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Les Chroniques

Voies de traverse (7) : Olivius (Editions de l'Olivier)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 01 Octobre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Aux éditions de l'Olivier :

Cul nul, Baraou et Dalle-Rive, 2012, 12 €

Les Filles de Montparnasse : 1. Un grand écrivain, Nadja, 2012, 24 €

Palacinche, Caterina Sansone et Allessandro Tota, traduit de l’italien par Aurore Schmid, 2012, 187 pages, 22 €

 

Les éditions Cornélius et les éditions de l’Olivier viennent de s’associer au sein d’Olivius pour lancer une collection de romans graphiques, initiée par la parution en octobre 2012 de trois ouvrages très différents, mais tous d’une égale qualité. Deux maisons en quête d’une même exigence et visant l’excellence. Une collection mettant en œuvre les qualités et les compétences de ses deux fondatrices.

Petites leçons de crimes : faites les poches !

Ecrit par Elisa Amaru , le Lundi, 24 Septembre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« Nous avons fait table rase de tout ce qui embarrasse un livre ; l’esprit, l’observation, l’originalité, l’orthographe même ; et ne voilà que du crime ». Voilà qui promet ! Et promeut, à la fin, une forme particulière d’art, qui coûterait au premier innocent venu quelques dizaines d’années de prison : le meurtre. Car, belle et bonne idée, la division « Labyrinthes » des Editions du Masque vient de commettre la réédition d’un petit bijou d’humour glauque, issu des noirs méandres d’un cerveau comme le XIXème siècle en produisait alors.

La fabrique de crimes de Paul Féval (1816-1887) égrène les bas faits aussi gratuitement qu’un procès-verbal taché des rinçures du cordial d’un condamné. Paul Féval, spécialiste du genre romanesque auquel il donna ses plus grandes lettres de commerce aux côtés de son compère Dumas, rompt ici avec la veine feuilletoniste qui fit Le Chevalier Ténèbre, La Fée des grèves, L’homme sans bras, Jean Diable, ou son succès le plus populaire Le Bossu, pour se pencher monstrueusement sur cette Fabrique de crimes. Qu’y voit-on ? Les vertus et menus plaisirs de la Faucheuse à l’œuvre, implacable et délicieuse construction narrative qui lie les cadavres à la pelle à raison de 73 meurtres par chapitre… pour seulement 157 pages. On aura été plus mal payé ! Et moins congrument régalé.

Le contre-Meursault ou l'Arabe tué deux fois

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 19 Septembre 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

« Bon Dieu comment peut-on tuer quelqu’un et lui ravir même sa mort ? C’est mon frère qui a reçu la balle pas lui ! C’est Moussa, pas Meursault non ? Il y a quelque chose qui me tue dans ce qui a tué mon frère. Personne, même après l’Indépendance, n’en a cherché le nom, le lieu, la famille restante, les enfants possibles. Personne. Tous sont restés la bouche ouverte sur cette langue parfaite et tous ont presque déclaré leur fraternité avec la solitude du meurtrier. Qui peut aujourd’hui me donner le vrai nom de Moussa ? Qui sait quel fleuve l’a porté jusqu’à la mer qu’il devait traverser à pied jusqu’au jugement dernier de sa propre religion ? Qui sait si Moussa avait un revolver, une philosophie, une tuberculose, des idées ou une mère et une justice ? Qui est Moussa ? C’est mon frère. C’est là où je voulais en venir. Te raconter ce que Moussa n’a jamais pu raconter, vivant ou tué. Mort ou coincé entre la mort et les livres. Est-ce que tu as le livre sur toi ? D’accord, fais le disciple et lis-moi les premiers passages. C’est pour toi que je te demande ça. Moi je la connais par cœur, je peux te la réciter mieux que Moussa si Dieu nous le renvoie pour trois jours. C’est un cadavre qui a écrit : on le sait à sa façon de souffrir du soleil ou de ne pas surmonter l’éblouissement des couleurs et les angles durs de la lumière. Dès le début, on sent ce salopard de Meursault à la recherche de mon frère. Pas pour le rencontrer mais pour ne jamais le faire. Tout le monde s’y est mis par la suite et depuis cinquante-six ans.

Shining, le Labyrinthe du dedans

Ecrit par Avi Barack , le Samedi, 15 Septembre 2012. , dans Les Chroniques, La Une CED, Côté écrans

 

Revoir, après des années d’abstinence, le « Shining » de Stanley Kubrick, a quelque chose du « déjà vu », bien sûr, mais surtout de la découverte absolue. Un peu comme si, de s’être détaché de la trame narrative depuis assez longtemps, de l’avoir intégrée dans sa mémoire inconsciente, nous libérait en quelque sorte de toute contrainte de lecture directe.

 

Fable onirique sur les entrelacs étranges de l’espace et du temps, conte pour enfants (dans son effroyable cruauté) tressé des fils de l’espoir et du malheur, « Shining » déploie les lignes parallèles d’une redoutable machine narrative et d’un conte symbolique à échos vertigineux. A la topographie centrale du Labyrinthe, métaphore hallucinée et hallucinante qui structure le film et son écriture, font pendants et miroirs les topologies croisées des relations entre personnages, du rapport d’un homme à son écriture (Jack Torrance se veut « écrivain ») et de la scansion alternée du temps et du désir humain.

La cause buissonnière (7) : Goodbye Berlin

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 14 Septembre 2012. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Goodbye Berlin, Wolfgang Herrndorf, traduit de l’allemand par Isabelle Enderlein (Tschick), Editions Thierry Magnier, mai 2012, 329 pages, 14,50 €

 

A l’image de sa couverture choc aux dessins stylisés percutants, noir et blanc mâtiné de rose fluo sur fond bleu électrique, Goodbye Berlin est un roman qui ne peut pas passer inaperçu. Sa lecture va vous remuer, vous coller une claque. Dans le bon sens du terme car on en redemande, de tels – premiers – romans d’une qualité pareille, maitrisés avec poigne et d’une humanité confondante.

Dès les premières lignes, le ton est donné, direct, désopilant ; on comprend que quelque chose cloche pour le narrateur, qu’on est arrivé au bout d’une longue série d’aventures, aboutie chez les flics : « Et là, je me suis pissé dessus de frousse. Maik Klingenberg, le héros. Et ça, alors que je sais même pas pourquoi je m’explique juste maintenant. C’était clair depuis le départ, que ça allait finir comme ça ». On ne s’attend pas à une happy end mais on a d’autant plus envie de savoir ce qui s’est passé et qui est ce Tschichatow dit Tschick, au patronyme bizarre, qui a disparu ?