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Les Chroniques

Trois cahiers avec une chanson, Jean-Charles Vegliante (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 07 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Trois cahiers avec une chanson, Jean-Charles Vegliante, L’Atelier du Grand Tétras, juillet 2020, 64 pages, 12€

Poésie, question de l’ailleurs

Recevoir un nouveau livre, surtout s’il s’agit d’un recueil de poèmes, est toujours une façon pour moi d’aborder des questions essentielles. Donc, j’aime me confronter à la pâte du poème pour en circonvenir l’aventure sensible et projeter ainsi ma propre sensibilité, les questions qui me traversent sur le texte que je découvre. Je lis donc autant le livre pour lui-même, que je me lis dans le poème. Ici, non seulement le recueil s’ouvre sur deux textes qui orientent une compréhension globale de l’ouvrage, mais encore permettent de juger le poème à partir d’un autre lieu : la mort – dernier séjour où tous les séjours s’achèvent.

En restant un mystère, la mort construit une vision du monde, un endroit d’énigme, où se dirige la douleur du poète pour qui ce mystère fait poème. Pour Jean-Charles Vegliante cette sorte de liturgie est en relation avec la nature. Ou sinon une liturgie et néanmoins une tension vers la fin matérielle des choses, et surtout, l’arc-boutant d’un ailleurs. À mon sens, c’est cela la réponse à ces poèmes, la recherche d’un lieu, d’une habitation plausible, d’une arrivée en terre de beauté.

La Styx Croisières Cie - Juillet 2020 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 03 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Ère Vincent Lambert, An II

Humain, citoyen le plus vulnérable, la République française, la médecine, la banque et la magistrature réunies, t’ayant baptisé Légume, te tueront.

 

« Nos aventures passées agacent notre femme, mais la flattent. Les femmes veulent toutes être distinguées par des hommes à bonnes fortunes, c’est-à-dire par des hommes inconstants ; elles ont l’impression d’être admises à un concours ! Elles souhaitent toutes un don Juan fidèle, autant dire un ivrogne qui ne boit pas ! ».

Francis de Croisset, Nos marionnettes

Lµ-1. C’est l’été. Nous le comprenons d’abord en ce que le jardin de Bourgogne est plongé dans le silence. Nous y attendons le retour de la gent ailée et chantante. Dans cet autre fait aussi que nos radios, commerciales ou culturelle, donnent d’infinis temps de parole à des troupes de bavards qui ne savent parler que de leur soi-même auquel ils attribuent une importance fictive à la mesure de leur insignifiance réelle.

Le Llano en flammes, Juan Rulfo (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 02 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Le Llano en flammes, Juan Rulfo, Folio

 

Chaque page, et chaque ligne et chaque mot de Juan Rulfo sont de précieux trésors littéraires. Par leur beauté suffocante et aussi par leur rareté qui fait que l’on est sans cesse hanté, en les lisant, par le désespoir de n’avoir plus rien à lire de l’auteur après son roman, Pedro Paramo, et ici ses nouvelles, qui constituent ses premières œuvres publiées. Rulfo, par son silence littéraire qui durera plus de 30 ans après la parution de Pedro Paramo, a bâti une légende, une fascination qui jaillissent puissamment de la lecture – plus encore de la relecture – de ses deux œuvres. Comment pareil conteur, pareil styliste, pareil génie littéraire a-t-il pu se taire, à jamais ? Pourquoi ?

Des nouvelles donc. Et pourtant, la suite de ces textes est si proche d’un roman qu’ils s’imposent ainsi au lecteur. Unité de lieu, de temps, de thème. Proximité étroite des figures de personnages. Voisinage des situations. On lit Le Llano en flammes non comme quatorze histoires mais comme une seule, puissante, ravageante, d’une sècheresse et d’une sobriété suffocantes.

La région c’est le sud de l’État de Jalisco, dont la nature sauvage, aride, désertique est racontée en touches sèches, sans trace de folklore, sans complaisance romantique. Un enfer qui va jusqu’à faire taire ceux qui y vivent tant parler est pénible.

Le théâtre est dans le pré (1) (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 02 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, La Une CED


Le monde du théâtre, celui du spectacle vivant, a disparu soudainement de nos vies en mars dernier : les représentations ont été annulées, les salles ont été désertées, les festivals ont renoncé à l’été. Aujourd’hui encore, le théâtre vit une forme de quarantaine. Pourtant il faut recommencer à vivre, à jouer, à écouter.

Le Collectif Le Lieu-Dit, autour de Philippe Labaume (auteur, metteur en scène et codirecteur du théâtre du Verseau à Lyon), installé dans la campagne du Beaujolais vert, à Claveisolles, a décidé de réinventer le spectacle, loin de la ville, face à un paysage de collines boisées, de petites routes qui serpentent, créant en quelque sorte une saison estivale (en juillet-août) autour de formes diverses : lecture collective du public et de l’auteur Samuel Gallet ; adaptation ; cirque ; musique…

Aladin et Sindbad chez Libretto (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 01 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Le Roman d’Aladin, Phébus/Libretto, 2002, trad. arabe, René R. Khawam, 222 pages, 8,70 €

Les Aventures de Sindbad le Marin, Phébus/Libretto, 2001, trad. arabe, René R. Khawam, 256 pages, 9,50 €

 

Nous avons été dupés, dans notre grande majorité, et nous dupons de même nos enfants et nos petits-enfants. Cette duperie a pris et prend pourtant place à un moment de grande intimité, de grande confiance, celui de l’histoire avant d’aller au dodo. Que de versions avons-nous subies et faisons-nous subir, d’autant que l’industrie éditoriale s’en est mêlée (ah ! l’invention de la littérature enfantine !…) après que Walt Disney a déjà fait des ravages, de contes édulcorés, remaniés, arrangés à une sauce censément destinée à plaire aux enfants du XXIe siècle. Notre seule excuse est que ce n’est pas nous qui avons commencé, Perrault l’emperruqué poudré avait déjà commis quelques remaniements à destination de la Cour de Louis XIV, car il fallait plaire, et lorsqu’on veut plaire, on ment.