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La Une Livres

Autoportrait du professeur en territoire difficile, Aymeric Patricot

, le Mardi, 15 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Gallimard

Autoportrait du professeur en territoire difficile, avril 2011, 120 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Aymeric Patricot Edition: Gallimard

Aymeric Patricot enseigne la littérature dans des établissements situés dans ce que l’on nomme des quartiers sensibles – des Zones d’Education Prioritaires, selon l’appellation officielle. Il y découvre un monde à mille lieux de tout ce qu’il a connu lui-même en tant qu’élève, un monde, surtout, auquel rien ne l’avait préparé.

« Je crois pouvoir affirmer qu’il existe ainsi deux métiers : dans les collèges favorisés, le professeur transmet des connaissances, identifie les progrès à faire, exerce les élèves ; dans les défavorisés, le professeur contient la violence, lutte contre le bavardage, œuvre pour ce qu’on appelle la vie de classe, égrène les principes du « vivre ensemble » et s’estime heureux lorsqu’il fait apprendre, pendant l’année scolaire, quelques maigres notions comme le présent de l’indicatif ou les grandes lignes de l’Odyssée. Certains redoutent l’avènement d’un système à deux vitesses. Il me parait évident qu’il existe déjà » (page 28).

Après quelques années d’expérience, il tente un premier bilan, mettant en regard ses désillusions et les promesses qui ont jalonné sa formation, pointant aussi les inepties du système et la double peine dont sont victimes les enseignants malmenés par les élèves, et qui ne trouvent aucun soutien de la part des directeurs d’établissement.

Cyanure, Camilla Läckberg

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 13 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Pays nordiques, Actes Sud

Cyanure. Actes Sud « Actes noirs ». Novembre 2011. 157 P. 16,80 € . Ecrivain(s): Camilla Läckberg Edition: Actes Sud


Inhabituelle et plaisante cette petite collection « Actes noirs » d’ « Actes sud ». Livre de tout petit format, cartonné en dur. Le plaisir commence dans le toucher : c’est un vrai bonheur d’avoir cette texture étroite et douce dans les mains ! C’est un plaisir de lecture dont on ne parle pas si souvent …

Quant au livre, il se laisse lire. Ce qui n’est pas si mal, s’agissant de la énième version du meurtre en vase clos, dans une demeure suédoise où une famille est réunie par l’ancêtre milliardaire. Et sur une île évidemment battue par une formidable tempête de neige ! Bien sûr le modèle est Agatha Christie, mais il y en a eu tellement d’autres ! Le tour de force de Camilla Läckberg c’est … de ne pas être originale du tout ! De ne pas même chercher à l’être. Le grand classique « who dunnit », avec un policier débutant et maladroit, les interrogatoires à répétition, la grande maison isolée par une tempête de neige pendant plusieurs jours et, toujours jubilatoire, la grande lessive en famille, la haine absolue en lieu de ciment tribal !

Camilla Läckberg écrit droit, en tout classicisme du genre, avec, en bémol, une tendance parfois fâcheuse à confondre langage vert et vulgarité agaçante.

Le ParK, Bruce Bégout

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 12 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Science-fiction, Roman, Allia

Le ParK, Editions Allia Avril 2010 – 152 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Bruce Bégout Edition: Allia

Sur une île privée au large de Bornéo, un milliardaire a créé le ParK. Comme son nom l’indique, c’est un parc, mais pas comme les autres. Il rassemble en effet tous les types de parcs en un seul, il est le parc de tous les parcs, la synthèse ultime qui rend tous les autres obsolètes.

Avec lui s’ouvre « une nouvelle phase dans l’ère du divertissement de masse », mais qui dépasse les notions mêmes de divertissement et de loisir.

Le ParK est immense. Sa surface est comparable à celle de la ville de Djarkata. Une année ne suffit pas pour en faire le tour et en découvrir toutes ses attractions. Des « attractions » ? Oui, mais ... pas tout à fait. Elles sont si délirantes et violentes qu’elles provoquent l’ahurissement et le malaise. Le qualificatif de « répulsions » leur sied mieux.

Le ParK tient tout autant de Disneyland que de Treblinka.

Il met en scène l’idée de parcage et rassemble en un seul lieu toutes les formes d’enclavement humain pour protéger, isoler, enfermer, domestique, classer, regrouper, exterminer. S’y côtoient une réserve animale, un parc d’attractions, un camp de concentration, une technopole, une foire aux plaisirs, des cantonnements de réfugiés, un cimetière, une kindergarten, des jardins zoologiques, une maison de retraite ou encore une prison.

Olimpia, Céline Minard

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 11 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Denoël

Olimpia, Céline Minard, 2010, 96 p. 10 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Denoël


Olimpia vitupère, invective, crache et conspue. Elle honnit ses adversaires, elle méprise ses anciens alliés, désavoue sa propre famille. Sa voix s’élève, royale et ordurière, au moment de sa chute, pour retracer son parcours de parvenue, son ascension à force d’intrigues et de luttes jusqu’au plus profond des alcôves vaticanes. Elle clame le refus d’abdiquer, toute entière défi et affront, insulte et panache. Elle dresse une dernière fois sa volonté de fer et sa verve tonitruante pour jeter sa malédiction de tyran femelle. « Ce qu’on m’ôte, je le broie, je ne l’offre pas. Ce qu’on me prend, je le détruis, ce qu’on m’ordonne, je le nie ».

Dans cet ouvrage en diptyque le lecteur reçoit comme une déflagration le monologue déchaîné d’Olimpia Maidalchini, puis découvre le récit de sa vie en forme de Vita sombre et criminelle. Car la « papesse » aspirait à un destin d’exception. « Elle deviendrait sainte à Rome, pêcheuse d’hommes comme Simon, elle multiplierait les pains dorés et tous la suivraient, la servant comme une reine ». Cette curieuse biographie qui se passe d’objectivité et multiplie les facettes du personnage, ne vient qu’en un second temps, comme pour compléter et conforter l’autoportrait que délivre la Maidalchini.

Bol d'air, Serge Joncour

, le Vendredi, 11 Novembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, La rentrée littéraire, Editions du Moteur

Bol d’air, Editions du Moteur, octobre 2011, 98 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Serge Joncour Edition: Editions du Moteur

« Au bout du chemin il y avait une ferme, la cour était sans fond, une sorte de lac épais d’où deux petits bâtiments émergeaient, […] des arbres tout autour, et au-dessus un ciel noir fait de la même boue. Ici le silence venait de loin » (page 23).

C’est dans un décor sinistre que Philippe vient prendre son bol d’air. Un décor sinistre dans lequel vivent ses parents, tout contents de la visite de leur fils qui fait une brillante carrière dans les ordinateurs, à la ville.

D’emblée, Serge Joncour dépeint les lieux, les gens et les scènes de la vie rurale avec la lenteur d’un après-midi d’automne à la campagne par temps pluvieux.

« A chaque fois qu’il retrouvait son père il ressentait ça, d’abord une affection, d’abord il le trouvait cocasse, presque amusant, puis très vite, au bout d’une heure ou deux, d’un coup ça se gâtait et il ne pouvait plus l’encadrer » (page 29).

Si Philippe s’agace très vite du comportement de ses parents, il prend cependant sur lui, car ça n’est pas véritablement l’envie de passer du temps avec eux qui l’a mené jusqu’à ce coin reculé : il est en situation de faillite personnelle, il n’a plus d’emploi et même son portable ne fonctionne plus.