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Les Chroniques

Souffles. Les enfants ont grandi !

, le Lundi, 09 Avril 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Les enfants ont grandi ! Ceux qui sont nés au premier lever du soleil, du premier jour de l'indépendance, ont aujourd'hui cinquante ans ! Depuis que le coq du village a chanté l'heure de l'aube de l'indépendance, quelques rêves ont vieilli ! D'autres se sont rouillés ! D'autres encore ont fleuri ! Nos grands-pères, nos pères, littéraires ou génitaux, tous, un jour ont pris le chemin vers le levant pour récolter les étoiles ! La liberté ! Ils avaient une autre image de l'Algérie. Leur Algérie. Ils l'avaient imaginée libre, plurielle et moderne. Un demi-siècle après, et depuis le lancement du premier youyou d'une femme aux pieds nus noyés dans la boue, la tête et le cœur dans la liesse, je me demande : vivons-nous dans le rêve qui hantait cette femme, vivons-nous le symbolique de ce youyou d'indépendance ? Certes, cette femme campagnarde analphabète vénérait, comme toutes nos grands-mères et nos mères, la lumière de la lettre “el harf”.

Aujourd'hui nous avons huit millions d'écoliers, peut-être un peu plus, mais la quantité ne fait pas le rêve de cette femme-là. L'école est sinistrée et la femme au youyou est abattue. Certes, parce qu'elle apprenait des centaines de contes et des histoires fabuleuses, cette femme au youyou aimait le voyage, imaginait ses enfants et ses petits-enfants partir un jour visiter le monde, celui installé sur l'autre rive. Mais cette femme au youyou n'a jamais imaginé qu'un jour d'indépendance, ses enfants seront offerts aux requins et au sel de la mer. Et la femme au youyou est triste.

Chemins de lectures (12) Joyce, le début de la fin ?

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Avril 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED


James Joyce constitue un cas à part dans la littérature mondiale. (A peu près) tout le monde le connaît, au moins de nom. (A peu près) tout le monde dit que c'est un immense écrivain. Si vous grattez un peu, vous vous apercevez très vite que très peu l'ont vraiment lu. Ou, s'ils l'ont fait, c'est un livre voire un bout de livre. Et il est rare qu'ils y aient pris vraiment du plaisir ! Voilà qui pose question. Comment peut-on à la fois considérer Joyce comme un écrivain majeur du XXème siècle et sentir, confusément, que sa lecture n'est pas toujours un moment de bonheur pour ceux qui s'y consacrent ?


Nous sortons souvent de Joyce un peu... lessivés ! La traversée d'« Ulysses » est une expédition hasardeuse (osons la métaphore homérique). J'ose à peine parler de « lecture ». Joyce nous emmène avec lui dans un furieux combat avec la langue. Ou « contre » la langue. Et c'est pire encore avec ses œuvres tardives, « Finnegan's Wake » en particulier. Une question surgit jusqu'à l'obsession quand, au gré des lectures de Joyce, on revient, comme je viens de le faire, à son « Dubliners » (« Gens de Dublin »). Je pense en particulier à la nouvelle intitulée « The Dead » (« Les morts »).

Chronique du sel et du soufre (Avril 2012)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mercredi, 04 Avril 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

L’inattendu retour de Gustave Thibon


La collection, « Les Dossiers H », qui s’ouvrait avec un spécial Léon Bloy, est prestigieuse. C’est l’inoubliable Dominique de Roux qui la créa en 1961 et la suivit jusqu’en 1973. Puis Jacqueline de Roux prit le relai avec pertinence et opiniâtreté.  En fait, « Les Dossiers H » sont  la suite logique des « Cahiers de l’Herne ». Dans la série, parmi les plus réussis des épais volumes consacrés à chaque fois à un écrivain « spirituellement » majeur, j’aime conseiller les relectures passionnantes  de Pierre Boutang, de René Daumal, de René Guénon, du franc-maçon Joseph de Maistre, ou encore d’Alexandre Vialatte ou d’Ernst Jünger.  Toujours est-il que vient de paraître et d’apparaître en librairie  une somme de 65O pages (grand format !) entièrement vouée à la résurrection imprévisible de Gustave Thibon, soudainement « sorti » de son « purgatoire » injuste, et replacé en pleine lumière du vivant  grâce à l’impeccable et fervente érudition de Philippe Barthelet qui a su  mettre en valeur l’indépendance de  Gustave Thibon, lequel  « n’est le disciple de personne, ni dans l’ordre intellectuel, ni – puisque le français distingue les deux – dans l’ordre spirituel » (sic).

La cause buissonnière : lisez jeunesse ! (1)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 31 Mars 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED


Il est des histoires que l’on ne se lasse pas de lire et de relire et d’autres, si souvent transposées qu’on les juge galvaudées ou devenues insipides. « Le Petit Chaperon rouge » fait partie de ces rengaines si familières qu’on y devient allergique ou qu’on lui préfère ses pastiches, ses réécritures en diverses couleurs, à diverses époques... ou ses adaptations en cartoon ou film d’animation.

Mais revenons à notre galette : Charles Perrault offrit à ce conte sinistre une fin sans appel, le loup dévorant avec délices une mère-grand et le chaperon lui-même. Avertissement de l’auteur : jeunes enfants et surtout jeunes filles « font très mal d’écouter toute sorte de gens » ! Avertissement redoublé d’une deuxième moralité encore plus impitoyable et qui signale que « tous les loups ne sont pas de la sorte » de ce méchant mangeur d’hommes, « que ces loups doucereux / De tous les loups sont les plus dangereux ». Cette chute sauvage - et son cortège de moralités - a été remplacée, chez les frères Grimm, par l’arrivée chevaleresque d’un bûcheron qui s’empresse d’ouvrir les entrailles de l’animal pour en faire sortir les deux parentes vives et intactes et d’y fourrer des pierres.

"Les Borgia" de Klabund : Messe amère

Ecrit par Elisa Amaru , le Vendredi, 30 Mars 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED


C’est un fait, le mal fascine. Plus, voire mieux que le bien et son chapelet de bonnes actions. Question de logique. Car, enfin, pour rester dans le moderne et sans parler avatars, hypostases et ponérologie, que serait « Star Wars » sans son super-méchant asthmatique chatouilleux de l’égo ? Quel intérêt présenterait « Le Silence des Agneaux » sans son psychiatre cannibale suintant la supériorité intellectuelle ? Et Tolkien, aurait-il lancé nains, elfes et hobbits sur la piste de l’Anneau sans avoir d’abord pensé une force suffisamment maligne pour justifier à eux tous leur quête ? Question de logique. Question de regard aussi. On le voit, dans chaque cas, la figure néfaste, maléfique d’une œuvre sert tout à la fois de moteur, de levier, d’excuse, de prétexte aux mille bras narratifs qui d’elle ne manqueront pas de s’écouler. Elle incarne l’imperium autour duquel le chaos de la fable s’organise. Car c’est dans l’épaisseur, la constante versatilité du noir que résident les couleurs chamarrées du prisme, le nuancier extatique contre lequel l’homme se définit, se teste, se met à l’épreuve. Au juste, qu’est-ce que le mal ? C’est peut-être cette question toute bête que « Les Borgia » de Klabund (sorti cet automne aux éditions Max Milo), tente de définir à la pointe acide du stylet.