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Articles taggés avec: Fiorentino Marie-Pierre

Les derniers Indiens, Marie-Hélène Lafon (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 20 Février 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Le Livre de Poche

Les derniers Indiens, Marie-Hélène Lafon, Le livre de poche, 152 p. 7,90 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Le Livre de Poche

 

« Les Santoire vivaient sur une île, ils étaient les derniers Indiens, la mère le disait chaque fois que l’on passait en voiture devant les panneaux d’information touristique du parc régional des Volcans d’Auvergne, on est les derniers Indiens. »

La mère, c’est celle de Pierre, son préféré, mort prématurément d’un cancer généralisé, et de Marie et Jean, de quatre et cinq ans ses cadets. Quand la romancière livre l’histoire de la famille Santoire du point de vue de sa fille, la mère, veuve, est morte depuis longtemps mais elle n’a pas disparu, paradoxalement plus vivante ou du moins plus vivace que ses deux vieux enfants restés célibataires, gardiens d’un temple dans lequel les habitudes tiennent lieu de foi.

Car de la confiance en l’avenir, ils n’en ont pas sauf la certitude que leur destin est scellé dans ce constat de la mère : ils sont « les derniers Indiens », paysans du Cantal qui vivent dans leur ferme comme dans une réserve où la modernité de la fin du XXème et du début du XXIème siècle les a progressivement fait se reclure.

La Montagne magique, Thomas Mann (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 14 Novembre 2025. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Langue allemande, Roman, Fayard

La Montagne magique, Thomas Mann, traduit de l’allemand par Claire de Oliveira, Fayard, 2016, 782 pages, 39 euros. . Ecrivain(s): Thomas Mann Edition: Fayard

 

Sur la Montagne magique, tutoyer l’amour.

La nuit de Walpurgis, dans un salon de la maison Berghof, sanatorium cossu de Davos, Hans Castorp déclare à Clavdia Chauchat son amour. Il le fait en français, la langue qui permet, dans ce monde « d’en haut » où le seul lien évident entre pensionnaires est un mal identique, d’échanger des politesses entre gens qui ne parlent pas la même.

Mais il n’est plus question, dans l’intimité que tissent piano et rumeurs de la fête, de politesse. « Je t’aime, balbutia-t-il, je t’ai aimée de tout temps, car tu es le Toi de ma vie, mon rêve, mon sort, mon envie, mon éternel désir… »* Hans, qui ne s’est jamais auparavant adressé à Clavdia, la tutoie d’emblée. Car, de même que la tuberculose outrage, sans se laisser d’abord voir puis à grand renfort de drames, la vie de cette communauté dont les apparences doivent rester sauves, de même la vie intérieure de Hans est trop bouillonnante pour se plier encore, cette nuit de Walpurgis, aux cachotteries bienséantes d’une conversation mondaine.

Les innocents et La rue, Francis Carco (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mardi, 04 Novembre 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Les innocents et La rue, Francis Carco, Livre de poche

 

En quoi Maurice, dit Le Milord, est-il « innocent », qui ne retourne voir sa mère que pour dévaliser sa vieille voisine ? Et Mlle Savonnette qui se prostitue ? Et le frère de celle-ci, N’a-qu’un-œil, proxénète de sa sœur ? Est-ce leur âge, entre quatorze et dix-huit ans, qui en fait « Les innocents » au sens d’inconscients ? Marginaux, ils savent qu’ils le sont, ignorant pourtant que ce n’est pas nécessairement par nature et que dans un monde qui leur aurait donné leur chance, ils auraient pu avoir une autre vie. La faute véritable est du côté de ceux qui, ayant le choix, exploitent la faiblesse de ceux qui ne l’ont pas.

Or, dans Les innocents, ce sont deux femmes, qui se révèlent bien plus dangereuses pour les adolescents en perdition que toute la clique de Nénesse, M. Albert, Tatave et autre Mes fesses que fréquente le Milord. Plus dangereuses, même, que l’Édredon, son modèle parti au front. Car Béatrice la peintre et Winnie la romancière dissimulent, sous leur aisance financière, un goût de la manipulation bien plus destructeur que les coups échangés entre bandes.

Histoire du fils, Marie-Hélène Lafon (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mercredi, 24 Septembre 2025. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Folio (Gallimard), Roman

Histoire du fils, Marie-Hélène Lafon, Folio 2022, 175 pages, 8,50 euros. . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Folio (Gallimard)

 

Une merveille de petits riens.

 

Suivis du 25 avril 1908 au 28 avril 2008 très précisément, les événements survenus dans les familles Lachalme et Léoty auraient pu constituer une chronique poussive et poussiéreuse sans l’audace de Marie-Hélène Lafon : déconstruire la chronologie. Le temps n’est pas, dans son récit, cette ligne sur laquelle, comme sur un plateau de jeu, se déplacent des hommes-pions dans une seule direction. Il est la durée qui s’enroule en une boucle où seuls le drame fondateur, la rencontre déterminante, et le dénouement de cette Histoire du fils respectent l’ordre de la réalité.

Les cloches, Iris Murdoch (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 04 Septembre 2025. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Iles britanniques

Les cloches, Iris Murdoch, traduit de l’anglais par Jérôme Desseine, Folio, 1985, 416 pages, 11,10 euros

 

Humour, émotions, rebondissements.

 

Dora Greenfield a accepté, malgré ses inquiétudes et la mise en garde de Noël avec lequel elle a une liaison, de rejoindre son mari Paul, « résignée comme les êtres qui dans leur vie n’ont encore jamais triomphé. » Elle avait pourtant trouvé la force de quitter cet époux plus âgé qu’elle, possessif et autoritaire, installé provisoirement à l’Abbaye d’Imbert où il mène des recherches.

Là vivent, dans un château, les premiers membres d’une communauté laïque et, derrière une imposante enceinte, des religieuses cloîtrées. Michael Meade, propriétaire du domaine, et James Tayper Pace, quoique n’en ayant pas officiellement le titre, font figures de chefs auprès de Mark et Margaret Strafford, de Patchway, de Catherine et de quelques autres illuminés.