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Les Chroniques

D’Images et de bulles (17) Elle s’appelait Tomoji, Jirô Taniguchi

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 11 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Si, dans ce nouvel opus,  le dessin garde sa précision, sa légèreté et sa douceur, Jirô Taniguchi sort de son univers habituel : il quitte les villes pour gagner la campagne la plus reculée, l’époque contemporaine pour le Japon des années 20, des héros masculins pour une héroïne toute jeune.

En 1925, Tomoji a 13 ans, elle s’en revient de l’école, en jeune femme en harmonie avec la nature. Au détour d’un chemin, son regard croise celui de Fumiaki, venu de Tokyo faire de la photographie dans la région. Le lecteur sait que ces deux êtres se recroiseront et attend le déroulé de leur histoire d’amour, toute en finesse et en pudeur.

« Il faudra encore plusieurs années avant que ces deux êtres, qui regardent le même ciel, se rencontrent ».

Richard Brautigan ou la rédemption par l’écriture

Ecrit par Roland Goeller , le Vendredi, 10 Avril 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

Richard Brautigan est cet auteur américain de la génération des Henry Miller ou encore Jim Harrison, connu pour des livres qui sont à la littérature ordinaire ce que les météorites sont aux vulgaires cailloux. Un privé à Babylone ou encore Sucre de pastèque, La pêche à la truite en Amérique, ont imposé cet écrivain né à Tacoma en 1935, dans l’état de Washington. Une œuvre éclectique, faite de petits riens recensés, selon ses critiques, avec une minutie d’orfèvre, avec un art de la brièveté élaboré au cours de ses longs séjours japonais d’où il revint avec un autre abécédaire – un almanach à la Hebel, serait-il plus juste de dire – à savoir Tokyo-Montana-Express.

De quoi Richard Brautigan voulut-il nous parler, se demande-t-on après sa lecture. Que signifie cette succession de petits billets en apparence sans rapport les uns avec les autres : De la perte d’une place de parking, De certains corbeaux en train de bouffer des pneus de camion au cœur de l’hiver, Ça mijote, Les pieds qui dansent ? Le seul lien entre ces petits événements liminaires semble être l’ennui d’un promeneur le long des chemins du monde où il cherche à s’arrêter à quelque chose. Et rien ne semble assez digne d’intérêt pour le retenir et lui inspirer plus de trois pages d’affilée. Les événements semblent adresser à Richard Brautigan des clins d’œil et aussitôt vouloir le fuir, pour laisser entre ses mains des carcasses comme des chrysalides de papillons envolés. La vie de Richard Brautigan se serait-elle déroulée ailleurs que dans les lieux où il feignit la chercher ?

Festival concordan(s)e #9 du 11 mars au 16 avril 2015

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 10 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Tout au long de l’année, Le Club Concordan(s)e propose des rencontres et des lectures, des spectacles et des ateliers d’écriture, des dégustations de mots et de mets autour de la danse et la littérature. Le Festival Concordan(s)e revient cette année, du 11 mars au 16 avril 2015 entre Paris et Province.

Jean-François Munnier, issu de la danse, confesse que ce festival vise à « créer une étincelle, un frottement inattendu entre danse et littérature, deux disciplines qui souvent s’ignorent ». Alors que les gestes disparaissent souvent de la mémoire, la littérature assure la pérennité de son art. Entre mot et geste, entre écrivains et chorégraphes, ces binômes vont « développer leurs sensibilités communes et élaborer une création au carrefour de leurs disciplines ». Il arrive que deux artistes partagent leur amour pour le silence, et cela fonctionne très bien : ainsi Mickaël Phelippeau et Célia Houdart ont réalisé une très belle performance dans un précédent festival et ils ont su transmettre leur goût du silence. Au départ, le danseur et l’écrivain ne se connaissent pas et ils apprennent à travailler ensemble pour les besoins du spectacle. Les rencontres de Concordan(s)e donnent naissance à des résultats surprenants et engendrent de belles mutations, telle la transformation des robes de chenille, avant qu’elles ne deviennent chrysalides.

La théorie du complot : un banc public pour faire asseoir les peuples

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 08 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Côté actualité

 

Un autre ciel, un autre jour. Le fleuve le plus long du monde est Internet. Il coule hors du temps, d’un méridien à l’autre, gambadant sur les créneaux et les insomnies. De quoi y parle-t-on chez nous dans nos têtes ? du complot. Cette vaste théorie qui permet de ne rien faire, de juger le monde sans se juger, de parler pour ne rien dire et dire pour ne rien faire et accuser sans s’accuser et s’expliquer sans agir. La théorie du complot est la théorie favorite du monde dit « arabe », partout, depuis quelque temps. Tout ce qui se passe et se passera, selon les « complotophiles », est l’œuvre du sombre juif, du sionisme mondial, de l’Occident, des ennemis de l’islam ou du Club universel occulte, des forces noires, des enfants de De Gaulle, de la CIA. Rien n’est notre faute à nous qui tuons nos terres par nos mains et nos crachats. Nous sommes tous manipulés et notre intelligence se limite à le signaler tout le temps au lieu d’en changer l’état. Car le théoricien de la « manipulation » ne fait rien contre la « manipulation » sauf répéter que c’est une manipulation. C’est une règle.

Tunisie des lumières : Haddad, Masika, Ben Achour, Bourguiba...

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 07 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Côté actualité

Avec une superficie 14 fois plus petite que celle de l’Algérie, 10 fois plus petite que celle de la Libye et deux fois et demi moins que celle du Maroc… la Tunisie est un grand pays. Une terre faite de songes et de symboles. Un pays est grand, non pas par son immensité géographique ou par le nombre de têtes de sa population, mais par le génie de ses habitants. Par l’intelligence approuvée à travers son Histoire par ses élites politiques, culturelles et religieuses éclairées, la Tunisie fait partie de ces pays des grands. La Tunisie est le pays du « vivre ensemble ». D’hospitalité. De parfum de vie. De respect de l’autre. De différence.

En guise d’une leçon immortelle, l’histoire de la musique, du théâtre et de la résistance culturelle des années trente, a inscrit en lettres d’or le nom de Habiba Msika (1903-1930), artiste tunisienne juive. Elle était aimée jusqu’à l’adoration par tous les citoyens tunisiens, toutes religions confondues. Sa mort tragique, tuée par un amant jaloux, un juif tunisien, a mis tout le pays dans la tristesse et la peine. En signe de respect, image forte de la culture de la citoyenneté, le jour de son enterrement, les Tunisiens en foules étonnantes, ont accompagné son cercueil vers sa demeure dernière. Ont prié sur son âme. La citoyenneté avant la religiosité est le principe fondateur de la personnalité tunisienne. Précocement, l’enterrement de Msika fut un barrage contre toute culture d’exclusion, de xénophobie ou d’inquisition.