Identification

Les Chroniques

Ecrivains, éditeurs et autres animaux, Edouard Launet

, le Vendredi, 20 Septembre 2013. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Ecrivains, éditeurs et autres animaux, Edouard Launet, Flammarion, coll. Café Voltaire, 2013, 144 pages, 12 €

 

Cher Edouard Launet,

 

Je vous remercie infiniment d’avoir eu la gentillesse de m’avoir fait parvenir votre dernier ouvrage en date, Ecrivains, éditeurs et autres animaux, paru aux éditions Flammarion qui, de toute évidence, cultivent un goût salutaire pour l’autodérision. Le service de sécurité des douanes en Nouvelle-Calédonie (où je réside actuellement) eût-il le moindre soupçon sur ce menu paquet qui dynamite le monde de l’édition avec autant de panache ou la valeureuse idée de l’introduire dans leur détecteur d’explosif, le livre ne me fût jamais parvenu. Pour reprendre les termes quelque peu cavaliers de mon jeune assistant, « c’est de la bombe ! ». Une bombe qui a l’efficacité de cette grenade « que Bernard-Henri avait ramenée de Tchétchénie pour amuser les filles du service de presse » (22).

Le manifeste de ma langue

Ecrit par Kamel Daoud , le Jeudi, 19 Septembre 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Prenez une langue et jetez la dans la rue (pour paraphraser Mao), elle deviendra vivante. Enfermez-la dans un livre et un temple, elle meurt et tue les gens autour d’elle. Prenez une langue, ajoutez lui une armée et un Pouvoir, elle devient une langue officielle. Ajoutez lui une religion ou un prophète, elle devient langue sacrée.

C’est vous dire l’essentiel : ce qui vous disent que l’algérien comme langue du pays n’existe pas, vous disent simplement que vous n’existez pas : on enlève le droit de répondre à un peuple quand on lui enlève sa langue, qu’on la ridiculise, qu’on la réduise à la marge et à l’étable et au langage des serfs. On enlève à un peuple le droit sur sa terre quand on lui impose une langue qui lui impose le silence. Si on vous dit que l’arabe est une langue supérieure, c’est qu’on vous inculque l’idée que vous êtes un être inférieur.

Aujourd’hui en Algérie deux castes parlent arabe, langue morte, aux Algériens, peuple vivant : les élites politiques et les élites religieuses. Les deux puisant dans la sacralité, l’argument de leur légitimité. Comme les prêtres et les rois des moyen-âge de l’Occident. Du coup, ceux qui s’élèvent contre eux, s’élèvent contre les martyrs et contre Dieu. Ceux qui disent que l’arabe est une langue morte, menacent la domination de la caste et ses intérêts.

Nouvelles impressions de l’Ouest selon Raymond Le Roux, flingué par Seb Doubinsky

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 18 Septembre 2013. , dans Les Chroniques, La Une CED

Variations sur Quién es ?, Sébastien Doubinsky (Joelle Losfeld)

 

Doubinsky a publié chez Joëlle Losfeld en 2010 : Quien es ? Aussi bien (traduttore / tradditore) : T KI ? T’es qui ? C’est qui lui ?

Pas : t’es qui, toi ? (redondance)

Ni : c’est qui ? (un homme n’est pas une chose)

Il serait peut-être ON. Un Il à plusieurs noms (Pessoa). Sans doute Personne (Ulysse, entre le nostalgique homérique et le majoritaire joycéen).

Mon nom est Bill, Billy the kid, Bill le Kid, Billy le Cid. (De Corneille à Bazy, la conséquence est parfois bonne.)

« Je suis jeune il est vrai… » Tu parles : on se prend vachement au sérieux quand on a dix-sept ans. C’est mon K, moi Bill, William, etc.

La chronique du sel et du soufre - septembre 2013

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mardi, 17 Septembre 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

UN ROMAN EXCEPTIONNEL : LE LIVRE DES SOURCES

 

A l’heure où la question primordiale des journalistes littéraires semble de savoir si Yann Moix gagnera le Renaudot ou le Goncourt avec son roman-fleuve Naissance (1), à moins qu’Etienne de Montéty, avec La Route du salut (2)…, nous préférons vanter cet insolite roman de Gérard Pfister de plus de 400 pages, exceptionnel, mystique, apocalyptique et inspiré, Le Livre des sources (3) qui est à nos yeux la bonne surprise de l’automne !

Le poète Gérard Pfister, qui a créé et  dirige les éditions ARFUYEN depuis belle lurette, réussit ici son « œuvre au rouge ».  Son roman historique, bien architecturé, impeccablement écrit, « ressuscite » avec brio cette énigmatique « Communauté du Haut-Pays » et interroge alors la haute spiritualité de Maître  Eckhart quand il  affirme : « Pourquoi chercher Dieu au ciel ou je ne sais où ? Il est en vous ! » la confrontant étrangement avec la doctrine d’Adolf Hitler s’exclamant : « Nous voulons des hommes libres, qui savent et qui sentent que Dieu est en eux ».

Ekphrasis 8 - La neige tombe sur Cherbourg

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 11 Septembre 2013. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Elle vient juste d’avoir quatre ans, le 19 février 1959. Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy sortent en salle. Elle ne connaît pas Cherbourg mais elle a aimé Guy.

– Ça commence ainsi : « un film chanté en couleurs d’origine ». Générique. Des parapluies rouges, bleus, en contre-plongée, dansent en lignes, en diagonales. Ils sont d’énormes fleurs poussées dans les pavés humides de la rue. Parfois des marins en pompons, ceux qui traverseront tout le film, des passants en ciré jaune surgissent sur l’écran. Parapluies d’une vieille comédie musicale américaine ? Le trop petit parapluie bleu pâle de l’affiche sous lequel les amoureux se blottissent, heureux. Guy et Geneviève. Les parapluies de Cherbourg, la boutique de Madame Emery, le titre du film.

Soudainement, apparaissent en ligne six maléfiques parapluies noirs, prémonitoires.

Première partie : le départ.