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Les Chroniques

Camus contre Kamis, contre Larbi

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 05 Mars 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Mille vies pour l’écrivain qui est né dans une terre, mort dans une autre, qui n’a pas fait la guerre mais à qui on fait encore la guerre, qui a créé le meurtre absurde, mort absurdement dans un accident, qu’on accuse de ne pas avoir pris les armes mais la route, d’aimer sa mère, d’être un génie, un pied-noir, une main seule (qui n’applaudit pas) et un visage obscur.

Albert contre Larbi : le premier sans-papiers de l’histoire qui a mal fini et qui attend encore le regroupement familial entre ses deux familles. Il est Algérien par le droit du sol et français par l’histoire de la fin. On l’accuse de ne pas être FLN mais on veut le ramener vers le FN. On se l’arrache mais on se le déchire, on l’enterre mais il flotte sur les consciences. On le soupçonne d’avoir choisi de ne pas choisir et cela est mal vu de part et d’autre. Cinquante ans après, ou plus, on continue. Le Camus algéro-français continue à faire le gras de l’actualité à chaque fois que l’actualité s’emballe en France ou en Algérie. Camus dans ce cas est le premier produit de consommation interne de la France-Algérie. Citoyen dernier d’un pays qui n’existe plus alors que lui existe encore, seul, debout dans une gare maritime abandonnée. On le célèbre et il est convenu de dire qu’on le comprend mal, que c’est un malentendu, un procès, un étranger, un pestiféré, un exil, un envers du décor.

De l’idéogramme à l’écriture. Du figuratif à l’abstrait

, le Mardi, 18 Février 2014. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

A l’origine de l’humanité, la poésie – dit-on – se confondait avec la musique. Le dessin et l’écriture étaient un seul et même moyen d’expression. On commença par  représenter  les  chiffres, les premiers d’entre eux étant des bâtons, chacun représentant une unité. Nos lettres, quant à elles, étaient des dessins stylisés représentant la personne, l’animal, la chose dont on voulait parler. Ils devinrent des idéogrammes, parfois utilisés pour représenter les sonorités correspondant aux mots qui désignaient l’animal ou l’objet dont il était question. Puis, assemblés pour leur seule valeur phonétique, les idéogrammes devinrent peu à peu nos lettres, quittant la figuration pour l’abstraction, d’autant qu’il avait fallu ajouter aux signes utilisés pour leur valeur phonétique, d’autres destinés à préciser les genres ou les fonctions grammaticales.
Certains opposent les cultures, en Orient, le dessin serait plutôt issu de la calligraphie ; en Occident, le dessin aurait conservé son but premier de représenter le plus fidèlement possible la réalité des choses.
C’est là oublier que toutes nos écritures, même alphabétiques ou syllabiques, sont filles d’idéogrammes, dessins stylisés d’objets, d’animaux, de nombres. Ce qui est vrai, c’est que les caractères asiatiques étant tracés au pinceau ont pu évoluer plus facilement et rapidement de l’écriture au dessin.

A propos de Du côté de chez Drouant, Pierre Assouline

, le Samedi, 15 Février 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? »

Michel Host

 

Au sujet d’un almanach mondain


Qu’on me pardonne de me mettre en avant à propos d’une publication, mais je suis dans le texte : laisser sans réplique la sottise, le mensonge et la calomnie n’étant pas mon genre, une fois encore je dois parler du Prix Goncourt après avoir publiquement juré de ne plus jamais le faire (Sud-Ouest dimanche, le 27/X/2000).

Monsieur Assouline m’en fournit le prétexte qui, dans son récent non-livre Du côté de chez Drouant, se fait ses dents gâtées sur ma personne (et sur quelques autres) – cinquante l’avaient déjà fait avant lui – dans les termes suivants :

Souffles - Umma du « Livre » ou société des « livres » ?

Ecrit par Amin Zaoui , le Vendredi, 14 Février 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« Vous êtes nés avec des ailes. Vous n’êtes pas faits pour ramper, alors ne le faites pas. Vous avez des ailes. Apprenez à les utiliser et envolez-vous », Djalâl-Ud-Dîn Rûmî.

Quand les muftis, les fekihs s’impliquent dans le monde du livre littéraire et philosophique, cela signifie le chaos au sein de l’espace culturel et littéraire. Le désordre dans la société des lettres et des imaginaires. Les musulmans, toutes nations confondues, depuis l’après Al-kholafa’a rachidin (l’époque des quatre premiers califes) et jusqu’au 10è siècle (4è de l’hégire), ont vécu, sur le plan intellectuel, une période riche en débats philosophiques, littéraires et religieux.

Dans ce climat propice, la société musulmane a vu naître des tendances (Firaq, pluriel de firqa) philosophico-religieuses dont la pensée a été marquée par le respect de la différence, par le courage d’idées et par el ijtihad (effort d’interprétation).

Malgré les interdits, les censures et les lapidations qui ont frappé les penseurs, les littérateurs et les religieux désobéissants, dans leurs vies comme dans leurs écrits, l’histoire des musulmans a retenu une résistance intellectuelle exemplaire face aux diverses épreuves pénibles et amères.

Italie, Le Grand Tour. Dans le miroir de la photographie au XIXe siècle

Ecrit par Odile Alleguede , le Jeudi, 13 Février 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Le « Grand Tour » désignait, au 18e puis au 19e siècle, les humanités touristiques dont les gens de la bonne société faisaient commerce pour parfaire leur savoir, leurs connaissances intellectuelles, et étancher leur soif d’évasion. Sous ces auspices dorés, à des époques de grandes transhumances humaines, partir à l’aventure n’était pas un vain mot. Pas plus que voyager ne se cantonnait à une partie de campagne, train-bateau, bateau-train…

Le Grand Tour et les témoignages ineffables de ceux qui l’ont vécu revivent aujourd’hui grâce à un très beau livre pertinent aux Editions Nicolas Chaudun. Orchestrée par Giovanni Fanelli (professeur d’histoire de l’architecture) et Barbara Mazza (docteur en histoire de l’architecture et directrice photo), l’entreprise éditoriale que proposent les Editions Nicolas Chaudun se borne au périple italien, de Turin à la Sicile, de Gênes à Florence, sans oublier Rome, Milan, Venise, Naples ou encore Bologne, la Campanie, la région des lacs, la Toscane et la plaine du Pô. Région du monde aimée des dieux et des hommes, la botte talonne de près l’Europe des Lumières où l’œil est flatté à chaque coin de ciel. Cette Italie de rêve se postait encore au carrefour des mentalités. Couloir de terre, voie naturelle au sortir de la France, de la Suisse, passage culturel obligé, réservoir à beautés, l’Italie était souvent pour le voyageur anglais, français, allemand, américain, l’avant-dernière halte d’un périple qui le conduisait vers la Sublime Porte, Constantinople.