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Les Chroniques

D’images et de bulles (1) : Blacksad, Amarillo

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 08 Mars 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Blacksad, tome 5 Amarillo, Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido, janvier 2014, Dargaud, 56 pages, 13,99 €

 

Depuis son premier volume en 2000, la série Blacksad rayonne avec bonheur sur le neuvième art. Des scénarios impeccables, une composition sublime, des illustrations d’une élégance et d’une maestria inégalées. Et pas une ride en près de quinze ans. Amarillo en témoigne de façon magistrale.

Nous retrouvons notre privé félin décidé à se mettre au vert après des aventures mouvementées en Louisiane. Alors qu’il quitte Weekly à l’aéroport, il croise la route d’un riche bovidé qui lui confie la conduite de sa voiture direction Tulsa. Mais les habitudes reviennent au galop et Blacksad ne peut s’empêcher d’intervenir dans une rixe inégale : résultat, les victimes lui volent son véhicule. Il s’agit d’un duo d’écrivains beatniks rongés par l’incertitude et l’alcool, rivalisant de talent et de rage (on avait déjà croisé Greenberg le bison furieux dans le tome 3 Âme rouge). Lors d’une soirée trop arrosée, la querelle dégénère et Chad Lowell dézingue Abraham Greenberg avant de décamper au volant de la voiture dérobée, le privant à la fois de sa « poésie » et de ses « couilles ».

Autorisation de pratiquer la course à pied de Franck Courtès

Ecrit par Zone Critique , le Vendredi, 07 Mars 2014. , dans Les Chroniques, La Une CED

La cause littéraire vous présente aujourd'hui un nouvel article de son partenaire Zone Critique


En septembre 2013, sous le chapiteau du Livre sur la Place à Nancy, j’attends qu’un auteur revienne. A côté de la chaise vide, au détour d’un stand littéraire, un homme m’interpelle et me propose de découvrir son premier livre, « Autorisation de pratiquer la course à pied et autres échappées », un recueil d’une vingtaine de nouvelles. Il s’appelle Franck Courtès, il est photographe. Séduite par sa mine joviale et son regard franc, je me laisse tenter. Sur la dédicace, je lirai plus tard : « Posologie : 1 par jour ». J’ai respecté la prescription, non sans mal certains soirs, tant les nouvelles se sont avérées magnifiques, tragiques ou succulentes. Il n’y a pas de hasard, juste de belles rencontres.

19 nouvelles écrites d’une plume vibrante

Si Franck Courtès choisit de s’éloigner un temps de son métier d’origine, c’est pour nous livrer, à travers Autorisation de pratiquer la course à pied et autres échappées 19 nouvelles écrites d’une plume vibrante. Il capte à merveille des thèmes intemporels comme les oscillations de l’amour, l’enfance qui ne s’enfuit jamais vraiment et qui rattrape à la volée l’adulte qui essaie de s’y soustraire, les ravages des mauvais choix et la lâcheté.

Camus contre Kamis, contre Larbi

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 05 Mars 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Mille vies pour l’écrivain qui est né dans une terre, mort dans une autre, qui n’a pas fait la guerre mais à qui on fait encore la guerre, qui a créé le meurtre absurde, mort absurdement dans un accident, qu’on accuse de ne pas avoir pris les armes mais la route, d’aimer sa mère, d’être un génie, un pied-noir, une main seule (qui n’applaudit pas) et un visage obscur.

Albert contre Larbi : le premier sans-papiers de l’histoire qui a mal fini et qui attend encore le regroupement familial entre ses deux familles. Il est Algérien par le droit du sol et français par l’histoire de la fin. On l’accuse de ne pas être FLN mais on veut le ramener vers le FN. On se l’arrache mais on se le déchire, on l’enterre mais il flotte sur les consciences. On le soupçonne d’avoir choisi de ne pas choisir et cela est mal vu de part et d’autre. Cinquante ans après, ou plus, on continue. Le Camus algéro-français continue à faire le gras de l’actualité à chaque fois que l’actualité s’emballe en France ou en Algérie. Camus dans ce cas est le premier produit de consommation interne de la France-Algérie. Citoyen dernier d’un pays qui n’existe plus alors que lui existe encore, seul, debout dans une gare maritime abandonnée. On le célèbre et il est convenu de dire qu’on le comprend mal, que c’est un malentendu, un procès, un étranger, un pestiféré, un exil, un envers du décor.

De l’idéogramme à l’écriture. Du figuratif à l’abstrait

, le Mardi, 18 Février 2014. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

A l’origine de l’humanité, la poésie – dit-on – se confondait avec la musique. Le dessin et l’écriture étaient un seul et même moyen d’expression. On commença par  représenter  les  chiffres, les premiers d’entre eux étant des bâtons, chacun représentant une unité. Nos lettres, quant à elles, étaient des dessins stylisés représentant la personne, l’animal, la chose dont on voulait parler. Ils devinrent des idéogrammes, parfois utilisés pour représenter les sonorités correspondant aux mots qui désignaient l’animal ou l’objet dont il était question. Puis, assemblés pour leur seule valeur phonétique, les idéogrammes devinrent peu à peu nos lettres, quittant la figuration pour l’abstraction, d’autant qu’il avait fallu ajouter aux signes utilisés pour leur valeur phonétique, d’autres destinés à préciser les genres ou les fonctions grammaticales.
Certains opposent les cultures, en Orient, le dessin serait plutôt issu de la calligraphie ; en Occident, le dessin aurait conservé son but premier de représenter le plus fidèlement possible la réalité des choses.
C’est là oublier que toutes nos écritures, même alphabétiques ou syllabiques, sont filles d’idéogrammes, dessins stylisés d’objets, d’animaux, de nombres. Ce qui est vrai, c’est que les caractères asiatiques étant tracés au pinceau ont pu évoluer plus facilement et rapidement de l’écriture au dessin.

A propos de Du côté de chez Drouant, Pierre Assouline

, le Samedi, 15 Février 2014. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? »

Michel Host

 

Au sujet d’un almanach mondain


Qu’on me pardonne de me mettre en avant à propos d’une publication, mais je suis dans le texte : laisser sans réplique la sottise, le mensonge et la calomnie n’étant pas mon genre, une fois encore je dois parler du Prix Goncourt après avoir publiquement juré de ne plus jamais le faire (Sud-Ouest dimanche, le 27/X/2000).

Monsieur Assouline m’en fournit le prétexte qui, dans son récent non-livre Du côté de chez Drouant, se fait ses dents gâtées sur ma personne (et sur quelques autres) – cinquante l’avaient déjà fait avant lui – dans les termes suivants :