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Les Chroniques

Quand la langue française s'algérianise ! par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 12 Mai 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

La littérature algérienne de langue française se porte bien. Elle est en bonne santé. La preuve est là : félicitations à l’écrivain et journaliste Kamel Daoud pour le prix Goncourt du premier roman qu’il vient de décrocher cette semaine. Cette distinction est une fierté pour l’Algérie littéraire et culturelle. Même si, en Algérie, les clowns insultent les meilleurs de nos enfants, ces derniers trouveront toujours le chemin de la gloire.

Si, avec grande tristesse, nous avions perdu ces derniers mois deux grands écrivains : Assia Djebar et Malek Alloula, la scène littéraire internationale nous confirme que la relève est assurée. Et la distinction de Kamel Daoud en est la preuve. Une nouvelle génération littéraire, doucement et avec aisance, s’installe dans l’imaginaire international. Dans la lecture universelle. Dans l’attente du lectorat. Si la première génération d’écrivains algériens de langue française, celle des années 1950, a été élevée dans la souffrance coloniale, dans l’humiliation, dans la pauvreté, dans la guerre de Libération, de son côté, la nouvelle génération, celle des années 1980, est née et forgée dans l’amertume nationale. Dans la déception. Dans la guerre des frères. Dans le sang. Dans la résistance au fanatisme islamique. Cette génération, il faut le signaler, n’a fait que le chemin de l’école algérienne. Elle est la victime des retombées d’une arabisation enrhumée et islamisée. Elle a grandi, elle s’est formée sous le règne d’un régime de plomb cimenté d’une culture Jdanovienne.

A propos de "Tu pars, je vacille", Serge Ritman

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 07 Mai 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Tu pars, je vacille, Serge Ritman, éd. Tarabuste, 2014, 176 pages, 18 €

 

Serge Ritman ou Là où ça commence

C’est devant un livre innovant et bien fait que je me suis, comme lecteur, déplacé d’une page à l’autre, comme en une sorte de « roman-poème », dont je veux faire état dans ces lignes. Et il n’y a qu’un moyen de résumer mon sentiment : la nouveauté. Oui, quelque chose qui danse au milieu des strophes, souvent hantées par des sixains, poèmes sujets à des substitutions de soi jusqu’au vacillement, substitutions de la langue qui, avec des trous, ouvrent l’univers poétique de l’auteur. Donc, il faut lire les poèmes comme là où ça commence.

Est-ce inspiré d’Artaud ou de Joyce, ce qui serait à la fois écrasant et magnifique ? Nonobstant, ce livre est un livre qui cherche. Par exemple, avec le jeu de la graphie – des sixains, des phrases centrées, des parties en prose, des décalages de mots, des calligrammes… – ou encore avec la citation d’œuvres ou de grands noms de la littérature, de la musique ou de la peinture notamment. Comme l’indique l’auteur :

Je répète avec tous les trous de reprise

Hommage à la revue Europe

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 06 Mai 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« Il faut saluer […] l’entreprise éditoriale d’Europe » qui, dans ses numéros, « allie tout à la fois création dans sa plus haute intensité et exégèses plus ou moins libres, c’est-à-dire plus ou moins affirmées dans une non-distanciation épousant la singularité et l’émotion – paraissant suivant les entrelacs du style – de leur auteur, exégèses créatrices qui ont pour vocation d’élucider notre rapport aux œuvres, souvent contemporaines, en l’approfondissant considérablement », écrivions-nous en juillet 2011 dans Terre à ciel, et cela reste, bien évidemment, vrai.

Alors qu’Europe a passé il y a peu le cap de son 1000e numéro, il nous paraît opportun de lui rendre ici hommage.

« [A]vant-garde de l’hospitalité », elle est promesse à chaque numéro d’éblouissements durables. Nous invitant à cheminer en son sein, dans l’ordre qui sied à notre rêverie, au hasard, à nos attentes. A cet égard, Europe s’affirme bien véritablement, mois après mois, année après année, comme une revue, dans le sens le plus abouti, le plus incandescent du terme. Comme l’écrit bellement Jean-Baptiste Para en ouverture du 1000e numéro, « une revue peut à certains égards se comparer à un bouquet – l’ikebana japonais ? –, lequel n’est pas une addition d’unités florales mais une composition. Il s’en dégage une forme et un esprit d’ensemble.

Azadi, Saïdeh Pakravan

Ecrit par Pauline Fouillet , le Mardi, 05 Mai 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

Azadi, Saïdeh Pakravan, Belfond, janvier 2015, 439 pages, 19 €

 

Depuis combien de temps n’avais-je pas lu de texte aussi fort, aussi fin et aussi génial ? Un texte tellement intense que malgré les émotions qui me dévastent, je ne peux lâcher le roman et laisse couler mes larmes à torrent. J’ai l’estomac secoué, le cerveau en vrac et des images plein la tête. Mais je poursuis la lecture – il le faut ! – c’est devenu vital !

Azadi, c’est la liberté et plus précisément ici, la place de la liberté de Téhéran, là où tout commence. Nous sommes en 2009, au lendemain des élections présidentielles qui ont vu Mahmoud Ahmadinejad reconduit à son poste. En Iran, plus personne ne veut de lui et de sa République Islamique répressive. Pourtant, il est réélu dès le premier tour à presque 63% des voix. Pour la première fois depuis la mise en place de ce gouvernement strict, le peuple se rebelle et c’est avec une volonté de changement sur un mode pacifique que s’organisent des manifestations. Bien évidemment, l’État en place ne voit pas cela d’un bon œil et réagit en conséquence.

Entre ici D’Ormesson !

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Jeudi, 30 Avril 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Jean d’Ormesson entre dans la Pléiade ! Il la joue modeste comme il sait si bien le faire depuis quarante ans tandis que ses détracteurs (des jaloux ou des inconscients !) fulminent contre cet alerte nonagénaire qui écrit son dernier livre chaque année depuis quinze ans avec force citations grecques, latines, saint-augustinesques et même, quelquefois, des phrases qu’il invente tout seul.

Mais ce n’est que justice : selon un récent sondage il est le troisième écrivain préféré des Français, le premier se nommant Victor Hugo. C’est un peu dur pour tous les autres, les Balzac, Zola, Stendhal, Maupassant, j’en passe et des moins bons. Sans compter les Racine, Molière, Baudelaire, Musset, Rimbaud et consorts, car les auteurs dramatiques et les poètes sont aussi des écrivains. C’est dur pour ces immenses écrivains de se voir ainsi distancés par le prestigieux auteur d’Au plaisir de Dieu. Et je ne parle même pas des géants à la mode : Michel Houellebecq, Valérie Trierweiller ou Eric Zemmour.