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Le Versant noir, Kevin Gilbert

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 13 Octobre 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Océanie, Le Castor Astral

Le Versant noir, juin 2017, trad. anglais (Australie) Marie-Christine Masset, 256 pages, 20 € . Ecrivain(s): Kevin Gilbert Edition: Le Castor Astral

 

D’une Australie blanche, conquise sur les populations aborigènes en 1788 – qu’une odieuse fête de commémoration, deux siècles plus tard, rappela en grandes pompes –, il reste pour les Aborigènes quelques réserves, des missions, des lieux de misère pour tout dire, où, parqués, ils peuvent à loisir crever de faim, de saleté, d’injustice, de haine quotidienne à leur égard. Le poète Kevin Gilbert (1933-1993) chante tout cela dans des poèmes âpres, non vindicatifs, mais emplis d’une énergie qui vise à condamner l’état de fait et à espérer – oser espérer – un changement.

Le peuple noir, voulu par les colonisateurs, déchu, infirme et inférieur, a vécu, recourant à ses propres légendes, pour supporter le réel infligé.

Notre seul combat

Est de survivre

Nos tambours de guerre sont les fracas de la mort

Et le cri de douleur des mères (p.203).

Le chemin des fugues, Philippe Lacoche

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 03 Octobre 2017. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman, Les éditions du Rocher

Le chemin des fugues, août 2017, 312 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Philippe Lacoche Edition: Les éditions du Rocher

Ce vingt-neuvième livre du romancier et journaliste picard Philippe Lacoche, au beau titre qui fleure la fréquentation des Dhôtel, Pirotte et autres Sansot, a tout vraiment pour engager le lecteur à revenir à ses autres titres, et cerise sur le gâteau, à prolonger les charmes du roman par d’autres vagabondages littéraires chez les précités, par exemple.

Peu importe, au fond, l’intrigue ramassée que Lacoche accroche à nos yeux : un journaliste, comme lui, du même âge, Philippe, comme moi, est né au plein milieu des années cinquante – ce qui l’enjoint à une certaine nostalgie –, au nom bien français, Pierre Chaunier, décide de rompre avec sa petite vie, sa petite ville, son Bar de la Place, ses habitudes, parce que vraiment lui imposer à son âge des tracasseries informatiques d’un logiciel pourri ça ne va plus. Il s’est remis à boire avec ses potes Keith (un gars qui ressemble au gars des Stones), Depard, et ses idylles sont parties en fumée. Foin donc de ses belles Géa, Lady V. Il a vu passer l’autre jour une belle Orangée, l’a perdue de vue. Il faut changer de vie, partir, et l’occasion lui est donnée : devenir journaliste dans un journal qui se fait encore à l’ancienne, dans un trou, un bled de province reculée aux toponymes pas possibles : Bordurins, Troussin-au-Bois, Pontron-les-échauguettes, etc., en plein Vaugandy, région où sévissent loups, aurochs et ours !

La Princesse de Bakounine, Lorenza Foschini

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 29 Septembre 2017. , dans Quai Voltaire (La Table Ronde), La Une Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Les Livres, Roman

La Princesse de Bakounine, septembre 2017, trad. italien Karine Degliame-O’Keeffe, 224 pages, 20 € . Ecrivain(s): Lorenza Foschini Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

 

Auteur d’un remarquable essai sur Le manteau de Proust, Lorenza Foschini retrace plusieurs destins russes dans cet essai qui prend la forme d’une enquête quasi policière en plein XIXe siècle.

Les figures de Bakounine, grand révolutionnaire, et de Zoé Obolenskaia, princesse rebelle qui a quitté son mari, gouverneur de Moscou, avec ses cinq enfants pour vivre en Europe occidentale et se livrer à sa passion de la politique, trouvent ici des portraits saisissants de vérité historique.

La recherche minutieuse entreprise par Lorenza Foschini a profité des services de descendants de cette princesse révolutionnaire, grande amie des anarchistes, modèle d’Anna Karénine pour Tolstoï. Zoé Petersen, son arrière-petite-fille, a transmis nombre de documents à l’auteure, ce qui fait de ce livre un ouvrage historique, et tout à la fois romanesque, tant la matière – exil, refuges, poursuites, rumeurs, méconduite, etc. – nourrit le lecteur, comme s’il était plongé dans le roman intime de personnages authentiques. Du reste, aux incertitudes livrées par le manque parfois de sources sûres, l’auteur répond en comblant les lacunes de « récits plausibles » des événements.

Légende de Zakhor, Pierre Autin-Grenier

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 21 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie, Carnets du dessert de lune

Légende de Zakhor, trad. allemand Rüdiger Fischer, trad. italien Fabio Scotto, trad. anglais Derek Munn, 104 p. 13 € . Ecrivain(s): Pierre Autin-Grenier Edition: Carnets du dessert de lune

 

Décédé en 2014, Pierre Autin-Grenier auteur d’une vingtaine d’ouvrages depuis 1980 aligne ici dix récits brefs, traduits pour cette édition en trois langues (italien, anglais, allemand). L’édition de 1996 (L’arbre à paroles) ne donnait à lire que les traductions anglaise et italienne.

La patte du styliste donne un supplément d’âme et de légèreté à ces Chroniques des faits (pour reprendre l’un des textes du présent volume et le titre de l’un de ses ouvrages à L’Arbre, en Aisne) : petits riens ordinaires, rehaussés de mystère, d’inconnu, d’incongru dans le tissu des vies.

Il y a de l’Hardellet sans doute dans cette manière de faire fleureter poésie et incertitude.

C’est parce qu’on ignorait d’où il venait, quand précisément, et comment surtout il était arrivé parmi nous qu’une couronne d’or maintenant en permanence illuminait son visage, que sa voix, disait-on, pouvait troubler l’eau des sources (p.81).

Italies Fabulae, Angèle Paoli

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 15 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Al Manar, Récits, Voyages

Italies Fabulae, juin 2017, 94 pages, 18 € . Ecrivain(s): Angèle Paoli Edition: Al Manar

 

Qu’il est plaisant de se remémorer les nombreuses Italies que l’on a pu vivre, aimer, tissées d’amours de voyages, d’amitiés croisées !

Angèle Paoli rameute le souvenir d’Alfea : « elle portait un prénom étrange qui la rendait inaccessible ». A Syracuse, « a surgi le visage d’Alfea », c’était beaucoup plus tard, dans un autre souvenir, précieusement revisité, précautionneusement conservé.

Les récits, mêlés de mythologies personnelles et inaltérables, traversés de voix (Mona), guident le lecteur dans l’histoire toute « embroussaillée » de mémoires, de pas, ceux des périples, ceux-là même du temps qui grouille sous le front de la voyageuse qu’est Angèle, Canarienne du Cap Corse, que l’environnement de mer, de roches, de villages perchés, nourrit, au-delà des incursions italiennes.