un courriel me demandant mon adresse : Pierre Jourde souhaiterait m’adresser son dernier livre. Je me demande pourquoi. Et puis, à quoi bon se demander pourquoi. Merci à vous, vous qui ne me connaissez pas. J’aime bien les livres de Pierre Jourde. Comme beaucoup de gens. Je sais bien qu’il y a des polémiques. Avec Bidule, avec Machine. Surtout depuis l’excellente Littérature sans estomac qui a permis aux liseurs de ma génération d’être rassurés sur l’idée qu’ils se faisaient des livres, des faiseurs de bouquins et des écrivains honnêtes. Jourde est clivant. Il le sait. On le sait. On croyait que c’était une marque de fabrique. On croyait. Comme on croit au ciel.

Bing. Géographie intérieure propose des clivages et les dedans s’exposent, articulés par l’arbitraire de la commande d’une jolie collection. Voir le billet de François Bon ici http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4128

Le sort fait aux femmes révèle la liste des peuples maudits (Kamel Daoud)

Ecrit par Kamel Daoud , le Jeudi, 16 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

Farkhunda. Le prénom, presque, d’une terre. Ou d’un royaume ? Ou d’une légende ? C’est le prénom de la femme afghane lynchée par la foule, filmée, puis jetée au fleuve Kaboul, dépecée et brulée, il y a une semaine. Il fallait voir ces images sur Internet : des policiers qui se croisent les bras, un Afghan qui filme, une meute qui s’acharne sur une masse sombre : la femme accusée d’avoir brûlé un coran. A un moment, un homme arrive et se met à la frapper avec un seau. Un autre avec une planche. Poussière. Atroce. Sentiment de terreur et de honte.

Plus tard, quand retombera la poussière, le ministère afghan de l’Intérieur précisera qu’elle n’était coupable de rien : ni d’avoir brûlé, ou piétiné ou déchiré un Coran. Juste d’avoir été une femme. Farkhunda. On tente d’imaginer ses derniers moments, sa douleur sous le piétinement, ses cris, sa sombre solitude.