Identification

Les Chroniques

Le directeur de nuit, John le Carré au sommet de son art

Ecrit par Jérôme Diaz , le Samedi, 21 Février 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

« Pour moi c’est plutôt à un spectacle de marionnettes que le monde m’a toujours fait penser. Mais quand on regarde derrière le rideau et qu’on lève les yeux pour voir jusqu’où remontent les ficelles on s’aperçoit qu’elles aboutissent dans les mains d’encore d’autres marionnettes qui tiennent elles-mêmes leurs propres ficelles et que ces ficelles-là viennent à leur tour de plus haut et ainsi de suite. Dans ma propre vie j’ai vu ces ficelles dont les origines sont en nombre infini mettre en scène la mort de grands hommes dans la violence et la folie. Mettre en scène la ruine d’une nation »

Cormac McCarthy, De si jolis chevaux

 

« La première chose qu’on apprend sur les marchands d’armes, c’est qu’ils sont toujours des gentils. Les méchants sont à l’autre bout du monde, et les gentils ne les toucheraient même pas avec des pincettes » : l’introduction donne le ton.

Verbe malicieusement piquant et savoureusement assassin, intrigue labyrinthique, humour british à plein régime, conscience aigüe des « affaires du monde » et des êtres, Le directeur de nuit (1) (The Night Manager) publié en 2003 par John le Carré, le Cinq Etoiles du roman d’espionnage britannique, anti-James Bond par excellence, est… une tuerie.

# 2 - le pull orange

Ecrit par Marie du Crest , le Vendredi, 20 Février 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

 

J’ai revu Un Batman dans ta tête au Théâtre Ouvert. Mathieu ou Thomas dans la baignoire matricielle de sa mère ogresse : celle qui crie les cris. Il y eut un entracte, une pause durant laquelle on bavarde, on prend un verre, encore tout habités par ce que l’on a vu et écouté. Après Batman, il y a Sauver la peau ; même auteur (David Léon), même metteure en scène (Hélène Soulié), même solitude du monologue et presque même durée (1h15 environ), symétrie entraînant d’ailleurs des coupures dans le texte de David Léon. Mais Mathieu, l’enfant en short, qui parlait depuis sa mort, ses cendres, a laissé la place à son grand frère. Manuel Vallade a succédé à Thomas Blanchard, sous la coupole de métal. Adulte en pantalon noir et pull-over orange aux traits apaisés, presque souriant.

Chemins de lectures (21) - Roland Barthes nous manque

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Février 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED, Côté Philo

 

En cette année anniversaire, il nous faut bien constater que Roland Barthes nous manque. Terriblement. C’est là un manque qui fait béance, tant notre époque – disons celle qui débute avec ce XXIème siècle qui s’annonce chaotique et illisible – aurait un besoin immense des outils de sa pensée et de l’acuité de son regard. Les outils, on peut penser que nous les avons. Mais que sont-ils sans son regard ?

C’est là le propre de la pensée de Roland Barthes : ce n’est pas un prêt-à-porter. Ce n’est pas non plus un « système » de lecture. C’est une myriade de pistes, de directions, de méthodes pour voir le monde, le langage et les analyser. La genèse linguistique du travail de Barthes a laissé le champ ouvert aux syntagmes, paradigmes, morphèmes d’une œuvre polymorphe et éclatante d’inventivité. Il n’y a pas de pensée-Barthes, il y a une intelligence-Barthes et c’est à la fois sa grandeur et sa difficulté.

Quand on lit S/Z ou Mythologies ou Fragments d’un discours amoureux, on sent bien que l’on n’a pas à faire à des œuvres de « philosophe », c’est-à-dire de faiseur de monde clos. L’écriture de Barthes est traversée par l’élégance poétique, par des illuminations littéraires, par un souffle qui se situe bien au-delà de la raison raisonnante.

Soumission, livre-manifeste

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mercredi, 18 Février 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Soumission repose sur une vision pessimiste d’un Occident arrivé à son déclin, menacé d’être submergé par l’ampleur des vagues successives de populations immigrées, principalement musulmanes.

Pour Michel Houellebecq la situation est suffisamment préoccupante pour qu’il tire sans plus attendre la sonnette d’alarme sur cette « colonisation musulmane » (p.68), et « les Indigènes européens » applaudissent, mouvance identitaire essaimée dans toute l’Europe du nord au sud, et d’est en ouest. La toile de fond du roman est là, et elle constitue le sujet principal. Les personnages évoluent devant un faire-valoir. Il y a bien un narrateur, mais c’est pour éviter à l’auteur de rédiger un manifeste de résistance à l’islamisation. Cette esquive lui permet d’écrire un roman de politique-fiction à la portée de tous, d’autant que nombre de personnages sont réels, comme Bayrou ou Pujadas. Le message du livre est bien clair : nous allons vers la prise du pouvoir politique par un parti musulman si nous ne lui opposons dès maintenant une résistance adéquate.

La visibilité de l’image, Histoire et perspectives de l’esthétique formelle, Lambert Wiesing

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mardi, 17 Février 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED, Côté Arts

 

La visibilité de l’image, Histoire et perspectives de l’esthétique formelle, Lambert Wiesing, éd. Vrin, décembre 2014, traduit de l’allemand par Carole Maigné, 320 pages, 30 €

Qu’est-ce que la Beauté ?, René Villemure, Ebook, 2011

http://www.chasseursdetendances.net/ http://www.ethique.net/index.php/fr/

Photos ebook reproduites, Marc Michiels

 

Qu’est-ce que la Beauté ? / La visibilité de l’image, Editions Vrin

 

« La chair du monde décrit la visibilité et le devenir visible des choses même ».

B. Waldenfels