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Les Chroniques

La bête dans la jungle, Henry James

Ecrit par Roland Goeller , le Mercredi, 19 Novembre 2014. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

La rencontre d’un homme et d’une femme se produit toujours autour d’une inclination réciproque, à l’image de deux promeneurs qui s’avancent l’un vers l’autre sur un sentier étroit et que leurs excès de politesse, au lieu de s’effacer, conduisent à entrer en collision. Rien de tel dans le roman de Henry James, La Bête dans la jungle (titre original : The Beast in the jungle, 1903, Londres). Rien de tel et pourtant que d’inclination entre la discrète May Bartram et le dandy John Marcher.

Entre eux, une première rencontre survient au cours d’un voyage à Naples. May s’en souvient parfaitement, elle prend l’initiative d’en rappeler le souvenir à John Marcher lorsqu’ils se retrouvent, dix ans plus tard, en la somptueuse propriété de Weatherend. Le roman commence avec la magnifique scène des retrouvailles. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un roman, mais d’une longue nouvelle, comme Henry James savait si bien les trousser, en six chapitres autour des six temps forts que comprendra la longue et étrange liaison entre May Bartram et John Marcher.

D'images et de bulles (12) - Le verre à moitié vide, Aurélie William Levaux

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 18 Novembre 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« Non, ce n’est pas la vraie vie, ce n’est pas la mienne, ça n’y ressemble pas.

La vraie vie, c’est autre chose.

Les femmes, dans la vraie vie, ne sont pas toutes casse-couilles et les hommes ne sont pas tous moustachus ».

Voici l’ouverture d’« un récit qui n’en est pas un ». Une vie qui n’est pas la vraie vie et surtout pas celle de son auteure, Aurélie William Levaux ou AWL. Le quotidien d’une femme, des pensées, des phrases, les répliques du compagnon « en voix off », des enfants, une maison et une nature fantastique et luxuriante. Ce qui fait la vie, pourtant, la vraie, les émotions, les mots, le corps, la sexualité, encore la sexualité.

Notebook, Joë Bousquet

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 17 Novembre 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Une écriture de chair

Il n’est peut-être pas abusif de dire combien les éditions Rougerie ont compté pour la diffusion du poète et écrivain Joë Bousquet, même si cette ligne éditoriale remonte aux années 60, où l’éditeur de Mortemart a publié un premier livre de l’auteur de Carcassonne. Car cette œuvre semble passer le temps. Ne pas s’amoindrir par l’époque. Je dis cela en connaissance de cause car ce Note-Book est arrivé à moi par les mains d’Olivier Rougerie, ce qui laisse entendre la fidélité extraordinaire de ce vrai éditeur limousin, livre qui m’a tenu un discours, que je vais essayer maintenant de vous  communiquer.

Ce livre est constitué de deux parties. Une trentaine de pages de réflexions assez abstraites, et une vingtaine de feuillets biographiques, lesquels permettent de connaître l’auteur vu par lui-même. On sait donc que Joë Bousquet, blessé sur le front en 14, est resté alité jusqu’à la fin de ses jours dans une chambre à Carcassonne. Et il a produit là une œuvre importante et pour finir peut-être un peu confidentielle, si je puis m’avancer sur ce sujet. À bien réfléchir cette littérature de l’isolement, de la réclusion est assez typique des personnes immobilisées dont le seul et dernier recours est d’écrire. Le poète de Carcassonne est de cette espèce.

On talking about keeping silent : Michael Krüger’s Umstellung der Zeit

Ecrit par Sjoerd van Hoorn , le Vendredi, 14 Novembre 2014. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

“When poets moan about the ineffable one should not pity them, they are working hard” [1] the Belgian poet Stefan Hertmans writes in his book Het zwijgen van de tragedie [The keeping silent of Tragedy]. The German poet Michael Krüger does not moan about the ineffable nor does he make silence audible. Still what one can’t say is a problem that Krüger is much exercised by. In many poems in his new collection Umstellung der Zeit Krüger evokes the sensory, the sensuous, phenomenology of nature. What must be put into words in Krüger’s poetry is time. How does time pass, how does it shape our lives? This is what one would normally ask, thinking of time as the passing of hours and minutes or as the “subjective” experience of enjoyment or boredom. Krüger evokes a different question: how is time itself shaped ? How do certain things and certain events give shape to time ?

In the poem „Bei Münsing“ Krüger writes :

L’invention musicale : essai de définition

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 13 Novembre 2014. , dans Les Chroniques, La Une CED, Côté Musique(s)

 

21 janvier 1943. Carnegie Hall, New York. Dans quelques minutes, ce sera la première audition américaine du Concerto pour deux pianos et percussion de Béla Bartók. Dans quelques minutes, Fritz Reiner dirigera l’Orchestre de la New York Philharmonic-Symphony Society, et Bartók sera au piano. Il faut que ça marche, se dit le compositeur. Il faut que par ce concert ma carrière soit relancée. Il faut que, instant après instant, les instrumentistes soient en accord – un accord profond, tenace – avec ma musique, sans omettre une seule indication, une seule fraction du silence sans quoi rien de ce qui est la musique ne pourrait nous atteindre, nous atteindre et suspendre dans le vide bleu, très pâle, de l’infini ce qui, de notre intériorité, est le plus embrasé. Le concert commence ; Bartók ne sait pas, bien sûr, que ce qu’il vit là, c’est son dernier concert. Comment pourrait-il savoir qu’il y aura bientôt un 22 septembre, et que ce jour-là il sera emmené au West Side Hospital. Comment pourrait-il connaître à l’avance les mots qu’il prononcera, à plusieurs reprises, alors : « Il est bien dommage que je doive partir alors que ma valise est encore pleine ». Comment pourrait-il savoir que le 26 septembre, son épouse et son fils se sentiront impuissants face à son dernier soupir, qu’ils ne sauront pas comment recueillir.