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Les Chroniques

Une lecture de "Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre" d’Élisabeth Roudinesco

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mardi, 28 Avril 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre, Seuil, septembre 2014, 578 pages, 25 €

 

La psychanalyse sous le signe de l’ambivalence

 

Le dernier livre d’Élisabeth Roudinesco a pour vocation « d’exposer de manière critique la vie de Freud », démarche nécessaire tant pour désavouer ses hagiographes que pour dénoncer rumeurs et contre-vérités entretenues par le « Freud Basching ».

Mais à travers la biographie, le livre invite à réfléchir sur la nature de la psychanalyse. Qu’est-ce que son créateur a voulu qu’elle soit et qu’elle ne soit pas alors même que, au fur et à mesure de ses publications et de l’expansion de son invention à travers disciples et dissidents, elle lui échappe ?

La psychanalyse est dès le départ selon la biographe « un acte de transgression », « une discipline bizarre, une combinaison fragile unissant l’âme et le corps, l’affect et la raison, la politique et l’humanité ». Freud ne serait-il donc pas, comme il se présente, « l’inventeur d’une véritable science de la psyché » ?

MAY B. ou M comme Maguy Marin et B comme Beckett

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 27 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Reprise du spectacle de Maguy Marin au Ramdam à Sainte Foy les Lyon du 7 au 11 avril 2015

A Christian Verdier

 

Dans une menuiserie désaffectée, transformée en plateau, salle de spectacle et centre de création par Maguy Marin, perdue dans ce qui reste de campagne autour de Lyon, dix personnages, cinq femmes et cinq hommes, alors que la nuit n’est pas encore tombée et que la lumière du jour traverse encore les verrières, attendent immobiles et silencieux, solitaires, ou en petits groupes. Qui sont-ils, ces êtres sans âge, ces loqueteux poussiéreux, au corps, et vêtements plâtreux ? Au regard charbonneux pour certains. Des danseurs de buto, à la peau blanchie ? Des mimes que le langage a oublié ? Des couples dérisoires embarqués dans la valse de la fête foraine ? Des modèles d’un sculpteur absent, cachés sous du chiffon, des esquisses ? Ils attendent que le mouvement, la danse les emporte. Ils sont entre ce qui a fini déjà, et sera enfin fini. Ils recherchent les mots, la musique et le geste de la marche, celle des sculptures de Giacometti. Coup de sifflet impérieux et ils se mettent à bouger.

A propos de "Un pays à l'aube" de Dennis Lehane

Ecrit par Jérôme Diaz , le Samedi, 25 Avril 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Un pays à l’aube, Dennis Lehane, Rivages Thriller, 2009, 759 pages

 

Entre Germinal et Il était une fois en Amérique

Faudrait peut-être que quelqu’un envisage de nous payer correctement, merde ! Qu’est-ce donc : des propos extraits d’un tract militant ? L’accroche d’une affiche pour une manifestation ? La dernière vitupération de quelque « responsable » politique ? Du tout. Ce cri est tout simplement poussé par l’un des personnages d’Un pays à l’aube (1) (The Given Day), magistral roman historique signé Dennis Lehane. En nous plongeant dans le vif des émeutes de 1918-1919 et la grève des policiers de Boston aux Etats-Unis, l’auteur-vedette de Mystic River, Gone Baby Gone, Shutter Island ou récemment Quand vient la nuit, remonte le temps pour plonger son lecteur dans un pan méconnu d’histoire. Et lui redonner vie.

Deux livres à peine lus : textes et prétextes par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Jeudi, 23 Avril 2015. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Le pays des deux livres. L’un dicté par le ciel, l’autre dicté par une chaise. Celui du ciel est connu, dit, répété, psalmodié, mal compris, pas compris, imposé, détourné comme un avion, précipité sur les gratte-ciels ou les femmes ou les individus ou les libertés. Le livre du ciel ne sert pas, à certains, à éclairer le monde mais à le brûler, désormais.

Il suffit de regarder l’actualité : premier autodafé inversé de l’histoire : on use d’un livre pour brûler le monde, pas le contraire. Son premier mot est « Lis » depuis l’éternité prononcée. Parce que le désastre de l’analphabétisme semble être intemporel dans nos géographies : il fallait l’intervention d’un Dieu pour pousser les gens à lire !

Et cela semble n’avoir pas suffi quand on regarde Daech, El Qaïda, la campagne contre Benyounes ou le retour du FIS et la tenue du Sultan de l’AIS qui a avoué un meurtre à la télé sans faire bouger personne, sauf Ouyahia qui lui a servi du thé.

Le second livre, celui dicté par la chaise, est la Constitution. Femme violée, livrée, piétinée, semelle votée, loi fondée et dévergondée. A quoi cela sert une constitution dans les pays dits « arabes » ? A rire jaune puis à faire semblant de lire.

Comment devient-on un tueur pour la bonne Cause ?

Ecrit par Daniel Sibony , le Mercredi, 22 Avril 2015. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Beaucoup ont du mal à comprendre qu’un homme puisse tuer et se tuer pour une grande cause, une religion une idéologie. Pourtant le phénomène existe, mais leur résistance à le comprendre semble être leur façon de dire : nous n’avons avec cet homme aucun point commun, aucune identification. Voilà qui est peut-être à leur honneur, mais qui n’aide pas à y voir clair. On doit pouvoir identifier des choses avec lesquelles on n’a « rien à voir », a priori.

Donc, pour éclairer ce phénomène, partons de la pulsion de lien (1), qui fait qu’un homme a besoin de liens pour vivre, de liens qu’il considère comme vivants, qui lui épargnent la sensation pénible d’être seul au monde, et qui nourrissent son être au monde par le contact avec un groupe qui lui donne un peu de chaleur, de présence humaine. Cet homme peut donc rejoindre un groupe qui lui fournit de l’appartenance, qui peut même le mettre en scène et en valeur. Imaginons qu’il ait rejoint dans les années 50 un parti communiste. Il en reçoit, à tort ou à raison peu importe, le sentiment de lutter pour abolir l’injustice, l’exploitation, etc. Tout en jouissant du coude à coude fraternel avec ses camarades, il accède à ce qui distingue son groupe des autres, par exemple à la haine qu’il nourrit envers « l’ennemi de classe », les « agents du pouvoir », etc.