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Les Chroniques

La chronique du sel et du soufre - septembre 2013

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mardi, 17 Septembre 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

UN ROMAN EXCEPTIONNEL : LE LIVRE DES SOURCES

 

A l’heure où la question primordiale des journalistes littéraires semble de savoir si Yann Moix gagnera le Renaudot ou le Goncourt avec son roman-fleuve Naissance (1), à moins qu’Etienne de Montéty, avec La Route du salut (2)…, nous préférons vanter cet insolite roman de Gérard Pfister de plus de 400 pages, exceptionnel, mystique, apocalyptique et inspiré, Le Livre des sources (3) qui est à nos yeux la bonne surprise de l’automne !

Le poète Gérard Pfister, qui a créé et  dirige les éditions ARFUYEN depuis belle lurette, réussit ici son « œuvre au rouge ».  Son roman historique, bien architecturé, impeccablement écrit, « ressuscite » avec brio cette énigmatique « Communauté du Haut-Pays » et interroge alors la haute spiritualité de Maître  Eckhart quand il  affirme : « Pourquoi chercher Dieu au ciel ou je ne sais où ? Il est en vous ! » la confrontant étrangement avec la doctrine d’Adolf Hitler s’exclamant : « Nous voulons des hommes libres, qui savent et qui sentent que Dieu est en eux ».

Ekphrasis 8 - La neige tombe sur Cherbourg

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 11 Septembre 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Elle vient juste d’avoir quatre ans, le 19 février 1959. Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy sortent en salle. Elle ne connaît pas Cherbourg mais elle a aimé Guy.

– Ça commence ainsi : « un film chanté en couleurs d’origine ». Générique. Des parapluies rouges, bleus, en contre-plongée, dansent en lignes, en diagonales. Ils sont d’énormes fleurs poussées dans les pavés humides de la rue. Parfois des marins en pompons, ceux qui traverseront tout le film, des passants en ciré jaune surgissent sur l’écran. Parapluies d’une vieille comédie musicale américaine ? Le trop petit parapluie bleu pâle de l’affiche sous lequel les amoureux se blottissent, heureux. Guy et Geneviève. Les parapluies de Cherbourg, la boutique de Madame Emery, le titre du film.

Soudainement, apparaissent en ligne six maléfiques parapluies noirs, prémonitoires.

Première partie : le départ.

Rentrée Littéraire 2013 : en faveur d’un certain art de livre

Ecrit par Elisa Amaru , le Mardi, 10 Septembre 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Bon, d’accord. Même si le terme galvaudé refleurit comme un marronnier chaque année, la rentrée littéraire, c’est tous les mois. Tous les jours, presque. Personne ne sait en général où donner de la lunette entre nouveaux titres, ressorties, reparutions, formats poche ou XXL, Pléiade ou Digest, éditions revues et augmentées, nouvelles publications annotées, exemplaires illustrés et traductions corrigées, alors en pleine cohue de rentrée littéraire, songez donc ! La preuve : sur 555 titres annoncés en plusieurs « salves » (aucun éditeur ne souhaitant marcher sur la couverture d’un confrère et griller toutes ses cartouches d’encre d’un coup), dont 198 romans étrangers et 357 français (parmi lesquels 86 premiers romans), combien de chroniqués ? La moitié ? Moins ? Ce n’est pas de la flemme de la part des critiques nationaux comme des écrivaillons des grands groupes aux dithyrambes troupiers (quoi ? le dernier Amélie Nothomb ? formidable !), non, c’est beaucoup plus insidieux et infiniment plus élaboré que cela. Il s’agit plutôt d’une lassitude faite d’habitude et d’accointance blasée avec le milieu, conjointe en temps et en heure avec l’actualité massive sur la scène littéraire de trois catégories d’auteurs. Ceux dont on a déjà et à maintes reprises parlé (Amélie sic) ; ceux dont on parlera (il faut bien changer, histoire de) ; enfin ceux qu’on a déjà oubliés faute d’y avoir d’emblée prêté attention.

La poésie élégiaque de Christian Bachelin

Ecrit par Jean Bogdelin , le Lundi, 09 Septembre 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

On n’ose plus dire d’une poésie qu’elle est lyrique. Le mot est devenu pire que ringard. C’est dommage.

Dans l’Antiquité le poète était représenté une lyre à la main. C’est normal, il récitait ses poèmes en s’accompagnant. Forcément, il y avait du rythme dans la mélopée qu’il déclamait. Il était populaire, et le bon peuple devait se retrouver dans ses ballades et ses romances, au point de fredonner sûrement par cœur, sans se forcer, juste pour le plaisir, certains des morceaux entendus. Le charme de la poésie s’installait à distance, preuve de sa force, par cette présence dans l’esprit, meilleure même que la longueur en bouche après dégustation de grands vins. Cela a duré au moins jusqu’au Moyen Age et la Renaissance, puis le lyrisme, sans doute par ses excès, notamment avec le Romantisme, n’a plus convaincu. De nos jours le poète, celui qui se prend au sérieux, a rejeté sa lyre, et a laissé aux autres le soin de continuer à séduire le peuple à un niveau supposé subalterne, occupé par les Ferré, ou les Brassens. Dire que la poésie n’a plus de public n’est pas vrai, puisque ces auteurs ont mis en musique, et chanté avec succès, Villon, Baudelaire, Apollinaire, ou Aragon.

Ekphrasis 5 - Le grand parasol multicolore

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 07 Septembre 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Le grand parasol multicolore


Le jardin en gradins est de l’autre côté de la paroi de verre. Un petit cabanon de bois bleu se dresse au centre comme sur une plage. Une jeune fille vend des boissons rafraîchissantes et des confiseries à ceux qui sont venus les voir. Nul ne peut entendre le bruit de la mer. Des tables et des sièges attendent les visiteurs. Boulevard Raspail. Paris. De loin, je les aperçois de dos ainsi que le reflet coloré de la grande ombrelle.

Couple sous un parasol. Matériaux divers, 300x 40 x 350 cm. Ils ont tous deux à peu près le même âge. Septuagénaires géants, retraités, installés sans vergogne au milieu de la grande salle d’une fondation d’art contemporain. Je ne peux pas m’approcher d’eux, leur adresser une tape amicale : Que faîtes-vous ici, en tenue de bain en plein Paris ?  Ils sont sculpture que l’on ne touche pas ; périmètre sacré délimité au sol par un trait gris épais, jalousement surveillé par un gardien jeune et sérieux. Je tourne autour d’eux sept fois. Un parasol leur sert de dais nuptial, légèrement incliné pour les protéger de l’absence du soleil imaginé par l’artiste. Jaune bleu rouge, pétales de toile et tige de métal blanchi.