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Les Chroniques

La chronique du sel et du soufre (Décembre 2012)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mardi, 11 Décembre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Un bijou pour les fêtes…

Brèves de rêves, Frédérick Tristan, Ed. Pierre-Guillaume de Roux, 23 €

 

En 1983, il lui fut attribué le prix Goncourt pour son roman Les Égarés. La dernière fois que je l’ai rencontré, c’était dans une église bondée, à l’enterrement de la poète Ghislaine Amon (Raphaël George), lors de la signature du Livre des mémoires…

Et voilà que vient de paraître Brèves de rêves, juste avant les fêtes de Noël et de la fin de l’année. Frédérick Tristan signe des récits brefs comme des poèmes symboliques et réussit à nous emporter dans cette « surréalité » qui faisait écrire en 1924 à Louis Aragon : « la surréalité, rapport dans lequel l’esprit englobe les notions, est l’horizon commun des religions, des magies, de la poésie, du rêve, de la folie, des ivresses et de la chétive vie, ce chèvrefeuille tremblant que vous croyez suffire à nous peupler le réel ».

Des livres à la porte des saisons

Ecrit par Elisa Amaru , le Lundi, 10 Décembre 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

 

« Les portes sont parfois faites pour être forcées afin que l’air pur circule entre les colonnes du temple », attribue-t-on au sage Salomon. Cette étrange parabole en forme d’énigme déclenche chez quiconque l’entend une soudaine décharge d’intelligence. C’est  à peu de choses près un sentiment identique qu’engendre la lecture d’« Ethnologie de la porte », essai livresque de Pascal Dibie, sorti à la rentrée des presses Métailié. L’entreprise, ambitieuse, n’en est pas moins récréative : brosser un large tableau de « ce qui sort » et de « ce qui entre » à travers « la porte » grâce aux us et coutumes, superstitions, croyances, rites, traditions et folklores tourbillonnants des sociétés humaines. Ajoutons à cela que Pascal Dibie n’est pas un courant d’air dans le milieu. Professeur d’ethnologie à l’Université Paris Diderot-Sorbonne Paris Cité, il a déjà composé « Ethnologie de la chambre à coucher », « La Tribu sacrée : Ethnologie des prêtres », et de plus, dirige pour Métailié la collection « Traversées », forte d’une cinquantaine de titres.

Madame Bovary, maniaco-dépressive ?

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 08 Décembre 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

On a tous nos humeurs ; la bonne – recherchée, se faisant rare de nos jours – la mauvaise, devenue si banale, facteur d’explication de tout un peu. Le bonheur, la tristesse ou la colère de nos « hauts et de nos bas » finit par se confondre avec notre quotidien : « je suis basse, aujourd’hui ; moral dans les chaussettes ! ». Rien à voir, pourtant avec ces autres hauts, ces autres bas : ceux d’une personne atteinte – dûment repérée médicalement – d’une maladie bipolaire, ou manie dépression ; alternance pathologique de périodes d’accélération, d’intense exaltation, avec des dépressions abyssales. Causée par des modifications de la chimie du cerveau, avec, du coup, incriminée, une combinaison de gènes à caractère familial, c’est, de nos jours une maladie invalidante, sévère, mais rémissible et traitée.

Flaubert, en écrivant son « Madame Bovary », en a fait un prototype de dépressive – bien autre chose, déjà, qu’une simple déprimée. Quand on dit de quelqu’un : « c’est une Bovary », s’inscrit aussitôt en fond d’écran la mélancolie d’une province qui s’ennuie ; un automne trop mouillé, le soir qui tombe tôt, le silence qui entrecoupe de chiches conversations au coin d’une cheminée, dans laquelle le feu s’étiole aussi ; l’insupportabilité des lieux, des choses, des gens… bref, tout ce qui fait qu’on « bovaryse ». Mot, du reste, réservé au genre féminin, associé, sans doute dans l’imaginaire collectif, aux fluctuations brusques et imprévisibles de l’humeur, aux larmes (non, aux pleurnicheries), à l’instabilité… alors que le mâle, lui, est solide et raisonnable, accroché au réel – l’autre, décrochant et rêvant…

Un papillon à insérer

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Samedi, 08 Décembre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Avant le grand départ, il m’avait bien fallu réfléchir aux points de ravitaillement en livres. Tel un coureur de fond, je n’envisageais pas de partir avec toutes mes provisions sur le dos. Elles ralentiraient évidemment ma route et, à coup sûr, le risque était grand que je ne les mangeasse toutes avant d’avoir franchi la ligne d’arrivée. Les marathoniens sont en fait des boulimiques dont il faut absolument gérer l’alimentation. A leur image, si je partais avec 32 livres, je n’aurais rien vu du paysage pendant ces heures de train et me trouverais aujourd’hui dépourvue de toute lecture. Mais trouver des livres asiatiques traduits en français en Mongolie semblait aussi difficile que de tenir un régime végétarien dans un pays où le mouton bouilli est servi à tous les repas.

 

Donner vie à ses idées

Bollywood : l'or indien

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 05 Décembre 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED, Côté écrans

1) Bollywood : l’or indien

 

Devdas, le star-système indien

 

Devdas fait partie du cinéma dit populaire, à grand succès commercial, néanmoins de qualité, parvenu à la reconnaissance mondiale. C’est le film le plus coûteux de toute l’histoire du cinéma indien, avec la création originale de tous les décors. Devdas est à la fois le titre du film et le nom du héros.

Ce trompe-l’œil oriental doré, aux brillantes couleurs bollywoodiennes, est une œuvre qui a été sélectionnée à Cannes en 2002, et mise en scène par Sanjay Leela Bhansali, nommé meilleur réalisateur en 2003. Aïshwarya Rai Bachchan qui interprète Parvati, a été en 2003 la première actrice indienne membre du jury à Cannes. Shabukh Khan s’immisce intimement dans la peau de Devdas – Roméo indien –, éperdu d’amour pour Paro (Parvati) Radha – la pureté et Juliette… Le générique commence sur la maison de production Mega Bollywood, en lettrage doré, ce qui est explicite de la démesure de Devdas. Puis vient la dédicace « à mon père » sur fond rouge sang où les lettres et les noms s’inscrivent comme des tatouages, éclosent comme des signatures sur les images de la déesse Kali, entourée de femmes florales. Le premier mot prononcé est celui de « mère ».