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Les Chroniques

Italie, Le Grand Tour. Dans le miroir de la photographie au XIXe siècle

Ecrit par Odile Alleguede , le Jeudi, 13 Février 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Le « Grand Tour » désignait, au 18e puis au 19e siècle, les humanités touristiques dont les gens de la bonne société faisaient commerce pour parfaire leur savoir, leurs connaissances intellectuelles, et étancher leur soif d’évasion. Sous ces auspices dorés, à des époques de grandes transhumances humaines, partir à l’aventure n’était pas un vain mot. Pas plus que voyager ne se cantonnait à une partie de campagne, train-bateau, bateau-train…

Le Grand Tour et les témoignages ineffables de ceux qui l’ont vécu revivent aujourd’hui grâce à un très beau livre pertinent aux Editions Nicolas Chaudun. Orchestrée par Giovanni Fanelli (professeur d’histoire de l’architecture) et Barbara Mazza (docteur en histoire de l’architecture et directrice photo), l’entreprise éditoriale que proposent les Editions Nicolas Chaudun se borne au périple italien, de Turin à la Sicile, de Gênes à Florence, sans oublier Rome, Milan, Venise, Naples ou encore Bologne, la Campanie, la région des lacs, la Toscane et la plaine du Pô. Région du monde aimée des dieux et des hommes, la botte talonne de près l’Europe des Lumières où l’œil est flatté à chaque coin de ciel. Cette Italie de rêve se postait encore au carrefour des mentalités. Couloir de terre, voie naturelle au sortir de la France, de la Suisse, passage culturel obligé, réservoir à beautés, l’Italie était souvent pour le voyageur anglais, français, allemand, américain, l’avant-dernière halte d’un périple qui le conduisait vers la Sublime Porte, Constantinople.

Onfray ou la haine de la philosophie

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 11 Février 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

L’imposture « philosophique » continue. Après Platon, Freud, Sartre, voici Sade. Et c’était après la Bible, Dieu et autres babioles. Le fonds de commerce est vaste et les perspectives marchandes alléchantes. La machine commerciale de M. Onfray porte un nom, l’imposture, et consiste en un procédé, attaquer l’un après l’autre les grands fondateurs de la culture occidentale. Non pas que M. Onfray ait en ligne de mire la pensée occidentale, ce serait une ambition défendable. Il n’a en ligne de mire qu’une chose : lui-même et les têtes de gondole de la philosophie des grandes surfaces.

M. Onfray sévissait encore l’autre soir et toujours chez son inséparable FOG (Franz-Olivier Giesbert), celui-là même qui l’avait poussé sur le devant de la scène « anti-freudienne » il y a quelque temps. D’approximations historico-philosophardes en contre-vérités et banalités affligeantes (« Il vaut mieux être heureux que malheureux » « il vaut mieux être heureux ensemble que tout seul » « commençons le bonheur par le faire au coin de sa rue »), notre géant de la pensée a fini par mettre le pourtant expérimenté et placide Jacques Attali hors de lui : il a fini par hurler qu’Onfray était affligeant de banalités éculées et un menteur, un menteur et un menteur ! A défaut d’un grand moment de pensée on a eu au moins un bon moment de télé et des bribes de vérité.

Pourquoi lever le petit doigt ?

Ecrit par Kamel Daoud , le Lundi, 10 Février 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Magnifique verdict de EM Cioran : « On ne réfléchit que parce qu’on se dérobe à l’acte. Penser, c’est être en retrait ». Que dire ? Rien, il faut agir. Mais vers quoi ? Comment ? C’est l’angoisse de l’intellectuel algérien post-90 : il est le fils de la guerre d’où il n’est pas sorti vivant, ni mort. Seulement assis sur un banc. En retrait. C’est l’une des grandes réussites du régime et du doute national : la bleuite qui ne tue pas mais immobilise, paralyse ou exile. Car le piège avait été énorme et sans solution : se battre pour la démocratie se concluait par un pacte avec les islamistes. Se ranger du côté des militaires, c’était comme marcher sur son propre corps et ses convictions. A la fin, ni mort, ni vivant, seulement empaillé. Penser sans cesse à que faire. Comment faire changer un pays ? Le rendre viable pour l’arbre et l’enfant ? Comment faire barrage aux hideux et aux abuseurs de la nation, violeurs de toutes sortes ?

Comme aimer un pays et revenir avec de meilleurs sentiments vers un peuple qui semble trahir les clercs et les détester sans raisons ? Et comment aimer sa mère sans accepter le beau-père (le régime) ? Et comment faire quelque chose d’utile, de direct, de simple sans se faire récupérer, se faire frapper sur les doigts, se faire avoir ? Penser à ne pas penser, dit le faux Zen de la démission.

Bibliothèques. Une histoire mondiale, Citadelles & Mazenod

Ecrit par Elisa Amaru , le Mardi, 04 Février 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Quel amoureux de livres n’a jamais rêvé de vivre dans une bibliothèque ?

S’enfoncer dans la masse feuillue que représentent des milliers de volumes ? Gratter le sens sous l’écorce des mots ? S’enivrer d’une bruyante solitude ? S’étourdir de la valse des pages ? Le soir venu, rabattre la couverture sur ses nuits d’insomnie, et renaître au matin, un livre ou deux à la main ? Editeur d’art, Citadelles & Mazenod a ressuscité ce rêve de vieil enfant.

Bibliothèques. Une histoire mondiale est plus qu’un beau livre. C’est un (volumineux) carnet de voyage, par lequel prendre le pouls historique des livres à la mesure des lieux qu’ils imprimèrent, et continuent d’imprimer… Le bien-fondé d’une telle entreprise saute aux yeux. En outre, qui peut dire pourquoi la confrérie des éditeurs, dont le travail passe par l’artefact dédié, n’a pas eu l’idée d’une telle somme plus tôt ?!

Citadelles & Mazenod comble enfin l’attente de tous les passionnés, et excite celle des amateurs. Préparez-vous à un tour du monde en quelque 80 bibliothèques et plus de 20 pays à travers les époques, de la Mésopotamie au Japon technoïde…

Voies de traverse (11) - Figurae, Giorgia Fioro

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 30 Janvier 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Figuræ, photographies et textes de Giorgia Fiorio, introduction de Régis Debray, Actes Sud, novembre 2013, 176 pages, 30 €

 

Le sublime recueil Figuræ parachève et synthétise un projet porté pendant dix années par la photographe Giorgia Fiorio. Dans ce travail consacré à des figures d’hommes à part, appartenant à des communautés fermées, régies par des codes et des réalités méconnus, l’artiste se confronte à ce qui lui est inaccessible, cet autre si éloigné d’elle qu’elle ne peut qu’espérer l’appréhender.

Témoin parfois gênant, voire indésirable, elle pénètre dans ces univers du masculin qui abreuvent l’imaginaire collectif de leurs représentations caricaturales. Certes, le « mâle » déploie ici sa force, sa puissance, sa rudesse dans le labeur de chaque jour ; y révèle l’ampleur de ses efforts, l’esprit du groupe, le poids de la hiérarchie. Mais derrière, l’archétype se dévoile peu à peu, « dépouillé, l’individu, sa fragilité absurde », à travers ses diverses incarnations : du boxeur au pêcheur, du légionnaire au mineur, du marin au torero. Ici, nul artifice, nulle séduction, le corps se rappelle à nous, dans sa pesanteur, ses humeurs, sa simplicité.